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Marie-Claire Klode, le goût des autres

Par: Nadia Djabali  

Rubrique: La vie du 18e (octobre 2017)

 


Notre amie est décédée mais l’équipe du 18e du mois se souviendra de son dévouement toujours souriant à notre journal et à tout son quartier.

« Le lobbying, ça elle savait faire, raconte Günter Klode son mari. Marie-Claire s’est battue pendant des années pour qu’il n’y ait pas que deux types de magasins avenue de Clichy : des friperies et des friteries ». Il faut dire que le quartier de la place de Clichy, elle le connaît comme sa poche. Elle y promène son regard bleu depuis 1974, année où elle et Günter ont déposé leurs meubles dans un appartement de l’avenue de Clichy.
En 1995, elle est une des fondatrices de DéCLIC 17-18. Les habitants des environs doivent à cette association l’ouverture en 2003 du jardin des Deux-Nèthes. Et pour l’obtenir Marie-Claire Klode n’a pas lâché l’affaire. Elle voulait un jardin dans cette impasse. Pas un garage, pas un hôtel, pas un immeuble, mais un espace vert. Le projet de jardin, dans les tiroirs de la municipalité depuis 1983, aura mis plus de 20 ans pour devenir réalité.
Marie-Claire a également fréquenté assidument les dizaines d’heures de réunion pour que le PMU désaffecté de l’impasse de la Défense soit transformé en lieu de culture. En 2010, il a offert ses murs à l’agence de photographie Magnum, sa galerie d’expositions et son École du regard. Et ses fenêtres plongent sur le square des Deux-Nèthes.

Aider toujours

« Elle a toujours été tournée vers les autres, continue Günter. Elle passait tout son temps à régler les problèmes de tout un tas de gens qui lui demandaient de l’aide. » Comme cette voisine polonaise sans-papiers qui élevait seule ses enfants. Sur son bureau : des piles de dossiers et dans son agenda les numéros de téléphone des gens importants à qui il fallait s’adresser. Elle n’avait pas peur d’appeler, que ce soit à la mairie ou au commissariat, et d’engueuler ses interlocuteurs. Ils réglaient le problème pour se débarrasser d’elle. Même au travail, des collègues arrivaient avec leur dossier personnel pour qu’elle y jette un œil. « Ça doit être ça être de gauche, penser aux autres », sourit Günter.
Marie-Claire était aussi viscéralement contre la peine de mort. Après son abrogation en 1981, elle a continué son combat en signant des dizaines de pétitions pour défendre les Afro-Américains qui attendaient depuis plusieurs décennies dans les couloirs de la mort. Elle n’aimait pas non plus les mises à mort de la corrida. Elle avait adhéré, et inscrit d’office son mari, au Comité radicalement anti-corrida (Crac).

La tchatche avec les kiosquiers

Et puis il y a eu Le 18e du mois. Quand Marie-Claire et Günter ont découvert le journal, ils se sont rendus à une assemblée générale. C’était il y a 19 ans. La première personne qu’ ils y rencontrent est une dame aux cheveux gris en bataille et aux ongles bleus, qui leur dit qu’elle aussi connait le journal et qu’elle y écrit de temps en temps. C’était Marie-Pierre Larrivé. Après l’AG rue Léon dans le sous-sol de l’Olympic Café, des tables étaient réservées pour partager un repas. « Noël Monier m’a demandé ce que je faisais, se souvient Günter. Je lui ai dit : Je prends ma retraite de commercial et je ne veux pas rester à la maison sans rien faire. — Ça tombe bien ! a répondu Noël. »
Günter commence à s’occuper de la distribution du journal chez les kiosquiers. Quatre ans plus tard, quand Marie-Claire prend sa retraite, elle accompagne son homme. « Moi j’étais le conducteur et elle, elle déposait, encaissait, remettait les factures au dépositaire. Comme elle aimait bien tchatcher, elle connaissait la vie de tous les dépositaires qu’elle voyait. Elle me disait “ Lui, il aide son fils qui fait ses études à l’université ”. Les dépositaires étaient souvent des étrangers. Elle aimait bien les gens qui étaient arrivés en France sans rien, qui avaient trouvé un travail, et être kiosquier c’est un métier très dur.  » Elle avait aussi accepté, sans grand plaisir mais là encore pour rendre service, de devenir l’un de nos commissaires aux comptes.
Marie-Claire s’en est allée un jour de septembre. Mais reste la transparence de ses yeux bleus, qui rappellent un air de Piaf. Une chanson que la grande Edith a dû fredonner au bal musette du Petit Jardin qui jadis s’élevait à l’emplacement du square des Deux-Nèthes.


Photo : © Christian Adnin