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Bachir Ibrir, l’essence du 18e

Par: Florian Gaudin-Winer  

Rubrique: Les Gens (février 2016)

 


Il officie depuis 40 ans comme opérateur de station-service, rue Custine. Et il n’est pas près de s’arrêter.

« Voilà, mon fils ! » C’est par ces mots que Bachir Ibrir conclut pres­que tous les pleins d’essence qu’il effectue. Le tout accompagné d’un tutoiement de rigueur. Les clients ont pris le pli et n’hésitent pas à l’appeler « papi ». Pas de quoi faire perdre à Bachir son légendaire sourire aux yeux plissés, même s’il préfère ne pas dévoiler son âge.
Le nombre de saisons passées au 48 bis rue Cus­tine en tant qu’opérateur de station-service, il le donne, en revanche, avec fierté. 40 ans qu’il officie ! Mais se ranger des voitures, il ne veut pas en entendre parler. « Pour le moment, je n’ai pas l’intention de partir. J’ai peur de m’ennuyer et de mourir. J’en ai vu, des gens qui se sont arrêtés et qui, deux ans après, clamsaient. »

72 h par semaine !

Bachir adore son métier. Il s’occupe « de la pompe et du parking ». Cela lui laisse « le temps de parler, de rigoler et de draguer : mes plus grandes sorties côté nanas, ça a été ici », glisse-t-il d’un air espiègle, avant de livrer le manuel de la relation humaine : « Il faut aller vers les gens et savoir leur parler, avoir toujours le sourire et de l’humour. » Bien sûr, parfois, il faut aussi accélérer le rythme, lorsque trois personnes attendent leur plein d’essence, une quatrième veut laver sa voiture, et une cinquième garer son engin. Les heures de pointe, c’est entre 8 h et 9 h 30 le matin, puis entre 13 h et 15 h. Le reste du temps, c’est plus calme.
Rien à voir avec le rythme d’enfer qu’il a connu à ses débuts. C’était en 1976, lorsque cet immigré algérien est arrivé dans le 18e. Débarqué en France en 1957 pour rejoindre sa mère, à l’âge de 17 ans, il travaille d’abord pendant cinq ans dans l’usine des Docks rémois à Pantin, comme rappeleur-pointeur, avant d’être embauché comme graisseur de voitures dans un garage de Bobigny. Un poste qu’il gardera pendant sept ans, jusqu’à ce que son employeur fasse faillite. « J’ai mis trois semaines à retrouver du travail, se souvient Bachir. C’était le plein-emploi à l’époque. J’ai finalement choisi de bosser dans le 18e. » Son rôle, à l’époque, était déjà le même qu’aujourd’hui. Sauf qu’il travaillait 72 heures par semaine... (La suite dans le numéro de février 2016)


Photo : © Joseph Banderet