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22 ans d’info


(Le premier numéro du 18e du Mois est paru en novembre 1994. Près de cinq ans plus tard, au printemps 1999, l’un des fondateurs du journal, Jean-Yves Rognant, racontait dans le numéro 50 l’histoire de ce pari un peu fou : pourquoi et comment est né votre journal !)


Nostalgie de la préhistoire ou comment est né le journal


Déjà cinquante numéros dans l’histoire du 18e du mois ...
Mais avant, il y a eu une préhistoire... celle de quelques dizaines d’habitants qui ont décidé de faire ce journal. Certains d’entre eux avaient ou avaient eu des responsabilités administratives, culturelles, syndicales, politiques assez diverses, d’autres étaient de simples citoyens. Ils se rencontraient dans des manifestations pour l’ école, contre la ghettoïsation, la montée de la misère, les expulsions d’habitants vers les banlieues, le bruit, la pollution. Ou bien dans des fêtes, à des spectacles, dans des bistrots, ces bistrots du 18e où l’on parle des heures, où l’on refait le monde. Ils faisaient le même constat : l’insuffisance de démocratie locale, et d’abord l’insuffisance d’information. Dans cet arrondissement, il se passe beaucoup d’événements, mais qui le sait ? C’était en 1993. En avril, le meurtre d’un jeune Zaïrois (Makomé) dans le commissariat des Grandes-Carrières provoquait des manifestations. Aux Abbesses, à la Moskova, des projets de démolition de bâtiments anciens et la perspective de l’ouverture d’énormes chantiers suscitaient des réactions. À la Goutte d’Or, les parents d’élèves faisaient monter la pression afin d’obtenir la construction d’écoles. À La Chapelle, les habitants de la rue Riquet s’indignaient du projet de doubler la largeur de la rue.

Sur un coin de table

Mais chacun restait chez soi après sa manif, sa réunion, son spectacle, sa discussion, sans savoir ce qui se passait ailleurs. La presse, les médias nationaux ou parisiens avaient tendance à décrire ce bout de Paris de façon négative. Ce 18e pétri d’histoire, composé de quartiers fort divers, nous semblait avoir besoin d’autre chose que de journaux électoraux ou de magazines publicitaires. Ainsi est née l’idée de créer un journal. J’en parlais à ceux que je croisais. Cela suscitait sympathie et intérêt. Militant, artiste, journaliste, surveillant de lycée, artisan, chacun avait envie de parler de son 18e . On ébauchait sur un coin de table d’hypothétiques sommaires. Dans un café de la rue Duc, L’Alibi, les conversations débridées trouvaient une écoute, un écho : « Vous voulez créer un journal ? Ça m’intéresse ! Moi, je suis journaliste... Moi, je suis à telle association, j’aime écrire... C’est pour quand ce canard ? ». Avec Eric, Olivier, François, Gilles, Béatrice, Catherine, Fred, Myriam, Erwan, fin 1993, on se retrouve dans un appartement, rue Simart. J’appelle Noël, un ami : « Ça te dirait un journal de quartier ? ». Il en parle à Marie-Pierre, à Didier, à un autre Noël, à Alain, à Jean-Claude, aux dessinateurs Pinter, Sabadel… Petit à petit, une équipe se forme. En février 1994, dans un autre appartement, rue Custine, la décision est prise : on y va.

Et s’il s’était appelé NRV18 ?

Mais vous n’imaginez pas le nombre de questions qui se posent quand on veut lancer un journal : périodicité, format, nombre de pages, contenu, titre, mode de diffusion... Journal de pros avec un ou plusieurs salariés ? Journal de bénévoles ? Journal militant ou bien journal d’information ? Quelle importance respective donner à l’actualité et aux sujets de magazine, portraits, culture, etc... ? Le ton : polémique, mordant (une sorte de Canard Enchaîné du 18e) ou plus neutre ? Faut-il de la couleur ? Et le titre ? Pour l’anecdote, Le 18e du mois aurait pu s’appeler NRV18 ou Les 18e rugissants ou 18 pluriel ou encore 9+9… On a discuté des heures et des heures, réunion après réunion. Et le financement ? Des subventions ? Personne n’en voulait, on tenait à notre indépendance. De la pub, beaucoup de pub permettant de faire un gratuit ou un quasi gratuit ? Hum... Alors : financement par les ventes. Quel prix ? En fonction des coûts d’imprimerie... 15 F ? 10 F ? Nous avons opté, en cette année 1994, pour 12 F et ce pari s’est avéré juste, permettant de publier le journal sans problème financier. 
Et l’éditeur ? On forme une SARL ? Non. On a décidé de créer une association, indépendante de toute organisation politique ou religieuse, dont les lecteurs peuvent être adhérents s’ils le désirent mais avec des statuts donnant un poids particulier à l’équipe qui fait le journal. En juin 1994 sortait un « numéro zéro » de quatre pages, tiré à trois mille exemplaires, financé par l’apport personnel des membres de l’équipe, distribué dans les fêtes et auprès de nos réseaux d’amis, d’associations du 18e. Nous y expliquions notre démarche dans un Manifeste. Nous avons commencé à collecter des abonnements. Nous voulions, avant de démarrer, avoir de quoi payer au moins deux numéros. Mais l’argent ne rentrait que très lentement. On attendait, on attendait.
Finalement on a brusqué les choses : argent ou pas, on sort le numéro 1 en novembre 1994. Un atelier de PAO (pour la mise en page) et une imprimerie (amis) nous consentent des délais de paiement. L’aventure du 18e du mois commence.

Les anciens et les nouveaux

Émotions : la sortie du numéro 1, l’envoi aux abonnés, la prise de contact avec les marchands de journaux, les réactions des amis, des lecteurs, des médias, des associations, des politiques. Au fil de quatre ans et demi, l’équipe s’est agrandie et renouvelée. C’est inévitable dans un groupe de bénévoles : l’un déménage, un autre qui était au chômage trouve un emploi, un troisième prend des responsabilités dans une autre association, un quatrième a un bébé... Régulièrement et sans à-coups, ceux qui partaient ont été remplacés par des nouveaux. Le nombre de pages a augmenté. La formule rédactionnelle graphique a évolué. Chaque comité de rédaction, chaque assemblée des adhérents ont permis de l’enrichir. Les finances sont saines, les chiffres de vente, le nombre d’abonnements progressent, bien que trop lentement à notre avis. Et puis, nos contacts se sont multipliés avec tous ceux qui agissent dans cet arrondissement, permettant au 18e du mois d’assurer de mieux en mieux sa tâche d’information.
Nous espérons que c’est aussi votre sentiment...

Jean- Yves Rognant