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1914, le premier mois de guerre : une ville vidée de ses hommes

Par: Noël Monier  

Rubrique: Histoire (septembre 2014)

 


Dans les deux précédents numéros, nous avons raconté, à travers l’exemple du 18e, comment en quelques jours, fin juillet 1914, la guerre s’était emparée de la France comme de toute l’Europe. Et comment, malgré les déclarations pacifistes des années précédentes, les hommes politiques (notamment les dirigeants socialistes du 18e, Sembat et Cachin) s’y étaient ralliés à la quasi-unanimité…

Le 1er août 1914, l’ordre de mobilisation générale est affiché sur les murs. Les passants s’arrêtent. Peu de commentaires, peu d’attroupements, rapporte un témoin, Arthur Lévy1 : « Les hommes s’interpellent. « Quel jour partez-vous ? – Moi demain. – Moi le quatrième jour. – Moi le neuvième jour. » Et l’on échange un “Bonne chance” ! »
« En moins d’une heure, raconte H. Galli2, la vie normale de travail fut suspendue. Les hommes mobilisables de toutes les professions abandonnèrent l’usine, l’atelier, le magasin et rentrèrent à la maison faire les préparatifs de départ. »

Le 2 août, une autre affiche : « Tous les étrangers, sans distinction de nationalité, pourront quitter le camp retranché de Paris avant la fin du premier jour de la mobilisation (le 2 août). » Ceux qui ne partent pas devront se faire déli­vrer un permis de séjour. « Les Allemands et les Austro-Hongrois, dès le deuxième jour de mobilisation, seront placés dans un lieu retranché pour être conduits ensuite dans un camp de concentration. »

Endormis en paix, réveillés en guerre

Le 2 août, les magasins, crémeries, brasseries, bijouteries dont les enseignes portent des noms à consonance étrangère sont saccagés, notamment les magasins de machines à coudre Singer et les laiteries à succursales Maggi (parce que c’est Maggi qui fabrique le bouillon Kub).
Albert Simonin, dans ses Confessions d’un enfant de la Chapelle3, raconte : « Nous nous étions endormis dans la paix, nous nous réveillions dans la guerre. Cela se traduisit rue Riquet par des galopades dans l’escalier, des vociférations de fenêtre à fenêtre, un bruit de vitrine effondrée… Une voisine vint avertir ma mère qu’on distribuait gratis, face à notre immeuble, le lait et le beurre de la boutique Maggi. […] (Lire la suite dans le numéro de septembre 2014)


Photo : © DR