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Georges Dufayel : une fortune construite dans le 18e

Par: Annick Amar  

Rubrique: Histoire (mars 2014)

 


Self-made man, il avait créé des magasins gigantesques, entre le boulevard Barbès et la rue de Clignancourt, et utilisé en précurseur la publicité et le crédit.

« Je suis un homme dans le genre de Dieu, dit, un jour, au milieu des années 1880, Georges Dufayel à son associé Jacques-François Crespin… J’adore créer, créer des mondes, des mondes immenses… Quel défi amusant à relever ! Acheter un grand terrain vague et, en quelques mois, y installer tout ce qui constitue la vie moderne : un casino, dix mastroquets, trois pharmacies, un mont-de-piété, quatorze hôtels et un dentiste, sans compter une centaine de maisons ! » Une déclaration à la mesure de la personnalité extraordinaire de cet homme d’affaires visionnaire aux ambitions illimitées et du caractère prodigieux de ses diverses et nombreuses réalisations.
Les années 1880 constituent, en France, les prémices de la Belle Époque, une période qui s’étend de 1879 à 1914, marquée par les progrès sociaux, économiques, technologiques et politiques. Né sous le Second Empire, le 1er janvier 1855 à Paris, Georges Dufayel grandit au sein d’une famille d’origine normande et suivra une partie de sa scolarité au sein de l’institution parisienne de jeunes gens, la Maison Dupont-Tuffier, qui prodigue notamment un enseignement théorique et pratique d’agriculture. Son père, Achille Dufayel, travaille comme employé de commerce dans un grand magasin du nord de Paris créé par un autre normand, Jacques-François Crespin : le Palais de la Nouveauté. Il y fera entrer son fils en qualité de commis à l’âge de seize ans.
« Je vous tire vingt portraits, vous m’en payez un, vous emportez les dix-neuf autres, et vous m’en payez un par mois ! », propose dès 1853, Jacques-François Crespin, un commerçant perspicace. Crespin était passé de l’imprimerie à la photographie à son arrivée sur Paris, à l’époque où cette technique connaît un développement fulgurant. Ce nouveau système de crédit par abonnement, inventé par Crespin, rencontre immédiatement la réussite car se faire tirer le portrait coûte cher. Crespin va ensuite créer, en 1856, dans le quartier populaire de la Goutte d’Or, en­tre les 11 et 15 boulevard Barbès, un grand magasin baptisé le Palais de la Nou­veauté dans lequel il vendra avec succès, en utilisant la même méthode de crédit, meubles, literie, bijouterie, habillement… Tout excepté l’alimentation. Ce mode de vente permet aux couches populaires d’accéder à l’univers des grands magasins réservés jusqu’alors aux plus nantis. Il dirige ce magasin avec le soutien de sa femme en espérant que son fils unique, Jules, lui succédera un jour.

D’employé à propriétaire

Engagé comme employé au Palais de la Nouveauté en 1871, Georges Dufayel se fait vite remarquer par son intelligence, son ingéniosité, son imagination débordante, son activité, son sens de l’initiative et son instinct de l’organisation. Crespin ne tarde pas à lui confier des missions de plus en plus importantes. De simple commis, il devient rapidement chef de service puis directeur et enfin associé de Crespin à l’âge de… trente ans ! En 1888, Jacques-François Crespin tombe gravement malade et, sur les conseils de ses médecins, part en cure en Algérie où malheureusement il décède quelque temps après. Il sera inhumé au Père-Lachaise où il aura droit à des funérailles grandioses et à un monument. Dufayel va gagner le procès qui l’opposera à la veuve de Crespin pour le contrôle des Grands Magasins Crespin-Dufayel et reste, de ce fait, associé à la famille Crespin. Jules, le fils du fondateur, est nommé directeur d’un des départements du magasin et épousera, quelque temps après, Camille du Gast, une des premières femmes françaises pilote automobile.
Cependant, Georges Dufayel devient assez rapidement l’unique propriétaire des Grands Magasins Crespin-Dufayel car, suite au décès subit de son fils Jules en décembre 1895, la veuve Crespin lui vend la totalité de ses parts. Les magasins vont porter le nom de Dufayel à partir de 1896. ... (Lire la suite dans le numéro de mars 2014)


Photo : DR