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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>pigalle, du pain b&#233;nit pour le polar</title>
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		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est dans un monde empli de truands, souteneurs et prostitu&#233;es en tout genre que le c&#233;l&#232;bre commissaire Maigret traque des meurtriers. L'arrondissement y acquiert la r&#233;putation d'un quartier louche et chaud. Ses rues seront aussi les t&#233;moins de la grande histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; Pigalle ne se visite pas. Il n'y a rien &#224; voir. C'est un quartier comme les autres. Quelques fa&#231;ades de bars en plus, les monuments en moins et une r&#233;putation du tonnerre. On ne montre pas Pigalle aux touristes. On veut leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://18dumois.info/-histoire-1600-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH95/image_editions_dart_jan_31_paris_-_la_p_2018.5_1027_1732387-c86da.jpg?1770124178' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est dans un monde empli de truands, souteneurs et prostitu&#233;es en tout genre que le c&#233;l&#232;bre commissaire Maigret traque des meurtriers. L'arrondissement y acquiert la r&#233;putation d'un quartier louche et chaud. Ses rues seront aussi les t&#233;moins de la grande histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pigalle ne se visite pas. Il n'y a rien &#224; voir. C'est un quartier comme les autres. Quelques fa&#231;ades de bars en plus, les monuments en moins et une r&#233;putation du tonnerre. On ne montre pas Pigalle aux touristes. On veut leur montrer l'&#226;me de Pigalle. Et l'&#226;me est invisible. Elle a une odeur. On commence &#224; la percevoir apr&#232;s quinze jours d'aubes, de nuits et de couchants. &#187; Ce sont les mots de Ren&#233; Fallet dans son roman Pigalle. Il aurait pu ajouter : &#171; Pigalle s'&#233;crit. &#187; Car outre l'odeur bien r&#233;elle, &#224; l'origine du surnom donn&#233; au caf&#233; Pigalle, &#171; Le rat mort &#187;, de nombreux ingr&#233;dients s'offraient aux &#233;crivains pour constituer le d&#233;cor de leurs &#339;uvres. Parmi tous ceux qui en ont fait la mati&#232;re de leurs livres, rappelons, &#224; titre d'exemple, Francis Carco qui a d&#233;crit et magnifi&#233; l'univers louche de Pigalle et L&#233;on-Paul Fargue qui a immortalis&#233; le Paris populaire des quartiers nord. Mais ce sont surtout des &#233;crivains de romans noirs et de romans policiers qui y ont trouv&#233; une source d'inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa Petite histoire du cabaret &#224; Montmartre, Charlotte Dubreuil-Chambardel d&#233;crit une image apocalyptique de cet univers : &#171; C'&#233;tait celui des truands, des grandes figures du chic, du music-hall, des voleurs, cambrioleurs, casseurs, escrocs, trafiquants, arnaqueurs, vendeurs sous le manteau de photos pornos, rabatteurs, tricards, indicateurs et autres tueurs et assassins, des vraies femmes, des faux hommes, des hommasses, des folles. &#187; Par ailleurs, la situation du quartier, &#224; cheval sur deux arrondissements (le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et le 9&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;), avait conduit &#224; la cr&#233;ation de territoires sur lesquels des gangs bien identifi&#233;s r&#233;gnaient sans partage. De son c&#244;t&#233;, Montmartre avait ses propres bandes et son effervescence ne pouvait que susciter l'int&#233;r&#234;t des sp&#233;cialistes de l'intrigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la vie nocturne &#224; Pigalle &#233;tait encore orient&#233;e vers la f&#234;te et le plaisir. Mais dans les ann&#233;es 1910, la place Pigalle commen&#231;a &#224; accueillir les truands de Paris, dans des caf&#233;s comme La Nouvelle Ath&#232;nes, Le Petit Maxim's ou encore L'Omnibus. Les souteneurs fr&#233;quentaient aussi ces lieux, &#224; la recherche de femmes pour en faire des prostitu&#233;es qui iront parfois travailler dans des bordels am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Face au commissaire Maigret&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1930 sont les plus meurtri&#232;res : les r&#232;glements de comptes rythment la vie du quartier. C'est &#224; ce moment qu'un jeune &#233;crivain belge, du nom de Simenon, qui a invent&#233; quelques ann&#233;es plus t&#244;t le personnage du commissaire Maigret, publie Rue Pigalle, dans Paris-Soir, cinqui&#232;me volet d'une s&#233;rie de cinq nouvelles qui font l'objet d'un concours hebdomadaire, prim&#233; en esp&#232;ces. Maigret, alors qu'il arrive au 36 quai des Orf&#232;vres, apprend par une d&#233;nonciation qu'il y a eu du p&#233;tard dans un bar de Pigalle. &#192; peine arriv&#233; sur les lieux, il entre chez un bougnat. &#171; Le client de passage se serait sans doute demand&#233; quel &#233;tait ce gros monsieur en pardessus &#233;pais qui fumait la pipe, le dos au po&#234;le, tout en r&#233;chauffant dans sa main un verre d'alcool. &#187; Maigret reconna&#238;t tr&#232;s vite les mafiosi de deux bandes rivales, corse et marseillaise, et pense aussit&#244;t &#224; un r&#232;glement de comptes. Mais o&#249; est le cadavre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simenon reviendra &#224; plusieurs reprises dans ses livres &#224; Pigalle. Dans Maigret tend un pi&#232;ge, cinq femmes seules ont &#233;t&#233; assassin&#233;es en six mois &#224; Montmartre. Un d&#233;fi pour le commissaire. Mais, en fin limier, il comprend vite que c'est le m&#233;canisme mental du meurtrier qui lui permettra de r&#233;soudre l'&#233;nigme. Il s'agit de l'une des premi&#232;res analyses psychologiques d'un tueur en s&#233;rie, dont la description est tr&#232;s proche de la r&#233;alit&#233; de ces criminels. Maigret, apr&#232;s un &#233;change avec un psychiatre, a compris que l'assassin recherche sa satisfaction dans le meurtre sauvage de femmes dans la rue :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il vous fallait un geste rageur, violent. Vous aviez besoin de d&#233;truire, de sentir que vous d&#233;truisiez. Vous frappiez et cela ne vous suffisait pas : il &#233;tait n&#233;cessaire qu'ensuite, comme un gamin, vous vous acharniez. Vous d&#233;chiriez la robe, le linge et sans doute les psychiatres y verront-ils un symbole. Vous ne violiez pas vos victimes, parce que vous en &#234;tes incapable, parce que vous n'avez jamais &#233;t&#233; r&#233;ellement un homme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Col&#232;re de Maigret d&#233;crit un propri&#233;taire de plusieurs cabarets &#224; Montmartre, &#201;mile Boulay. Bon p&#232;re de famille, il vit modestement et ne c&#232;de ni au racket ni aux menaces de la p&#232;gre qui a fait main basse sur son quartier. Un soir, il dispara&#238;t&#8230; On le retrouve &#233;trangl&#233; pr&#232;s du P&#232;re-Lachaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Picratt's, un bar du quartier o&#249; se presse une foule de personnages du monde de la nuit dans les cabarets et les petits h&#244;tels, est le d&#233;cor d'un autre livre : Maigret au Picratt's. &#192; quatre heures et demie du matin, Arlette, strip-teaseuse dans ce bar, se rend en &#233;tat d'ivresse au commissariat de police tout proche. Elle d&#233;clare avoir surpris une &#233;trange conversation : un certain Oscar aurait annonc&#233; son intention de tuer une comtesse. Peu de temps apr&#232;s, on d&#233;couvre le corps d'Arlette et celui d'une comtesse, &#233;trangl&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re, dans leur appartement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le boulevard des allong&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements historiques trouvent aussi un &#233;cho particulier dans les romans noirs ou policiers. La Trilogie parisienne de Patrick Pecherot fait revivre le Paris de 1926. L'armistice de 1918 est tout r&#233;cent et les traces de la guerre sont encore pr&#233;sentes. Venu de Montpellier tenter sa chance &#224; la capitale, Pipette en fait l'am&#232;re exp&#233;rience. Laveur de bouteilles, collaborateur d'un journal &#224; scandale, il multiplie les petits boulots. Le soir, il d&#233;clame des po&#232;mes &#224; Montmartre o&#249; il croise La Goulue, Andr&#233; Breton et les surr&#233;alistes, les d&#233;fenseurs de Sacco et Vanzetti... La nuit venue, en compagnie d'une bande d'&#171; apaches &#187;, il cambriole les riches pour arrondir ses fins de mois. Souvent, c'est un peu d'argent, rarement quelques lingots. Mais quand un coffre-fort s'ouvre sur une macabre d&#233;couverte, c'est une bien sombre histoire qui commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Banlieue sud-est, second ouvrage de la trilogie des &#171; romans acides &#187; de Ren&#233; Fallet, se d&#233;roule au temps de l'Occupation, Pigalle, qui en est le dernier titre, a pour toile de fond le Paris de la Lib&#233;ration et plus particuli&#232;rement le &#171; boulevard des allong&#233;s &#187;, qui va d'Anvers &#224; Blanche en passant &#171; par le petit coin [de la place Pigalle ] et son jet d'eau miteux au milieu &#187;. Le h&#233;ros est un jeune homme de bonne famille qui, apr&#232;s avoir d&#233;bauch&#233; sa cousine &#8211; il la livrera plus tard &#224; la traite des blanches &#8211; vient &#224; Pigalle depuis Passy et rencontre des &#171; amis &#187; qui le font travailler dans le milieu. Un trafic de drogue qui tourne mal lui attirera de s&#233;rieux ennuis. C'est surtout la peinture de Montmartre qui est la plus int&#233;ressante dans le livre car le style de Fallet est inimitable. Le Sacr&#233;-C&#339;ur, sous sa plume, devient un &#171; p&#226;t&#233; de foi en &#233;bonite et en morceaux de sucre. Puissamment moche. Une terrine de gel&#233;e&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; H&#233;l&#233;na, l'un des auteurs de romans policiers fran&#231;ais les plus prolifiques, ancien militant de la F&#233;d&#233;ration anarchiste ib&#233;rique (FAI) pendant la guerre d'Espagne, est malheureusement rest&#233; dans l'ombre de L&#233;o Malet. Dommage. Descente &#224; Pigalle, publi&#233; sous le pseudonyme de No&#235;l Vexin, est un roman que l'on ne l&#226;che pas. Pigalle, la nuit, en est le d&#233;cor, &#224; la fin des ann&#233;es cinquante. On y fait la f&#234;te tous les soirs. Bars et bo&#238;tes de nuit sont aux mains du Milieu, notamment des Corses qui contr&#244;lent &#233;galement les filles et les h&#244;tels borgnes. Les gangs arabes r&#233;clament leur part du g&#226;teau. Lorsque la jeune fianc&#233;e de l'un des cousins d'un chef de bande corse est enlev&#233;e, l'inspecteur Valentin se lance patiemment sur la piste des ravisseurs. Il comprend tr&#232;s vite que la r&#233;ussite de son enqu&#234;te d&#233;pendra de l'habilet&#233; avec laquelle il saura opposer les clans. Les rivalit&#233;s s'exacerbent et la situation d&#233;g&#233;n&#232;re &#224; grands pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Alg&#233;rie n'est pas absente des productions de l'&#233;poque. Dans La Valise et le cercueil de Dario, l'intrigue se d&#233;ploie entre Pigalle et Clignancourt. Les cinq assassinats d'ouvriers qui s'y succ&#232;dent au d&#233;but des ann&#233;es soixante &#8211; alors que les pieds-noirs ont d&#233;j&#224; regagn&#233; le continent &#8211; laissent penser que l'incendie de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise couve encore sous la cendre. Ces meurtres dissimulent-ils une action de l'OAS ou bien une vengeance tardive n&#233;e des ann&#233;es noires de la guerre et des massacres en Alg&#233;rie ? De la poche de l'inspecteur divisionnaire Fourrier d&#233;passe un exemplaire des &#201;chos de Paris, dont la manchette, sur trois colonnes, accroche le regard : &#171; Mais qui r&#233;tame les &#233;tameurs ? &#187; L'enqu&#234;te s'annonce d'autant plus complexe que les crimes semblent d&#233;pourvus de lien et de mobile apparent. Un m&#233;dium pr&#233;nomm&#233; Djoko aidera-t-il Fourrier &#224; percer le myst&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la rue Lepic au p&#233;riph&#233;rique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes maintenant le 13 mai 1981. Fran&#231;ois Mitterrand vient d'&#234;tre &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique et la capitale est en liesse. C'est dans cette atmosph&#232;re de f&#234;te qu'est d&#233;couvert le cadavre d&#233;nud&#233; et visiblement poignard&#233; d'un &#233;v&#234;que m&#226;connais, sur un terrain vague pr&#232;s de Montmartre. Un jeune policier natif du quartier, Maurice Laice, est charg&#233; de l'enqu&#234;te. Il se rend en Bourgogne pour tenter d'&#233;claircir l'affaire, mais la d&#233;couverte de nouveaux corps sur la Butte le rappelle rapidement &#224; Paris. Maurice se lance alors sur la piste des marginaux. Le roman dresse en parall&#232;le une v&#233;ritable cartographie de Montmartre : la rue Lepic, la rue des Trois-Fr&#232;res, le ch&#226;teau des Brouillards &#8211; qui donna son titre au roman de Dorgel&#232;s &#8211; , la place &#201;mile Goudeau, le Bateau-Lavoir, la place du Tertre et ses &#171; cro&#251;tes inf&#226;mes &#187;, enfin l'aristocratique avenue Junot. Chantal Pelletier, dans Montmartre, Mont des Martyrs, brouille les pistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peur sur Montmartre de Maryse Rivi&#232;re cr&#233;e d'embl&#233;e un climat myst&#233;rieux. &#192; la veille de No&#235;l, Thibault Lavigne s'appr&#234;te &#224; fermer plus t&#244;t que d'habitude sa librairie Point-Virgule, rue Lamarck. Un client d&#233;sinvolte entre avant la fermeture du rideau de fer et demande de la documentation sur mai 1968. Peu de temps apr&#232;s, il ressort sans avoir rien achet&#233;. Thibault s'attarde alors sur quelques slogans &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, du genre : &#171; La po&#233;sie est dans la rue ou Cours camarade, le vieux monde est derri&#232;re toi. &#187; Une fois &#224; l'ext&#233;rieur, il croise un clochard, Lulu, qui dort sous le p&#233;riph&#233;rique. Dans le commissariat du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, le calme r&#232;gne. Jusqu'&#224; l'entr&#233;e de Lulu qui lance d'une voix sonore : &#171; Mon copain le Polack a &#233;t&#233; assassin&#233; cette nuit. &#187; R&#232;glement de comptes ? Les hommes de la brigade sont souvent confront&#233;s &#224; des situations inattendues. Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face &#224; ses propres d&#233;mons pour r&#233;soudre l'&#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes enfin dans un temps ind&#233;fini avec l'inqui&#233;tant Clair de lune &#224; Montmartre de Nadine Montfils. La m&#232;re du commissaire L&#233;on se lance dans une mission d'infiltration au sein d'une maison de retraite o&#249; rien ne semble tourner rond. &#171; Tu parles d'une maison de repos, de repos &#233;ternel oui ! Juste en face du cimeti&#232;re de Montmartre, avec une vue imprenable sur l'avenir. &#187; Au Clair de lune, les pensionnaires devraient couler une retraite paisible et m&#233;rit&#233;e &#8211; certainement pas finir au bas d'un escalier, la t&#234;te dans un pot de fleurs. Le commissaire L&#233;on, appel&#233; sur les lieux, flaire aussit&#244;t un sacr&#233; nid de vip&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'&#233;vidence &#171; chansonni&#232;re &#187;, Pigalle sera toujours Pigalle, Montmartre sera toujours Montmartre. Et m&#234;me si ces deux quartiers du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; n'ont plus grand-chose &#224; voir avec ce qu'ils &#233;taient au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, les auteurs de polars trouveront bien dans les flots de touristes de quoi alimenter leur imagination f&#233;conde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avis aux amateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : CC0 Paris Mus&#233;es / Mus&#233;e Carnavalet &#8211; Histoire de Paris&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Chez Moune : histoire d'un cabaret lesbien</title>
		<link>https://18dumois.info/chez-moune-histoire-d-un-cabaret-lesbien.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le cabaret a toujours &#233;t&#233; une histoire d'hommes pour les hommes. Pour que les femmes y jouent un autre r&#244;le que d&#233;v&#234;tues et objets de plaisir, il a fallu attendre Lulu de Montparnasse dans les ann&#233;es 20 et, au milieu des ann&#233;es 30 &#224; Pigalle, Madame Moune. Des cabarets ouvertement lesbiens. &lt;br class='autobr' /&gt; A partir de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, &#224; l'initiative de quelques personnalit&#233;s, comme Rodolphe Salis, fondateur du Chat noir, on voit &#233;clore &#224; Paris, en particulier &#224; Montmartre, des cabarets litt&#233;raires qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://18dumois.info/-histoire-1509-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH100/entree-f2365.jpg?1738360190' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le cabaret a toujours &#233;t&#233; une histoire d'hommes pour les hommes. Pour que les femmes y jouent un autre r&#244;le que d&#233;v&#234;tues et objets de plaisir, il a fallu attendre Lulu de Montparnasse dans les ann&#233;es 20 et, au milieu des ann&#233;es 30 &#224; Pigalle, Madame Moune. Des cabarets ouvertement lesbiens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A partir de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, &#224; l'initiative de quelques personnalit&#233;s, comme Rodolphe Salis, fondateur du Chat noir, on voit &#233;clore &#224; Paris, en particulier &#224; Montmartre, des cabarets litt&#233;raires qui pr&#233;sentent des performances artistiques, des expositions d'art et qui sont aussi des lieux de rencontre et de consommation. Contrairement aux caf&#233;s-concerts qui sont con&#231;us comme des salles de spectacle &#8211; l'&#201;lys&#233;e Montmartre, par exemple &#8211;, les cabarets offrent tout &#224; la fois &#224; leurs clients une meilleure intimit&#233; &#224; l'int&#233;rieur &#8211; le public faisant partie de la repr&#233;sentation &#8211; et une ouverture plus grande sur l'ext&#233;rieur. Les artistes s'en vont parfois rameuter des clients place Pigalle. Comme l'&#233;crit Louis Chevalier dans Montmartre du plaisir et du crime, publi&#233; en 1980 : &#171; Quinze ann&#233;es apr&#232;s la fin de la Commune de Paris et ce qu'elle engendre d'interdits, de contr&#244;les et de censure, les artistes entendent jouer de l'espace public comme d'une ar&#232;ne et utiliser les potentialit&#233;s d'affichage de la ville en expansion ainsi que de l'explosion de la presse &#224; des fins de subversion. &#187; Dans ces cabarets se retrouvent les membres d'une &#233;lite artistique et litt&#233;raire : des peintres (Lautrec, Picasso ou Van Gogh), des po&#232;tes de la boh&#232;me, des musiciens. Lieux de sociabilit&#233; et de culture d'avant-garde, ils peuvent aussi &#234;tre orient&#233;s vers le plaisir, comme le cabaret bien connu le Ciel et l'Enfer, situ&#233; au 53 boulevard de Clichy, o&#249; les d&#233;guisements &#233;taient de mise (voir notre num&#233;ro 329).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le lesbianisme est priv&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce plaisir expos&#233;, quasiment public, est r&#233;serv&#233; aux hommes. C'est ailleurs que l'on s'initie, selon les mots de Maurice Delsol, &#171; aux petits myst&#232;res de ces temples profanes, dont les &#8220;vestales&#8221; entretiennent le feu sacr&#233; de l'amour par des pratiques tenues si en honneur autrefois &#224; Cyth&#232;re et &#224; Lesbos &#187;. Le lesbianisme est priv&#233;. On s'&#233;change les bonnes adresses gr&#226;ce &#224; des bonnes feuilles qui circulent sous le manteau. Les commentaires ne sont pas exempts de machisme. Exemple : &#171; La propri&#233;taire est le type r&#234;v&#233; de la lesbienne vieillie &#224; la t&#226;che ; massive, haute de taille, les traits hommasses, les cheveux courts, une cigarette aux l&#232;vres, elle va et vient dans sa brasserie [&#8230;]. Cette brasserie est le rendez-vous de toutes les lesbiennes des environs, et elles sont nombreuses &#224; envahir la maison qui devient trop petite pour contenir toutes les amies de la patronne les jours de vadrouille &#8211; le r&#234;ve du po&#232;te, quoi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Montmartre, les places Pigalle et Clichy jusqu'aux rues autour de la gare Saint-Lazare sont un haut-lieu de la prostitution. L'&#233;crivain Jean Lorrain dessine une carte des lieux de plaisir qui inclut l'&#201;ros androgyne. Son confr&#232;re Raoul Ponchon chante en 1889 La Sublime Lesbos dans un p&#233;rim&#232;tre qui s'&#233;tend plus pr&#233;cis&#233;ment de Pigalle &#224; la butte Montmartre. C'est en effet dans ce quartier, &#224; la vie nocturne tr&#233;pidante et ouverte &#224; toutes les cat&#233;gories sociales, que s'esquisse puis se construit, &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, une v&#233;ritable sociabilit&#233; lesbienne. Mais c'est seulement dans les ann&#233;es 1920 que se cr&#233;eront des lieux plus particuli&#232;rement d&#233;di&#233;s aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Django Reinhardt et Suzy Solidor&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier de Montmartre, des brasseries et des music-halls re&#231;oivent une client&#232;le f&#233;minine. Cependant, ces &#171; bars &#224; femmes &#187; ne sont en r&#233;alit&#233; que des &#233;tablissements o&#249; l'on consomme et, le cas &#233;ch&#233;ant, fait des rencontres. Il faut attendre 1936, pour que Monique Carton, dite Monique Moune, n&#233;e &#224; Amiens au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, fonde un club rue Florentine qu'elle appelle Le F&#233;tiche. &#192; ce moment, Pigalle a d&#233;j&#224; connu une transformation importante. Les truands de Paris y trouvent un terrain favorable &#224; leurs entreprises, notamment dans des caf&#233;s comme La Nouvelle Ath&#232;nes ou Le Petit Maxim's. Les souteneurs sont &#224; la recherche de femmes pour en faire des prostitu&#233;es qui finiront dans des bordels. Les r&#232;glements de compte sont monnaie courante, souvent entre Corses et continentaux. Le F&#233;tiche proposait des soir&#233;es dansantes et des cabarets avec des strip-teaseuses le samedi soir et des &#171; th&#233;s dansants &#187; le dimanche apr&#232;s-midi (le tango &#233;tait alors une danse populaire). Parmi les artistes figuraient des magiciens, un orchestre de femmes, des danseurs/euses et des ventriloques. Deux chanteuses y occupaient une place particuli&#232;re : Suzy Solidor, au fa&#238;te de sa gloire, et la jeune &#201;dith Piaf qui sera l'interpr&#232;te inoubliable de Elle fr&#233;quentait la rue Pigalle. Ainsi qu'un musicien de jazz aux doigts magiques et au style inimitable, Django Reinhardt, qui venait de cr&#233;er avec St&#233;phane Grappelli le quintette du Hot Club de France et d'engager un accompagnateur du nom de Henri Salvador qui donnait des frissons &#224; de jeunes admiratrices. D'ailleurs, Django et sa seconde &#233;pouse, Sophie Ziegler, s'installeront &#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale au num&#233;ro 6 de l'avenue Frochot et de leur union na&#238;tra, le 8 juin 1944, un fils nomm&#233; Babik qui recevra en cadeau pour ses trois ans... une guitare !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des gar&#231;onnes portant tailleur cravate&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'occupation allemande ne mettra pas en veilleuse l'activit&#233; des cabarets. Au contraire. Les officiers allemands remplacent les habitu&#233;s. L'Abbaye de The&#769;le&#768;me, place Pigalle, cabaret de nus, est le repaire chic des auxiliaires fran&#231;ais de la Gestapo. Au 54 de la rue Pigalle, &#192; l'heure bleue, anc&#234;tre de chez Moune, la pe&#768;gre continue de faire la fe&#770;te et de r&#233;aliser des trafics en tout genre. &#192; la fin de la guerre, Pierre Loutrel, alias Pierrot le Fou, retrouve Jo Attia et fonde avec lui le fameux gang des tractions avant. Gr&#226;ce &#224; des Citro&#235;n 15-6, plus puissantes que les voitures de police, ils encha&#238;nent les braquages sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s. Quoique de temp&#233;rament et de convictions oppos&#233;s (Loutrel fut collaborateur et faillit tuer Martine Carol ; Attia fut anti nazi et &#233;vita la mort &#224; l'actrice), les deux hommes se respectent et sont r&#233;unis dans le crime organis&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment au 54 de la rue Pigalle que va s'&#233;tablir Monique Carton dans les ann&#233;es 50. Fa&#231;ade style Art d&#233;co et enseigne dor&#233;e tout en arabesques sont la marque du nouvel &#233;tablissement. La client&#232;le est exclusivement f&#233;minine, enfin presque. Quelques hommes tri&#233;s sur le volet sont bien utiles pour convaincre la police, lors de ses descentes, que le lieu n'est pas le temple du lesbianisme &#8211; r&#233;prim&#233; &#224; l'&#233;poque, comme l'homosexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Se c&#244;toient dans une petite salle au sous-sol, au bar ou sur la piste de danse, les gar&#231;onnes portant tailleur cravate, signe d'ind&#233;pendance et de modernit&#233;, et des femmes en robe de soir&#233;e. Christine Bard &#233;crit dans le Dictionnaire des culture gaies et lesbiennes que &#171; le travestissement, plus ou moins appuy&#233;, en homme est une mani&#232;re de se lib&#233;rer d'un d&#233;terminisme social et sexuel qui r&#233;duit encore les femmes &#224; des &#234;tres entretenus, doux, passifs et exclusivement tourn&#233;s vers la procr&#233;ation. L'&#233;poque construit sa modernit&#233; sur la d&#233;pouille des vieux r&#232;glements : le port des v&#234;tement masculins est interdit aux femmes par la pr&#233;fecture de police de Paris depuis 1800. D&#233;roger &#224; la r&#232;gle donne le frisson de la transgression. La sulfureuse gar&#231;onne flirte avec les tabous, elle se maquille et fume en public, comme les prostitu&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le retour du velours rouge&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Madame Moune est la ma&#238;tresse du lieu. Femme d'une forte personnalit&#233;, &#224; la r&#233;putation de rigueur et de rudesse, elle est n&#233;anmoins toujours attentionn&#233;e. Une rare photo la montre en costume trois pi&#232;ces, cravate et pochette. Elle a les cheveux courts, tir&#233;s en arri&#232;re, l&#233;g&#232;rement fris&#233;s. Elle fume, assise &#224; une table, devant une coupe de champagne, entour&#233;e de ses &#171; mounettes &#187; habill&#233;es dans la m&#234;me tenue. Sans jamais renoncer &#224; sa prestance, il lui arrive de danser avec certaines de ses clientes. Un t&#233;moin de ces ann&#233;es raconte qu'avec sa voix grave et une ample gestuelle, &#171; elle ressemblait parfois &#224; un avocat dans la nuit plaidant avec des effets de manche &#187;. Un musicien talentueux, Roger Doucet, a accompagn&#233;, entre 1956 et 1962, les soir&#233;es de Moune. Il jouait aussi bien de l'accord&#233;on que du bandon&#233;on et de la contrebasse. Il &#233;tait accompagn&#233; du batteur Michel Gaffier, du saxophoniste et violoniste Paul Baillon, dont la maigreur &#233;tait le sujet d'anecdotes pas toujours bienveillantes, et de l'organiste et joueur d'ondionile (l'anc&#234;tre du synth&#233;tiseur) le Grec Ren&#233; Lorthios. Des vedettes de la chanson, comme Nicoletta et Chantal Goya, s'y produisirent aussi. La v&#233;rit&#233; impose de dire que Chez Moune, comme le F&#233;tiche auparavant, ne fut pas seulement ouvert &#224; des femmes en qu&#234;te d'amiti&#233;s f&#233;minines. On y tol&#233;ra des relations tarif&#233;es, parfois avec des hommes dont la pr&#233;sence &#233;tait seulement admise pour &#233;viter des poursuites judiciaires, mais aussi pour satisfaire leur go&#251;t du voyeurisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monique Moune est morte, en 1986, &#224; 82 ans et, jusqu'&#224; sa disparition elle resta la gardienne du lieu et de ses traditions. &#192; la suite d'un d&#233;clin continu et m&#234;me d'une fermeture, le club a enfin rouvert ses portes en 2023, apr&#232;s quelques p&#233;rip&#233;ties dues aux mesures contraignantes cons&#233;cutives au Covid. C'est l'architecte Jessica Mille qui a r&#233;alis&#233; le d&#233;cor. Du velours rouge recouvre les murs. Et sous des n&#233;ons fripons, le bar propose des cocktails &#233;vocateurs, le &#171; Cara &#187; (pour Cara Delevingne) ou le &#171; Emmanuelle &#187; (pour Sylvia Kristel). &#192; chacune, chacun (puisque le lieu est d&#233;sormais mixte) d'exp&#233;rimenter, si tel est son d&#233;sir bien s&#251;r.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : D.R.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Rue V&#233;ron, la Manufacture des Abbesses</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou, Rose Pynson</dc:creator>



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&lt;p&gt;Comment Sophie et Yann ont r&#233;ussi &#224; cr&#233;er leur th&#233;&#226;tre pour y faire vivre la cr&#233;ation contemporaine &lt;br class='autobr' /&gt; En 2004, Sophie et Yann, deux jeunes artistes &#224; la recherche d'un lieu pour mon&#173;ter des spectacles, sont tomb&#233;s amoureux de l'endroit. Ils l'ont transform&#233; en un espace vivant et chaleureux, tourn&#233; principa&#173;lement vers la cr&#233;ation th&#233;&#226;tra&#173;le contemporaine, qui a r&#233;ussi en peu de temps &#224; fid&#233;liser un public et &#224; se faire reconna&#238;tre par la profession. La salle, de belles propor&#173;tions, peut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://18dumois.info/-culture-1487-.html" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH100/capture_d_e_cran_2024-10-30_a_21.37_05-a7590.jpg?1730476362' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment Sophie et Yann ont r&#233;ussi &#224; cr&#233;er leur th&#233;&#226;tre pour y faire vivre la cr&#233;ation contemporaine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 2004, Sophie et Yann, deux jeunes artistes &#224; la recherche d'un lieu pour mon&#173;ter des spectacles, sont tomb&#233;s amoureux de l'endroit. Ils l'ont transform&#233; en un espace vivant et chaleureux, tourn&#233; principa&#173;lement vers la cr&#233;ation th&#233;&#226;tra&#173;le contemporaine, qui a r&#233;ussi en peu de temps &#224; fid&#233;liser un public et &#224; se faire reconna&#238;tre par la profession. &lt;br class='autobr' /&gt;
La salle, de belles propor&#173;tions, peut accueillir 120 spec&#173;tateurs instal&#173;l&#233;s dans de larges fauteuils de velours rouge. Dans le vestibule on peut prendre un verre et quelques douceurs avant et apr&#232;s le spectacle. Le pari, pourtant, n'&#233;tait pas sans risques. La concurrence est rude. Sur les pentes de la Butte, on ne compte pas moins d'une dizaine de th&#233;&#226;tres, dont deux institutions prestigieuses, l'Atelier et le Th&#233;&#226;tre des Abbesses (Th&#233;&#226;tre de la Ville) qui ne sont qu'&#224; quelques enjamb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ouvert en novembre 2006 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement du projet doit beaucoup aux talents et &#224; la d&#233;ter&#173;mination de ses deux instigateurs. Sophie Vonlanthen est com&#233;dienne. C'est &#224; New York que sa vocation s'est affirm&#233;e lorsqu'elle a suivi les cours de l'institut Lee Strasberg, un ancien de l'Actor's Studio, et qu'elle a lu et rencontr&#233; des auteurs am&#233;ricains, John Patrick Shanley et Jordan Beswick, qui l'ont durablement marqu&#233;e. Yann Reuzeau, lui, a commenc&#233; par l'&#233;criture. &#192; partir de 1996, il mon&#173;te sur les planches, abordant aussi bien les auteurs classiques que le r&#233;pertoire contemporain, et tourne dans plusieurs courts-et longs-m&#233;&#173;trages. En 2001, il met en sc&#232;ne sa premi&#232;re pi&#232;ce, &lt;i&gt;La Secte&lt;/i&gt;. Sophie en est l'une des interpr&#232;tes. Tous deux partagent le m&#234;me d&#233;sir de faire vivre les auteurs d'au&#173;jourd'hui. Ils s'associent au sein de la compagnie Sylsyl avec laquelle ils cr&#233;ent &#224; Avignon &lt;i&gt;Quatre chiens sur un os&lt;/i&gt; de John Patrick Shanley. Ce spectacle sera repris &#224; Paris pendant sept mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Questions d'aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2006, une nouvelle aventure commence. La Manufacture des Abbesses ouvre ses portes apr&#232;s deux ans de travaux, pour lesquels Sophie et Yann n'ont b&#233;n&#233;fi&#173;ci&#233; d'aucune aide publique. C'est avec la seconde pi&#232;ce de Yann, &lt;i&gt;Les D&#233;butantes&lt;/i&gt;, une com&#233;die dramatique sur les nouvelles formes de prostitu&#173;tion, que d&#233;marre la saison. Le succ&#232;s est au rendez-vous. Une dynamique est lanc&#233;e, fragile certes, mais prometteuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les cl&#233;s de la r&#233;ussite ? Une programmation coh&#233;ren&#173;te et exigeante, dont l'ambi&#173;tion est de faire d&#233;couvrir des auteurs, des textes qui se font l'&#233;cho de probl&#232;mes et questionnements actuels : la pr&#233;carit&#233; qui peut mener &#224; la prostitution, la difficult&#233; &#224; assumer ses d&#233;sirs, &#224; com&#173;muniquer avec l'autre, &#224; vivre une histoire simple, le poids de la m&#233;moire, la place de la famil&#173;le, l'&#233;cologie. On est dans l'air du temps sans jamais tomber dans l'anecdotique. Un ancrage dans l'arrondissement. &#171; &lt;i&gt;Nous commen&#231;ons &#224; &#234;tre vraiment suivis par les habitants du quartier&lt;/i&gt; &#187;, assure Sophie Vonlanthen. Il faut dire que le prix des entr&#233;es reste raison&#173;nable et qu'&#224; La Manu&#173;facture on joue plus la compl&#233;men&#173;tarit&#233; que la concurrence avec les autres th&#233;&#226;tres de l'arrondissement. Il s'agit, poursuit Sophie, de &#171; &lt;i&gt;rendre l'exp&#233;rience th&#233;&#226;trale plus stimulante et acces&#173;sible&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photo : Christian Adnin&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Article initialement paru en avril 2008&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'agent triple de la villa L&#233;andre</title>
		<link>https://18dumois.info/l-agent-triple-de-la-villa-leandre.html</link>
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		<dc:date>2024-09-29T15:35:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Figure du contre-espionnage fran&#231;ais durant la Seconde Guerre mondiale, Mathilde Carr&#233; alias &#171; la Chatte &#187; a activement particip&#233; au r&#233;seau de r&#233;sistance Interalli&#233; depuis la villa L&#233;andre. Avant de retourner sa veste en rejoignant un r&#233;seau britannique antinazi, puis les services secrets allemands. &lt;br class='autobr' /&gt; Quel Parisien, quel touriste fran&#231;ais ou &#233;tranger n'a pas un jour fl&#226;n&#233; dans la villa L&#233;andre ? L'une des impasses les plus ch&#232;res de Paris, ouverte en 1926 sous le nom de villa Junot, sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://18dumois.info/-histoire-1477-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L136xH150/stephanieclement_18dumois_wip-illustration-mathildecarre-03-d918d.jpg?1727626770' class='spip_logo spip_logo_right' width='136' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Figure du contre-espionnage fran&#231;ais durant la Seconde Guerre mondiale, Mathilde Carr&#233; alias &#171; la Chatte &#187; a activement particip&#233; au r&#233;seau de r&#233;sistance Interalli&#233; depuis la villa L&#233;andre. Avant de retourner sa veste en rejoignant un r&#233;seau britannique antinazi, puis les services secrets allemands.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel Parisien, quel touriste fran&#231;ais ou &#233;tranger n'a pas un jour fl&#226;n&#233; dans la villa L&#233;andre ? L'une des impasses les plus ch&#232;res de Paris, ouverte en 1926 sous le nom de villa Junot, sur l'emplacement des anciennes bicoques insalubres du mythique maquis de Montmartre, et qui prit, en 1934, le nom d'un caricaturiste de talent, dont l'antis&#233;mitisme f&#233;roce contribua &#224; ternir l'image. Arr&#234;tons-nous devant le 8 bis o&#249; en 1939, au d&#233;but de la guerre, la maison est la propri&#233;t&#233; des Blavette, les beaux-parents de Roger Vailland. Celui qui n'est pas encore un &#233;crivain reconnu avait &#233;pous&#233;, en 1936, leur fille Andr&#233;e, une chanteuse de cabaret, surnomm&#233;e Boule. Il vient alors r&#233;guli&#232;rement &#224; la villa pour respirer l'air de la Butte et ne rejoindra la R&#233;sistance qu'en 1942, avant de se consacrer &#224; l'&#233;criture de Dr&#244;le de jeu dans un appartement du 11 de la rue des Abbesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, &#224; Alger, une femme r&#233;ussit &#224; entrer en contact avec un officier du deuxi&#232;me bureau, le service de renseignements de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Depuis plusieurs ann&#233;es, Mathilde Lucie B&#233;lard, n&#233;e au Creusot, le 30 juin 1908, dans une famille d'origine jurassienne, enseigne le fran&#231;ais, avec son mari Maurice, aux confins du Sud alg&#233;rien. Ce qui fut une belle histoire d'amour se transforme en un mortel ennui pour cette femme myst&#233;rieuse aux ambitions secr&#232;tes. Le 18 septembre 1939, elle accompagne au port d'Oran son mari qui s'est port&#233; volontaire pour le Levant. Bon d&#233;barras. Pour Mathilde, &#171; &lt;i&gt;le soldat, le vrai, le courageux, c'est en France qu'il doit supplier d'&#234;tre affect&#233;, l&#224; o&#249; ses a&#239;eux se sont fait &#233;triller sans chouiner. Maurice est un l&#226;che. Maurice est un nul.&lt;/i&gt; &#187;(1). La future espionne se sent pousser des ailes d'aventuri&#232;re : apr&#232;s avoir regagn&#233; le continent, elle s'inscrit &#224; l'Union des femmes de France, suit des cours dans un dispensaire, fait un stage de chirurgie militaire et, lorsque les Allemands passent &#224; l'offensive, file comme infirmi&#232;re &#224; Beauvais. Mais la guerre se rapproche de Paris, il faut fuir ; c'est la d&#233;b&#226;cle et son flot humain sur les routes de France. Le 17 septembre 1940, un homme l'observe et lui fait les yeux doux au caf&#233; La Fr&#233;gate &#224; Toulouse. C'est un officier polonais, Roman Czerniawski, qu'elle d&#233;crit ainsi dans ses m&#233;moires : &#171; &lt;i&gt;Petite taille, maigre, muscl&#233;, un visage allong&#233; en lame de couteau, un nez un peu trop grand, des yeux gris vert qui avaient d&#251; &#234;tre clairs et assez beaux, mais, &#224; la suite d'un accident d'avion, ils &#233;taient rest&#233;s tr&#232;s rouges, des dents fausses ou mal rang&#233;es, des cheveux brun fonc&#233; et tr&#232;s coll&#233;s, une nonchalance toute slave et des attitudes d'enfant g&#226;t&#233; et c&#226;lin.&lt;/i&gt; &#187; Ayant gagn&#233; la confiance de Mathilde, Roman finit par se d&#233;voiler : il est, sous le nom de code d'Armand Borni, le chef d'un r&#233;seau de renseignements, le r&#233;seau Interalli&#233;, qu'il lui propose de rejoindre. Elle accepte avec enthousiasme et s'en va &#224; Vichy, o&#249; elle re&#231;oit une formation sommaire d'agent secret et retrouve l'officier qu'elle avait rencontr&#233; &#224; Alger. Intelligente et rus&#233;e, elle se fait remarquer en portant un manteau de fourrure noir et un petit chapeau rouge. On lui donne alors un surnom qui deviendra c&#233;l&#232;bre &#171; la Chatte &#187; (il para&#238;t qu'elle avait des yeux de chat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 novembre 1940, &#171; la Chatte &#187; est de retour &#224; Paris pour y d&#233;velopper le r&#233;seau dans les quatorze secteurs dessin&#233;s par Armand Borni en zone nord. Elle s'occupe principalement de l'envoi de messages, des recensions de la presse fran&#231;aise ainsi que du recrutement et de la formation des responsables de secteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, nid d'espions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'hiver 40 est glacial. Mathilde se rend tous les lundis chez le concierge du num&#233;ro 1 de la rue Lamarck pour r&#233;cup&#233;rer et analyser les rapports d&#233;pos&#233;s par les agents, et tenter de retracer les mouvements des unit&#233;s allemandes dans le pays. Fin f&#233;vrier 1941, Roman l'envoie &#224; Vichy pour prendre connaissance de l'ordre de bataille allemand, tel qu'il est &#233;tabli par Vichy. Quand elle arrive &#224; la station thermale, l'ambiance est d&#233;l&#233;t&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Ils &#233;taient maintenant tous bien &#8220;envichys&#233;s&#8221;, &#233;crit-elle, on sentait que leur r&#233;sistance, leur enthousiasme &#224; tous fondaient. &lt;/i&gt; &#187; Mathilde est partout. Ses relations se sont multipli&#233;es. Un officier r&#233;sistant, Pierre de Froment, la charge de transmettre en Angleterre des informations recueillies par son r&#233;seau en zone interdite (Nord et du Pas-de-Calais). Le 10 mai, le premier message radio part pour Londres depuis le num&#233;ro 3 du square du Trocad&#233;ro o&#249; les deux agents, devenus amants, se sont install&#233;s. &#192; partir de ce moment, deux op&#233;rateurs radio enverront quotidiennement &#224; l'Intelligence Service des renseignements qui seront utilis&#233;s ensuite par la Royal Air Force pour d&#233;finir ses cibles. Tous les soirs, la BBC diffuse de nombreux messages personnels. Il ne faut pas louper ceux qui indiquent une livraison d'armes ou une mission &#224; accomplir. Ils commencent toujours par les m&#234;mes mots : &#171; &lt;i&gt;Au minist&#232;re de la Guerre &#224; Londres, la Chatte vous parle&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Quelques heures plus tard, un avion anglais s'envole vers la France et bombarde une usine allemande ou un d&#233;p&#244;t de munitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas &#234;tre rep&#233;r&#233;s par les Allemands, Armand et Mathilde doivent fr&#233;quemment changer de domicile. Durant l'&#233;t&#233; 1941, ils installent leur poste &#233;metteur &#224; Montmartre, au&#8230; 8 bis de la villa L&#233;andre. Roger Vailland, qui se trouve &#224; Lyon, n'est pour rien dans ce choix. Les deux op&#233;rateurs radio du r&#233;seau ont tout simplement lou&#233; le dernier &#233;tage de la maison &#224; la famille Blavette. En octobre, Armand fait venir aupr&#232;s de lui une r&#233;sistante, Ren&#233;e Borni, qui n'est autre que sa ma&#238;tresse. Mathilde, d&#233;pit&#233;e, prend alors une chambre rue Cortot. Puis patatras, le 16 novembre 1941, alors qu'Armand a r&#233;uni &#224; la villa L&#233;andre les responsables d'Interalli&#233;, ils sont r&#233;veill&#233;s &#224; six heures du matin, en sursaut, par les agents de l'Abwher (le service du renseignement militaire de l'Allemagne). Certains ont r&#233;ussi &#224; s'&#233;chapper par les toits mais la plupart sont arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration d'envergure a pu &#234;tre mont&#233;e gr&#226;ce aux informations recueillies en octobre 1941 par un espion allemand dans un troquet du port de Cherbourg. Ce soir-l&#224;, apr&#232;s quelques verres, un docker qui assurait les transmissions entre les membres du r&#233;seau s'&#233;tait montr&#233; trop bavard&#8230; Mathilde &#233;chappe au coup de filet. Sur ce point les versions divergent. Pour les uns, elle aurait quitt&#233;, furieuse, la villa d&#232;s la fin du d&#238;ner, pour d'autres, elle aurait entendu dire dans le quartier que les Allemands allaient perquisitionner l'avenue Junot et se serait tenue &#224; l'&#233;cart de la r&#233;union. Quoi qu'il en soit, sa libert&#233; est de courte dur&#233;e. Voulant r&#233;cup&#233;rer des papiers compromettants rue Cortot, elle y est attendue par la Gestapo.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trahisons et double jeu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A-t-elle &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e par Ren&#233;e, sa rivale ? Sous la torture ? Difficile &#224; dire. En tout cas, elle est incarc&#233;r&#233;e &#224; la la prison de la Sant&#233; puis conduite le lendemain &#224; l'h&#244;tel &#201;douard VII, si&#232;ge de la police secr&#232;te allemande, o&#249; elle est interrog&#233;e par un jeune officier allemand, Hugo Bleicher, en charge de remonter toute la fili&#232;re. Celui-ci lui pr&#233;sente tranquillement un ultimatum : &#171; &lt;i&gt;Nous savons beaucoup de choses sur vous. Le dixi&#232;me suffirait &#224; vous envoyer devant un peloton d'ex&#233;cution. Nous pouvons travailler ensemble, vous serez libre et n'aurez pas d'ennuis. Mais si vous me d&#233;cevez, vous serez ex&#233;cut&#233;e imm&#233;diatement et sans proc&#232;s.&lt;/i&gt; &#187; Mathilde commet, &#224; ce moment, selon ses propres mots &#171; &lt;i&gt;la plus grande l&#226;chet&#233; de sa vie &lt;/i&gt; &#187;. A-t-elle voulu se venger de la nouvelle compagne de Roman ? C'est peu probable. Elle dira plus tard que ce fut un instinct de survie : &#171; &lt;i&gt;Gagner la confiance de Bleicher semblait le moyen le plus s&#251;r de pouvoir m'&#233;vader un jour.&lt;/i&gt; &#187; Le soir m&#234;me, apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; plusieurs agents de la r&#233;sistance qui ne savaient pas qu'elle avait &#233;t&#233; &#171; retourn&#233;e &#187; (elle permettra l'arrestation de plusieurs dizaines d'entre eux, qui finiront en camp de concentration), elle sort de prison et rejoint une chambre luxueuse &#224; l'h&#244;tel &#201;douard VII. Commence alors un &#233;trange double jeu. Gr&#226;ce &#224; l'&#233;metteur radio de la villa L&#233;andre et aux codes qu'elle a conserv&#233;s, elle se met bient&#244;t en contact avec les agents britanniques. Elle r&#233;cup&#232;re des informations aupr&#232;s des alli&#233;s, les transmet &#224; Bleicher qui lui demande, pour pi&#233;ger l'espionnage anglais, de transmettre de fausses informations &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une rencontre en d&#233;cembre 1941 va changer le cours des choses : Mathilde entre en contact avec un agent du Special Operations Executive (un service secret britannique) parachut&#233; en France, Pierre de Vaum&#233;court (nom de code Lucas), et tente de lui extorquer des renseignements. Tr&#232;s vite, celui-ci a des doutes sur elle et la force &#224; se d&#233;voiler. Elle avoue &#234;tre un agent double mais lui propose de travailler pour les Anglais et de devenir un agent triple. Vaum&#233;court accepte. Le 27 f&#233;vrier 1942, le couple part pour Londres. Sauf qu'en juillet, elle est arr&#234;t&#233;e par les Anglais &#224; la demande du gouvernement fran&#231;ais et emprisonn&#233;e jusqu'&#224; la fin de la guerre malgr&#233; ses protestations d'innocence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transf&#233;r&#233;e en France le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; juin 1945, elle est jug&#233;e en 1949. Le r&#233;quisitoire du procureur est implacable : Mathilde Carr&#233; est jug&#233;e coupable de haute trahison et donc condamn&#233;e &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prison, lib&#233;ration et grand &#233;cran&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le pr&#233;sident lit le verdict, &#171; la Chatte &#187; reste totalement impassible. Tr&#232;s curieusement, elle b&#233;n&#233;ficie quatre mois plus tard d'une remise de peine de la part du pr&#233;sident Vincent Auriol, avant d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e le 7 septembre 1954, officiellement pour raisons de sant&#233;. Cette lib&#233;ration rapide a suscit&#233; bien des interrogations, qui pour la plupart restent encore sans r&#233;ponse. Y avait-il des choses &#224; cacher qui auraient fait l'objet de tractations entre les services secrets des trois pays concern&#233;s ? On a dit qu'elle avait rencontr&#233; un agent secret dans sa cellule. Si c'est vrai que se sont-ils dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, apr&#232;s avoir men&#233; une vie discr&#232;te, Mathilde Carr&#233; est d&#233;c&#233;d&#233;e le 30 mai 2007, &#224; 8h15, quasiment aveugle, &#224; son domicile parisien du 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, &#224; l'&#226;ge de 98 ans. Elle a &#233;crit trois ouvrages qui ne contiennent aucune r&#233;v&#233;lation fracassante sur ses activit&#233;s d'espionnage : J'ai &#233;t&#233; la Chatte ; On m'appelait la Chatte ; Ma conversion. Lors de son proc&#232;s, elle affirma n'avoir jamais appartenu aux services du contre-espionnage allemand. Or, la consultation par le journal L'Express, en 2016, des archives des services secrets fran&#231;ais a permis de retrouver une fiche qui la d&#233;crit comme &#171; &lt;i&gt;une informatrice recrut&#233;e en janvier 1942&lt;/i&gt; &#187;. Son histoire a bien s&#251;r fascin&#233; les cin&#233;astes. Que ce soit Henri Decoin, qui lui a donn&#233; les traits de Fran&#231;oise Arnoul dans La Chatte (1958) et La Chatte sort ses griffes (1960) ou le r&#233;alisateur italien Leandro Castellani, qui confia en 1978 le r&#244;le &#224; l'actrice Catherine Spaak, dans une s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e. Ces r&#233;alisations donnent une image tr&#232;s romanc&#233;e du personnage car dans les faits, l'&#233;nigme de &#171; la Chatte &#187; reste enti&#232;re. &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration St&#233;phanie Cl&#233;ment&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>TATI : Petits prix, grande histoire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quand Jules Ouaki ouvre une boutique de 50 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; &#224; Barb&#232;s, il souhaite lui donner le nom de Tita, le surnom de sa m&#232;re. Mais la marque a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e par une commer&#231;ante du quartier qui menace de lui faire un proc&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Alors, comme les lettres g&#233;antes du magasin sont pr&#234;tes, il intervertit les deux syllabes. Ce sera Tati. Un nom qui va r&#233;sonner dans le monde entier pendant un demi-si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
A&#238;n&#233; d'une famille juive de huit enfants, install&#233;e &#224; la Goulette, quartier populaire de Tunis, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH101/_tn81946nb-7f31f.jpg?1714827694' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand Jules Ouaki ouvre une boutique de 50 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; &#224; Barb&#232;s, il souhaite lui donner le nom de Tita, le surnom de sa m&#232;re. Mais la marque a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e par une commer&#231;ante du quartier qui menace de lui faire un proc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors, comme les lettres g&#233;antes du magasin sont pr&#234;tes, il intervertit les deux syllabes. Ce sera Tati. Un nom qui va r&#233;sonner dans le monde entier pendant un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#238;n&#233; d'une famille juive de huit enfants, install&#233;e &#224; la Goulette, quartier populaire de Tunis, le futur Jules Ouaki na&#238;t en 1915. En 1930, il acquiert la nationalit&#233; fran&#231;aise. Devenu sellier, il est bri&#232;vement mobilis&#233; en 1940, mais, en raison des lois antijuives de l'&#201;tat fran&#231;ais, il rejoint les Forces navales fran&#231;aises libres &#224; Beyrouth, en mai 1943. &#192; la Lib&#233;ration, il se lance dans l'import-export d'huile au Liban puis arrive &#224; Paris o&#249; il abandonne son ancien pr&#233;nom, Ichia, pour Jules. En 1947, il cr&#233;e un premier commerce de tissus, Tapitext. Puis il a une id&#233;e de g&#233;nie : vendre en vrac du linge de maison &#224; prix cass&#233;s. Il ouvre d'abord un magasin rue Belhomme avant de s'installer 22 boulevard de Rochechouart, dans un espace plus grand, face au m&#233;tro a&#233;rien. Le succ&#232;s est imm&#233;diat : il ach&#232;te des lots sold&#233;s qu'il paye cash, fait tourner ses stocks &#224; toute allure, et propose &#224; sa client&#232;le des marchandises &#224; tout petit prix. Ensuite, il choisit une pr&#233;sentation des articles fa&#231;on &#171; bazar &#187; d&#233;bordant sur le trottoir dans des bacs &#224; fouilles, ce qui change le rapport des clients au lieu de vente. De la boutique ferm&#233;e on passe &#224; un espace ouvert. Enfin, le slogan &#171; Tati, les plus bas prix &#187; &#8211; associ&#233; &#224; un logo bleu sur fond vichy rose et blanc, visible depuis le m&#233;tro a&#233;rien &#8211; attire la client&#232;le populaire du quartier. Les immigr&#233;s du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sont les premiers &#224; faire sa fortune.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trente-cinq millions de visiteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1970, le magasin accueille jusqu'&#224; 40 000 clients par jour. Durant la d&#233;cennie suivante, c'est le lieu le plus visit&#233; de France. La tour Eiffel, le Louvre, l'Arc de triomphe sont d&#233;pass&#233;s. Tati, c'est un monument, &#171; &lt;i&gt;une institution qui fait se d&#233;placer trente-cinq millions de visiteurs&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Le Figaro en 1987. &#171; &lt;i&gt;Barb&#232;s, sans les magasins Tati, ne serait plus Barb&#232;s&lt;/i&gt; &#187;, titre aussi L'Express en 1980. Des photos de l'&#233;poque montrent les queues sur le boulevard. On s'arrache la bonne affaire du jour &#224; prix brad&#233;. D'anciens employ&#233;s se rappellent : &#171; &lt;i&gt;Il y avait tant de monde&#8230; Certaines clientes se battaient devant les bacs, l'une ayant trouv&#233; une chaussure gauche, l'autre la droite. C'&#233;tait parfois la s&#233;curit&#233; qui les s&#233;parait !&lt;/i&gt; &#187; C'est &#171; l'&#226;ge d'or &#187; de Tati, qui se d&#233;veloppe &#224; grands pas. En 1978, Tati s'agrandit jusqu'&#224; disposer de 2 800 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; gr&#226;ce au rachat des commerces adjacents. On raconte que le propri&#233;taire aurait rachet&#233; tous les h&#244;tels de passe du coin pour en faire des magasins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, l'entreprise s'implante dans d'autres quartiers parisiens, &#224; R&#233;publique et rive gauche, rue de Rennes (au rez-de-chauss&#233;e de l'immeuble F&#233;lix Potin) &#8211; selon la l&#233;gende, Simone Veil y aurait fait ses courses de No&#235;l, et Madonna achet&#233; la petite culotte lanc&#233;e au public ! Puis des magasins s'ouvrent un peu partout en France, 170 au total. Ce succ&#232;s commercial s'accompagne d'une gestion sociale paternaliste qui comprend l'ouverture d'une colonie de vacances pour les enfants des salari&#233;s et l'organisation de f&#234;tes. Monsieur Ouaki est un patron rigoureux mais appr&#233;ci&#233;. &#192; sa mort, en 1982, le choc est immense. Sa veuve, &#201;l&#233;onore, assure un certain temps la rel&#232;ve, avant que son fils a&#238;n&#233;, Gregory, qui avait &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; par le patriarche pour lui succ&#233;der, ne reprenne les r&#234;nes de l'entreprise. Mais celui-ci meurt &#224; son tour accidentellement apr&#232;s un an de direction. La famille se d&#233;chire. La soci&#233;t&#233; est durement secou&#233;e par l'attentat terroriste du 17 septembre 1986, juste devant la devanture du magasin de la rue de Rennes, faisant sept morts et cinquante-cinq bless&#233;s. Pendant plusieurs mois les clients &#233;vitent Tati bien que la marque ne semblait pas vis&#233;e par les assaillants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fabien, le fils qui n'a pas le profil d'un business man&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'incertitudes, le cinqui&#232;me des fils de Jules Ouaki, Fabien, prend les commandes de Tati. Il s'est tenu jusqu'alors &#224; distance des affaires de son p&#232;re et n'a pas le profil d'un &#171; business man &#187;. Ses centres d'int&#233;r&#234;t sont plut&#244;t l'animation dans les radios libres, le rock et le bouddhisme, mais il a le go&#251;t du pouvoir. Avec l'appui de sa m&#232;re, il rach&#232;te les parts de ses fr&#232;res et devient actionnaire majoritaire, puis pr&#233;sident directeur g&#233;n&#233;ral. Le mod&#232;le &#233;conomique qu'il veut d&#233;velopper est aux antipodes de celui de son p&#232;re. Il diversifie la marque (Tati bonbons, optique, bijouterie, voyages) et exporte l'enseigne &#224; l'&#233;tranger, avec le but, selon sa formule, de passer du &#171; &lt;i&gt;cheap au chic&lt;/i&gt; &#187;, mais du &#171; &lt;i&gt;chic popu&lt;/i&gt; &#187;. Il s'entoure de jeunes cr&#233;ateurs, dont Azzedine Ala&#239;a pour la collection Capsule, premi&#232;re rencontre entre le luxe et la mode populaire. Il choisit la rue de la Paix pour vendre ses bijoux, s'offre les plus grands mus&#233;es parisiens pour les 50 ans de la marque. Il ouvre une boutique de robes de mariage sur la 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; avenue &#224; New York. Les robes ne se vendent pas et Tati ferme le rideau un an plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;p&#244;t de bilan est in&#233;vitable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barb&#232;s, les articles sont trop chers pour les habitu&#233;s de la marque. Les ventes sont en chute libre. Les anciens cadres historiques ne sont plus d'accord avec cette nouvelle strat&#233;gie et plusieurs d'entre eux s'en vont. Si Enrico Macias r&#233;ussit encore, &#224; l'occasion de f&#234;tes de la marque, &#224; d&#233;clencher des tonnerres d'applaudissements, le c&#339;ur n'y est plus. Fibre sociale, ou ent&#234;tement, Fabien Ouaki refuse tout plan social. Apr&#232;s avoir envisag&#233; de passer la main, suite &#224; un assaut de son domicile par des hommes en armes, il tente de revenir aux m&#233;thodes de son p&#232;re, avec cependant le projet d'ouvrir le capital et de trouver un partenaire. Mais le contexte a chang&#233;, la concurrence est rude avec l'arriv&#233;e sur le march&#233; de Zara, Celio, H&amp;M, qui font fabriquer en Asie des dizaines de milliers de pi&#232;ces de confection qu'ils revendent &#224; des prix de plus en plus bas. Les vieilles recettes ne fonctionnent plus. La dette est &#233;norme. Petit &#224; petit, il brade le patrimoine familial, vend le cin&#233;ma Louxor &#224; la Mairie de Paris et se d&#233;barrasse m&#234;me de son &#233;curie de chevaux. Le d&#233;p&#244;t de bilan est in&#233;vitable. Le 26 juillet 2004, Fabien Ouaki annonce la vente de la marque, provoquant la col&#232;re des salari&#233;s. Il ne peut plus se rendre &#224; son bureau sans une protection renforc&#233;e. L'enseigne est finalement rachet&#233;e par Vetura, filiale &#224; 50 % du groupe Eram, pour 10 millions d'euros, auxquels s'ajoutent un maximum de 4,5 millions d'euros pour les stocks des magasins, dans le cadre d'un plan de cession, afin de relancer son d&#233;veloppement. La soci&#233;t&#233; prend le nouveau nom de Tati D&#233;veloppement. Fabien devient invisible. Une longue agonie commence. Des magasins sont ferm&#233;s. Un tiers des salari&#233;s sont licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un patrimoine social majeur de Paris dispara&#238;t&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2017, la rumeur court &#224; Barb&#232;s que Tati va fermer ses portes. En r&#233;alit&#233;, l'enseigne est de nouveau &#224; vendre. Le groupe Eram a mandat&#233; une banque afin de trouver un acqu&#233;reur pour sa filiale Agora Distribution, qui compte 156 magasins dont 83 % &#224; enseigne Tati. Le tribunal de commerce doit d&#233;signer un repreneur. Dans un contexte de tension intense, il donne son accord &#224; la reprise par GIFI et c'est une explosion de joie dans le vieux magasin. Philippe Ginestet, le PDG, s'engage &#224; pr&#233;server le magasin de Barb&#232;s. Un nouveau slogan commence &#224; circuler : &#171; Tati, j'aime ses prix &#187;. Mais deux &#233;v&#233;nements vont pr&#233;cipiter la fin. Le premier, &#224; caract&#232;re social, intervient &#224; l'&#233;t&#233; 2019, au lendemain des annonces de Philippe Ginestet : la CGT appelle l'ensemble des salari&#233;s &#224; se mettre en gr&#232;ve et &#224; manifester pour exprimer leurs revendications lors de la premi&#232;re r&#233;union de n&#233;gociation organis&#233;e par la direction. Elle rappelle que &#171; le repreneur avait promis de tout mettre en &#339;uvre pour d&#233;velopper au maximum l'enseigne et de ne pas faire de PSE (plan de sauvegarde de l'emploi). Or deux ans apr&#232;s la reprise, en 2017, il annonce la fermeture de 13 magasins, la cession d'au moins 26, la transformation des Tati en Gifi, la fermeture de l'entrep&#244;t. &#187; Le second est li&#233; &#224; la crise sanitaire du coronavirus. Le directeur g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; en ajoutera un troisi&#232;me : &#171; &lt;i&gt;Tati n'a jamais vu le retour de ses clients vers son centre historique de Barb&#232;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2020, la direction annonce la fermeture de l'embl&#233;matique magasin du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, le dernier &#224; porter la marque Tati en France. Ses 34 employ&#233;s sont licenci&#233;s. Le magasin ferme d&#233;finitivement ses portes en septembre 2021. Pour une employ&#233;e, &#171; &lt;i&gt;c'est une partie de notre patrimoine fran&#231;ais qui s'en va&lt;/i&gt;. &#187; Un client de plus de 40 ans fait part de sa tristesse : &#171; &lt;i&gt;La fin de Tati, c'est la fin d'une vie, la fin d'une vie pour moi, pour tous les Maghr&#233;bins, tous les Africains et bien d'autres&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, quel avenir pour l'&#238;lot qui abritait autrefois les magasins Tati ? Le mythique b&#226;timent haussmannien, embl&#232;me du magasin, qui accueillit autrefois la non moins fameuse brasserie Dupont fond&#233;e en 1887, est aujourd'hui en travaux. Un dossier de la mairie du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du 6 juin 2023 indique que l'&#238;lot &#171; Tati &#187; est &#171; &lt;i&gt;un patrimoine social majeur de Paris et un ensemble architectural singulier &lt;/i&gt; &#187;. Le d&#233;part de l'enseigne en 2021 et la mise en vente de l'&#238;lot ont donn&#233; naissance au projet de La Passerelle, port&#233; par le groupe Immobel France, s&#233;lectionn&#233; par la Mairie de Paris dans le cadre du programme &#171; inventer Paris &#187; et pr&#233;sent&#233; dans notre num&#233;ro 313 de 2023. Sont pr&#233;vus, la r&#233;alisation de 22 appartements en accession et de 8 logements sociaux ; de 2 700 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; de bureaux ; de 1 350 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; de commerces ; une r&#233;sidence h&#244;teli&#232;re de 800 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; ; un &#233;quipement culturel de 700 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;. Seule l'enseigne est encore visible depuis le m&#233;tro a&#233;rien. &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Thierry Nectoux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>WEPLER : TOUJOURS LE RENDEZ-VOUS DES &#201;CRIVAINS</title>
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		<dc:date>2023-11-05T20:07:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;T&#233;moin de l'histoire du quartier depuis plus de cent trente ans, la grande brasserie de la place de Clichy garde pr&#233;sente la trace du passage des plus grands artistes de cette p&#233;riode. &lt;br class='autobr' /&gt; Une photo grand format, prise en 1952, depuis le balcon d'un immeuble situ&#233; derri&#232;re le monument au mar&#233;chal Moncey, offre une vue spectaculaire et saisissante de la place de Clichy. Un espace presque vide (est-ce en plein mois d'ao&#251;t ?) o&#249; circulent quelques voitures, deux ou trois autobus, un cycliste et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://18dumois.info/-histoire-1400-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH99/wepler___place_clichy-3c025.png?1699217630' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;T&#233;moin de l'histoire du quartier depuis plus de cent trente ans, la grande brasserie de la place de Clichy garde pr&#233;sente la trace du passage des plus grands artistes de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une photo grand format, prise en 1952, depuis le balcon d'un immeuble situ&#233; derri&#232;re le monument au mar&#233;chal Moncey, offre une vue spectaculaire et saisissante de la place de Clichy. Un espace presque vide (est-ce en plein mois d'ao&#251;t ?) o&#249; circulent quelques voitures, deux ou trois autobus, un cycliste et que traversent des pi&#233;tons insouciants. La rue appartient &#224; tous. En arri&#232;re-plan, on aper&#231;oit la pyramide tronqu&#233;e du Gaumont Palace, chef d'&#339;uvre d'art d&#233;co con&#231;u par l'architecte Henri Belloc (longtemps le plus grand cin&#233;ma du monde) ; c&#244;t&#233; droit (vu de l'observateur), le lyc&#233;e Jules Ferry ; sur le terre-plein central, la station de m&#233;tro et un kiosque &#224; journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui s'impose au regard, occupant deux angles de la place, ce sont les auvents d'un caf&#233;, dont le nom est cach&#233; par deux arbres, et sa terrasse &#224; l'ombre dont se d&#233;tache un serveur en habit. Depuis soixante ans d&#233;j&#224;, la fameuse brasserie Wepler proposait ses services de bar et de restauration aux passants et aux habitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, m&#234;me si ses origines sont plus anciennes &#8211; la premi&#232;re maison se situait au 10 grande rue des Batignolles, l'avenue de Clichy aujourd'hui &#8211; c'est en 1892 qu'elle trouve son emplacement actuel au 14 de la place de Clichy et qu'elle acquiert son caract&#232;re de brasserie. &#192; cette &#233;poque, elle reste ouverte jusqu'&#224; trois heures du matin pour que puisse y souper, &#224; une heure tardive, le public des cabarets et des th&#233;&#226;tres. Le menu est vari&#233; mais les fameuses huitres (de Bretagne, puis d'Ol&#233;ron ou d'Ostende) et les saucisses-choucroute accompagn&#233;es de bi&#232;res, effet de la mode alsacienne, sont les plus demand&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette ann&#233;e 1892, Verlaine, malade, m&#232;ne une vie de mis&#232;re. Il erre entre des logis provisoires et les h&#244;pitaux parisiens. Devenu un habitu&#233; des caf&#233;s du quartier latin (plusieurs photos de Dornac le montrent au caf&#233; Fran&#231;ois 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;), il n'assistera pas &#224; l'inauguration du &#171; nouveau Wepler &#187; qui, avec sa salle de billard sous verri&#232;re, occupait une surface plus importante que de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; se rencontrent les peintres et les po&#232;tes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Se rappelle-t-il seulement la p&#233;riode de ses folles ann&#233;es de jeunesse dans le quartier des Batignolles o&#249; il v&#233;cut successivement au 28 rue Truffaut en 1857, au 10 rue Nollet (alors rue Saint-Louis) en 1860, au 43 rue Lemercier en 1863 et enfin au 26 rue L&#233;cluse entre 1865 et 1870 ? &#192; cette &#233;poque, la plus grande effervescence r&#233;gnait dans la grande rue des Batignolles. Au caf&#233; Guerbois, &#224; l'abri du tintamarre de l'avenue, Verlaine et Rimbaud faisaient scandale. Ils retrouvaient autour d'&#201;douard Manet, les figures marquantes de l'impressionnisme naissant, Henri Fantin-Latour, Edgar Degas, Claude Monet, Alfred Sisley, C&#233;zanne, Pissarro. Sans doute l'auteur de Sagesse d&#233;jeuna-t-il, au cours de ces folles ann&#233;es, au restaurant Wepler avec ses amis po&#232;tes, St&#233;phane Mallarm&#233;, Villiers de L'Isle-Adam, Catulle Mend&#232;s, H&#233;r&#233;dia, Leconte de Lisle ; peut-&#234;tre aussi avec &#201;mile Zola qui &#224; 26 ans, avait choisi de s'installer, avec sa m&#232;re et sa compagne, dans le quartier des Batignolles, pour se rapprocher de Manet. Au d&#233;c&#232;s du peintre tous ses amis se retrouv&#232;rent pour un repas chez le P&#232;re Lathuille, un cabaret des Batignolles que Manet avait immortalis&#233; trois ans avant sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De Toulouse-Lautrec &#224; Andr&#233; Breton&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, la brasserie Wepler connait l'une de ses p&#233;riodes les plus fastes. Il faut dire que le village des Batignolles, bien que rattach&#233; &#224; la capitale depuis 1860, demeure, avant la Premi&#232;re Guerre mondiale, un petit bout de campagne. C'est l&#224; qu'on file le dimanche, loin des regards, de la foule, du bruit, des convenances, des contraintes de la soci&#233;t&#233; parisienne pour une journ&#233;e de campagne afin de d&#233;guster, dans le jardin d'une guinguette, un petit vin blanc pas cher. Toulouse-Lautrec vient en voisin depuis la rue Caulaincourt, la rue Fontaine ou l'avenue Frochot, selon les lieux de ses ateliers. Ricardo Opisso-Sala, peintre et dessinateur catalan, le croque en 1898 avec Romain Coolus, sirotant une absinthe &#224; la terrasse de la brasserie Wepler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis dans les ann&#233;es 1900, ce sont Picasso, Modigliani qui y retrouvent Apollinaire, Utrillo, sa m&#232;re Suzanne Valadon ou son ami Francis Carco, l'auteur de Rue Pigalle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1908 Vuillard, qui a rejoint, &#224; l'initiative de Maurice Denis le groupe des Nabis, peint l'int&#233;rieur du restaurant dans des tons clairs donnant &#224; ce moment un caract&#232;re paisible et l&#233;ger. Avec Pierre Bonnard, c'est l'inverse. Il peint l'ext&#233;rieur depuis une table du caf&#233;, &#224; travers sa vitrine. &#171; Peintre de la vie moderne &#187; vivant &#224; Montmartre, l'artiste est un observateur attentif de la vie citadine. Il s'inspire notamment des lieux qu'il arpente, &#224; proximit&#233; de son atelier, mais aussi de la vie des caf&#233;s. Place Clichy (1912) d&#233;peint une sc&#232;ne de rue pleine de fantaisie. La lumi&#232;re p&#226;le laisse deviner la fra&#238;cheur et l'&#233;clat d'une matin&#233;e de printemps. On retrouve ici comme dans d'autres toiles &#171; le va-et-vient des passants&#8230; &#187;. Un petit enfant, v&#234;tu de blanc, semble nous regarder. Sur l'auvent de la brasserie, on peut lire &#224; l'envers &#171; Soupers-Brasserie &#187;. Dans la position du spectateur, les deux gar&#231;ons de caf&#233;, &#224; contre-jour dans leur costume sombre et leur tablier blanc, observent depuis la terrasse, la rue qui s'anime. Bonnard a peint la place de Clichy &#224; plusieurs reprises, en particulier le caf&#233; Le Petit Poucet (1928). Avant la guerre, Marcel Proust venait r&#233;guli&#232;rement au Wepler. Il faisait une apparition vers deux heures du matin et, engonc&#233; dans sa pelisse, commandait au ma&#238;tre d'h&#244;tel une grappe de raisin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es 14/18, la brasserie fut saccag&#233;e par des excit&#233;s qui s'attaquaient &#224; tout ce qui avait des consonances allemandes. Il fallut reconstruire. Blaise Cendrars donnait alors rendez-vous &#224; son ami Fernand L&#233;ger sur la place de Clichy. Il se rappelle la fascination du peintre pour les &#233;chafaudages et les nombreuses affiches. C'&#233;tait une source d'inspiration pour L&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926, Andr&#233; Breton et L&#233;ona Delcourt vivent une br&#232;ve et intense passion. Andr&#233; croise Nadja, inspiratrice de son livre, le 4 octobre 1926 rue Lafayette devant la librairie du journal L'Humanit&#233;. C'est le d&#233;but d'une relation dont Breton se lassera au bout de quelques jours, mais qui perdurera quelques semaines pour cesser &#224; la fin de l'ann&#233;e 1926. Une des lettres, non dat&#233;e, de Nadja -qui habitait dans un h&#244;tel rue Becquerel- &#224; Andr&#233; est &#233;crite sur le papier &#224; en-t&#234;te du Wepler : &#171; Mon Andr&#233;, C'est fort quand je suis seule j'ai peur de moi-m&#234;me&#8230; Quand tu es l&#224;&#8230; le ciel est &#224; nous deux&#8230; et nous ne formons plus qu'un&#8230; r&#234;ve si bleu&#8230; comme une voix azur&#233;e, comme ton souffle. Andr&#233; je t'aime. Pourquoi dis, pourquoi m'as-tu pris mes yeux. Ta Nadja &#187;. Peu de temps apr&#232;s elle sera intern&#233;e jusqu'&#224; sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lieu de plaisir pour Miller et C&#233;line&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1930, Henri Miller arrive &#224; Paris. Ce ne sont ni les salons ni les mondanit&#233;s qu'il recherche mais le Paris populaire et ses quartiers &#171; &lt;i&gt;interlopes&lt;/i&gt; &#187;. C'est en marchant qu'il d&#233;couvre la capitale. Il marche et marche, sans rel&#226;che. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a presque pas de rue a&#768; Paris que je n'aie connue. Sur chacune d'elles, je pourrais mettre une plaque comm&#233;morant en lettres d'or quelque riche expe&#769;rience nouvelle, quelque profonde r&#233;alisation, quelque moment d'illumination [&#8230;] J'avais les rues pour amies et les rues me parlaient le langage triste et amer de la mise&#768;re humaine.&lt;/i&gt; &#187; (Souvenir, souvenirs, 1953). En 1932, il s'installe &#224; Clichy et fr&#233;quente le cafe&#769; Wepler, qu'il appelle un &#171; &lt;i&gt;vestibule vaginal de l'amour&lt;/i&gt; &#187;, comme poste d'observation et d'e&#769;criture. Il &#233;crit a&#768; son ami Brassai&#776; : &#171; &lt;i&gt;PS : ici au cafe&#769; Wepler, on joue toujours la Lustige Witwe &#8211; La Veuve joyeuse &#8211; comme une monomanie des obse&#769;de&#769;s. Et le chanteur, il chante toujours le me&#770;me air du Barbier de Se&#769;ville : Picoropicoropicoropicorpicoro !! PS 2 : C'est tre&#768;s joli d'e&#770;tre la dame du lavabo ici avec cette douce musique viennoise. On peut s'imaginer a&#768; Vienne ou a&#768; Buxtehude ou a&#768; la Gare de Lyon.&lt;/i&gt; &#187; Et dans Jours tranquilles &#224; Clichy, il compl&#232;te le portrait du lieu : &#171; &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de la place Clichy, se trouve le caf&#233; Wepler qui fut longtemps mon rep&#232;re favori. Je m'y suis assis &#224; l'int&#233;rieur ou sur la terrasse, par tous les temps. Je le connaissais comme un livre. Les visages des serveurs, des directeurs, des caissi&#232;res, des putains, des habitu&#233;s m&#234;me ceux des dames des lavabos sont grav&#233;s dans ma m&#233;moire comme les illustrations d'un livre que je lirais tous les jours.&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette ann&#233;e 1932, Miller, bien qu'il n'ait jamais rencontr&#233; C&#233;line, qu'il admire, a pu lire, avant sa parution, le Voyage au bout de la nuit. On se souvient des premi&#232;res lignes du livre qui a r&#233;volutionn&#233; le style narratif : &#171; &lt;i&gt;&#199;a a d&#233;but&#233; comme &#231;a. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un &#233;tudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'&#233;tait apr&#232;s le d&#233;jeuner. Il veut me parler. Je l'&#233;coute. &#171; Restons-pas dehors ! qu'il me dit. Rentrons ! [&#8230;] Cette terrasse, qu'il commence, c'est pour les &#339;ufs &#224; la coque ! Viens par ici !&lt;/i&gt; &#187;. Pour Miller comme pour C&#233;line le quartier de la place de Clichy est associ&#233; au plaisir, sinon au sexe. Tous les deux reniflent &#171; &lt;i&gt;les rues &#233;troites et tortueuses, bord&#233;es de petits h&#244;tels et les putains debout sur le seuil, sous une lumi&#232;re rouge [&#8230;] les caf&#233;s &#224; la Francis Carco, o&#249; les maquereaux jouent aux cartes en surveillant leurs femmes sur le trottoir.&lt;/i&gt; &#187; (selon Ana&#239;s Nin), un &#171; &lt;i&gt;cloaque infect&lt;/i&gt; &#187; (selon L&#233;on Daudet).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'immenses salles de billard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Juste avant la seconde guerre mondiale, c'est L&#233;on Paul Fargue qui donne la description la plus pr&#233;cise du Wepler, dans Le Pi&#233;ton de Paris : &#171; &lt;i&gt;J'aime cette bo&#238;te &#224; musique importante comme un paquebot. Le Wepler de la place Clichy est rempli de merveilles, comme le concours L&#233;pine. Il y a d'abord &#224; boire et &#224; manger. Et des salles partout, ouvertes, ferm&#233;es, dissimul&#233;es. La voilure amen&#233;e, ces salles sont habill&#233;es en un rien de temps. Les femmes se distribuent selon leur &#238;lots, leurs sympathies, contre le d&#233;cor et les boiseries 1900. Au milieu, compos&#233; de prix du Conservatoire, l'orchestre joue son r&#233;pertoire sentimental, ses s&#233;lections sur Samson et Dalila, la Veuve joyeuse ou la Fornarina, avec de grands solos qui font oublier aux dames du quartier leur m&#233;nage et leurs chaussettes [&#8230;] C&#233;l&#232;bres, les salles de billard du Wepler sont immenses, compos&#233;es et distribu&#233;es comme les carr&#233;s de gazon d'un jardin. [&#8230;] La grande salle de billard du Wepler a quelque chose d'une bourse. Des consommateurs se serrent la main sans se conna&#238;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale voient la r&#233;quisition du Wepler &#224; l'usage exclusif des soldats allemands.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hommage aux &#233;crivains&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; l'ann&#233;e 1952, l'ann&#233;e de la photo. Boris Vian est un habitu&#233; du Wepler. Il y fixe ses rendez-vous. Petitement log&#233; au 8 boulevard de Clichy, il s'en rapproche en 1953, en d&#233;m&#233;nageant au 6bis cit&#233; V&#233;ron. C'est le moment o&#249; la brasserie est amput&#233;e d'un espace pour permettre la construction du cin&#233;ma Path&#233; qui doit concurrencer le c&#233;l&#232;bre Gaumont-Palace voisin. Finis le billard et la salle de danse. L'ambiance qui r&#232;gne place de Clichy est toujours aussi anim&#233;e. Georges Simenon y voit, dans son roman Le Grand Bob, &#171; &lt;i&gt;l'un des carrefours de Paris o&#249; la vie est la plus bouillonnante, &#224; la limite du monde des petits bourgeois, de celui des ouvriers et des employ&#233;s, enfin de la boh&#232;me et de la noce&lt;/i&gt; &#187;, ce que refl&#232;tent bien les photos de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des ann&#233;es plus tard, Patrick Modiano &#233;voquera furtivement un lieu plus apais&#233; dans son livre Chevreuse : &#171; &lt;i&gt;Il y aurait aussi, non loin de Montmartre, de la place de Clichy ou de la brasserie Wepler, cet h&#244;tel tranquille dont Michel de Gama pr&#233;tendrait &#234;tre le g&#233;rant et dont Camille aurait travaill&#233; &#224; la comptabilit&#233; sur un bureau dont un tiroir contiendrait un carnet de cuir vert, un agenda qui citait son nom !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce riche pass&#233; a conduit Marie-Rose Guarni&#233;ri, fondatrice de la Librairie des Abbesses, associ&#233;e au Wepler et &#224; la Poste, &#224; cr&#233;er, en 1998, le Prix Wepler-Fondation La Poste. Ce dernier rend hommage &#224; tous les &#233;crivains qui y ont trouv&#233; refuge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douze ouvrages sont en comp&#233;tition pour l'&#233;dition 2023. Le prix sera remis le 13 novembre prochain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Mus&#233;e Carnavalet, Histoire de Paris&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Pierre Reverdy, un po&#232;te surr&#233;aliste &#224; Montmartre</title>
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		<dc:date>2023-07-22T11:40:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Apr&#232;s une enfance tourment&#233;e, Reverdy quitte la Montagne noire et monte &#224; Paris pour &#171; faire de la litt&#233;rature &#187;. Montmartre, l'insouciance, les peintres, les pr&#233;mices du surr&#233;alisme fa&#231;onnent un po&#232;te nouveau, un po&#232;te cubiste. Un po&#232;te trop vite rattrap&#233; par la mis&#232;re et les doutes. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 10 juin 1907, au plus fort de la crise de m&#233;vente des vins du Languedoc, dont les prix ont chut&#233; de mani&#232;re vertigineuse, Marcellin Albert, fort de l'appui de centaines de milliers de manifestants, lance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH130/p5-pr-jeune-b0abd.jpg?1690080065' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='130' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s une enfance tourment&#233;e, Reverdy quitte la Montagne noire et monte &#224; Paris pour &#171; faire de la litt&#233;rature &#187;. Montmartre, l'insouciance, les peintres, les pr&#233;mices du surr&#233;alisme fa&#231;onnent un po&#232;te nouveau, un po&#232;te cubiste. Un po&#232;te trop vite rattrap&#233; par la mis&#232;re et les doutes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 10 juin 1907, au plus fort de la crise de m&#233;vente des vins du Languedoc, dont les prix ont chut&#233; de mani&#232;re vertigineuse, Marcellin Albert, fort de l'appui de centaines de milliers de manifestants, lance un ultimatum au gouvernement de Cl&#233;menceau pour le vote d'une loi et d&#233;clenche une gr&#232;ve des imp&#244;ts. La troupe occupe les villes du Midi et, les 19 et 20 juin, des fusillades font six morts &#224; Narbonne. &#192; ce moment, le jeune Pierre Reverdy n'est d&#233;j&#224; plus &#233;l&#232;ve au coll&#232;ge Victor Hugo de la ville. En 1905, il a abandonn&#233; ses &#233;tudes, &#171; &lt;i&gt;quitt&#233; le bagne&lt;/i&gt; &#187;. Lorsqu'il &#233;voquera beaucoup plus tard les &#233;v&#233;nements sanglants de 1907, il dira dans une lettre &#224; Jean Rousselot : &#171; &lt;i&gt;Une mis&#232;re effroyable accablait le pays, on jetait le vin dans les ruisseaux, tous les jeudis, pr&#232;s du pont m&#233;tallique, on vendait aux ench&#232;res le mobilier des pauvres gens [&#8230;] Du vin, du sang, de la cervelle. Celle d'un pauvre clochard. Ce n'&#233;tait pas cette tournure des choses qui pouvait m'incliner &#224; la tendresse pour les soutiens de l'ordre. Antimilitariste &#224; tout crin, je fus exempt&#233; de service militaire.&lt;/i&gt; &#187; Les ann&#233;es d'enfance sont d&#233;j&#224; loin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un &#171; sans nom &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme, n&#233; &#224; Narbonne le 11 (officiellement le 13) septembre 1889, a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; par la sage-femme &#171; &lt;i&gt;de p&#232;re et de m&#232;re inconnus&lt;/i&gt; &#187;. C'est un sans-nom. L'ann&#233;e de sa naissance, sa m&#232;re &#233;tait mari&#233;e, mais pas avec le g&#233;niteur. Et son &#233;poux, Victor Turcan, vivait en Argentine depuis deux ans d&#233;j&#224;. Le p&#232;re, Henry-Pierre Reverdy, reconna&#238;t son fils et lui donne son nom en 1895. La m&#232;re effectuera cette d&#233;marche seulement en 1911, alors que le jeune homme avait 22 ans. En 1897, les deux parents se remarient puis se s&#233;parent d&#233;finitivement en 1901.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre, apr&#232;s quelques ann&#233;es toulousaines, vit avec son p&#232;re qu'il admire et qui deviendra son mod&#232;le. Celui-ci, issu d'une lign&#233;e de tailleurs de pierre, a bris&#233; cette cha&#238;ne en devenant viticulteur et n&#233;gociant en vin. C'est un homme actif, journaliste polyvalent &#224; La R&#233;publique sociale, conseiller municipal &#224; Narbonne. Henry Reverdy a acquis, pour y r&#233;unir sa famille, un domaine dans le village de Moussoulens. La Jonquerolle sera le paradis (perdu) pour le futur &#233;crivain. Il &#233;crira : &#171; &lt;i&gt;Pr&#232;s de Carcassonne, au pied de la Montagne noire, le pays est bois&#233;, plus frais, plus vert, d&#233;licieusement arros&#233; de cours d'eau qui cessent &#224; peine d'&#234;tre des torrents. La source est proche. Cette eau claire, nous en avons r&#234;v&#233; jour et nuit, quand la propri&#233;t&#233; fut perdue, et elle est dans une grande quantit&#233; de mes po&#232;mes. J'ai eu pour ce coin de terre un immense amour [&#8230;] Dans toute ma po&#233;sie, on entend couler la Rougeanne, le ruisseau d'eaux roses.&lt;/i&gt; &#187; Cette douceur a cependant son p&#244;le oppos&#233;. L'enfant est tourment&#233;, tortur&#233; m&#234;me, il ressent des &#233;motions violentes qui le marqueront durablement. En 1907, le p&#232;re est ruin&#233; et doit vendre sa propri&#233;t&#233;. L'avenir de Pierre est ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je suis arriv&#233; &#224; Paris le 3 octobre 1910 &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 3 octobre 1909, apr&#232;s avoir contempl&#233; une derni&#232;re fois ses paysages familiers, il prend le train pour Paris et &#171; &lt;i&gt;faire de la litt&#233;rature&lt;/i&gt; &#187;. Il est accueilli &#224; son arriv&#233;e &#224; la gare d'Orsay par son ami le peintre Paul Malaterre, qui vit &#224; Montmartre. &#171; &lt;i&gt;Je suis arriv&#233; &#224; Paris le 3 octobre 1910, par un de ces temps de brume l&#233;g&#232;re que je trouverai d&#233;licieux plus tard, mais qui, ce matin-l&#224;, &#224; 10 heures au quai d'Orsay, en plein Paris, me donna simplement envie de retourner chez moi, au merveilleux soleil d'automne, qui, la veille encore me caressait de ses rayons. Un ami m'attendait, nous montons &#224; Montmartre dans un de ces taxis &#224; chevaux, cocher &#224; haut-de-forme de cuir bouilli [...] &#201;c&#339;urante travers&#233;e de Paris &#8211; par la place de la Concorde. Je trouvais tout cela affreux. Ces fa&#231;ades grises, ces monuments l&#233;preux. Le Paris de mon imagination s'effondrait dans la grisaille et la crasse d'un d&#233;cor de catastrophe, et les arbres noirs &#8211; &#231;a c'&#233;tait le comble !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son recueil de po&#232;mes Le Voleur de talan, il donne une version plus terrible encore de son arriv&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Un train qui p&#233;n&#233;trait sous la vo&#251;te siffla / Et tous les cochers qui sommeillaient / sur leur si&#232;ge s&#8250;agit&#232;rent [&#8230;] Un jeune homme court entre les automobiles qui soufflent/ Il a peur&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'installe d'abord &#224; l'h&#244;tel du Poirier, place &#201;mile Goudeau, puis au 7 de la rue Ravignan, dans la resserre occup&#233;e auparavant par Max Jacob. Est-ce &#224; son arriv&#233;e ou plus tard qu'il note un ph&#233;nom&#232;ne &#233;trange : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais su, et l'on n'a jamais pu m'expliquer pourquoi il y eut cette saison-l&#224;, &#224; Montmartre, de si nombreuses journ&#233;es de grand vent [&#8230;] un vent sal&#233; qui arrivait, pour s&#251;r, directement du large sans avoir encore rencontr&#233; aucun obstacle capable d'affaiblir son &#233;lan &#8211; un vent violent, sous le ciel dur et clair, s'engouffrant dans d'&#233;troites ruelles qui, coup&#233;es &#224; pic sur le n&#233;ant, engageaient &#224; penser qu'au-del&#224; on ne pouvait plus rencontrer que la mer. Jamais personne n'aurait os&#233; y aller voir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gaiet&#233; des amis de la Butte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'entremise de son ami Malaterre, il rencontre tr&#232;s vite ceux qui deviendront des amis essentiels : Picasso (qui habite alors 11 boulevard de Clichy mais a repris un atelier au Bateau-Lavoir) Juan Gris, Braque, Modigliani, Severini, le sculpteur Laurens, le po&#232;te Max Jacob et Apollinaire qui vient sur la Butte en visiteur depuis Auteuil o&#249; il a suivi Marie Laurencin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ses a&#238;n&#233;s. Chaque jour, ils se parlent pendant des heures. Cet homme du sud &#224; la voix rocailleuse, noueux comme un cep de vigne, a rencontr&#233; &#224; Montmartre d'autres gens du sud, espagnols et catalans, d'une convivialit&#233; et d'une gaiet&#233; extraordinaires. Dans une lettre de mai 1950 &#224; Jean Rousselot, il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Nous vivions les derni&#232;res ann&#233;es de l'&#233;poque ant&#233;diluvienne. Plus jamais le soleil ne nous a pass&#233; la main avec autant de douceur sur la peau. Jamais autant d'insouciance et de confiance ne nous a plus escort&#233;s vers l'inconnu&lt;/i&gt;. &#187; Il faut temp&#233;rer cette vision idyllique. Reverdy travaille de nuit comme correcteur d'imprimerie aux Annales, rue Falgui&#232;re. Ses trajets nocturnes l'&#233;puisent, car il n'a pas les ressources suffisantes pour acheter un ticket de m&#233;tro. En outre, si dans le &#171; village &#187; la fraternit&#233; est grande, le po&#232;te ressent fortement la nostalgie du midi, de sa nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1912, il d&#233;m&#233;nage au Bateau-Lavoir dans l'atelier qui faisait face &#224; celui de Juan Gris puis, en 1913, au 12 rue Cortot (aujourd'hui le mus&#233;e de Montmartre). Juan Gris et Picasso illustrent bient&#244;t ses po&#232;mes. Dans les ann&#233;es 1912-1914, il collabore &#224; la revue d'Apollinaire, Les Soir&#233;es de Paris, qui a son si&#232;ge au 278 du boulevard Raspail. Il veut s'engager dans l'arm&#233;e en 1914, mais il est r&#233;form&#233;. Les ann&#233;es de guerre sont &#233;prouvantes. Reverdy vit &#224; Montmartre dans une mis&#232;re absolue. Dans La Lucarne ovale, il note : &#171; &lt;i&gt;En ce temps-l&#224; le charbon &#233;tait devenu aussi pr&#233;cieux et rare que des p&#233;pites d'or et j'&#233;crivais dans un grenier o&#249; la neige, en tombant par les fentes du toit, devenait bleue&lt;/i&gt; &#187;, quelques lignes dont Breton dira qu'&#171; &lt;i&gt;elles me r&#233;introduisent au c&#339;ur de cette magie verbale, qui, pour nous, &#233;tait le domaine o&#249; Reverdy op&#233;rait. Il n'y avait eu que Aloysius Bertrand et Rimbaud &#224; s'&#234;tre avanc&#233;s si loin dans cette voie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un po&#232;te cubiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1915, il &#233;crit ses premiers po&#232;mes r&#233;unis sous le titre Le Cadran quadrill&#233;, recueil qui ne sera pas publi&#233;. Quelques mois plus tard, il fait para&#238;tre Po&#232;mes en prose, puis, l'ann&#233;e suivante, La Lucarne ovale. Des critiques parlent alors de &#171; po&#233;sie cubiste &#187;, ce qui est en partie vrai, tant l'&#233;criture de Reverdy est influenc&#233;e par la peinture de ses amis. En 1917, il fonde la revue Nord-Sud, en s'inspirant du nom de la ligne de m&#233;tro qui joint Montmartre &#224; Montparnasse. Proche du surr&#233;alisme, elle accueille de jeunes po&#232;tes comme Breton, Aragon, Soupault et Tzara, et publie des articles sur le cubisme et la litt&#233;rature. Reverdy d&#233;fend l'id&#233;e que la po&#233;sie n'est pas figurative, mais cr&#233;atrice. Il refuse &#224; la fois le romantisme et le naturalisme. Michel Collot d&#233;finit sa po&#233;tique comme &#171; &lt;i&gt;le lyrisme de la r&#233;alit&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Il ne s'agit &#171; &lt;i&gt;ni d'un r&#233;alisme ni d'un sentimentalisme : il n'est pas plus la formulation fid&#232;le d'un sentiment personnel qu'une imitation servile du r&#233;el ; il ne se borne pas &#224; les exprimer mais vise &#224; les recr&#233;er l'un et l'autre et l'un par l'autre pour produire une &#233;motion neuve... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue dispara&#238;t en 1918. Dans une lettre &#224; Breton, Reverdy &#233;voque l'amiti&#233; qui le lie aux jeunes po&#232;tes surr&#233;alistes : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes tous trois, avec Aragon et Soupault, des amis que je suis fier et heureux d'avoir gagn&#233;s. Votre jeunesse, votre sinc&#232;re puret&#233; me donnent une satisfaction que l'on a bien rarement en art [...] Vous &#234;tes sans doute mes plus purs amis. &lt;/i&gt; &#187; Viendront, au fil des ans, d'autres recueils qui marqueront l'&#233;poque : La Guitare endormie, &#201;toiles peintes, &#201;cumes de la mer. Les liens avec la peinture cubiste sont &#233;vidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa chambre du 12 rue Cortot, Reverdy convie, le dimanche, Breton, Soupault et Aragon. Ce sont les premiers temps du surr&#233;alisme, et il est leur &#171; po&#232;te exemplaire &#187;. Louis Aragon se souvient : &#171; &lt;i&gt;Je le revois rue Cortot dans ce temps de mis&#232;re et de violence, un hiver qu'il r&#233;gnait chez lui un froid terrible, sa femme malade, et dans le logement au-dessus ce diable d'Utrillo qui faisait du boucan, c'&#233;tait &#224; tuer. Il y avait dans les yeux noirs de Reverdy un feu de col&#232;re comme je n'en avais jamais vu nulle part, peut-&#234;tre les sarments br&#251;l&#233;s au milieu des vignes &#224; la nuit. Je me rappelle ce jour o&#249; il lui avait fallu vendre &#224; un de ces hommes riches qui aiment tant l'art un petit Braque qui n'&#233;tait pas seulement pour lui un tableau, et, comme &#224; la derni&#232;re minute de se d&#233;pouiller, il avait farouchement saisi la toile et l'avait bais&#233;e de ses l&#232;vres, &#224; la stup&#233;faction de l'amateur &#233;clair&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre, Reverdy d&#233;fend l'essence du cubisme contre les &#171; faussaires &#187; ou les amateurs. Il se bagarre avec Diego Rivera, d&#233;nonce l'inconsistance des &#339;uvres de Cocteau. Aragon note : &#171; &lt;i&gt;A une &#233;poque o&#249; la peinture s'est fait la palette d'objets des &#233;l&#233;ments quotidiens d'une vie mis&#233;rable, la po&#233;sie de Reverdy est le terrain vague, la rue hostile, l'escalier d&#233;labr&#233; d'une vie qui est celle des peintres et des po&#232;tes d'alors.&lt;/i&gt; &#187; Il y a de la pauvret&#233; chez Reverdy. Est-ce l'une des raisons de sa conversion au catholicisme ? Le 2 mai 1921, il se fait baptiser au Sacr&#233;-C&#339;ur de Montmartre. Max Jacob est son parrain. Reverdy quitte Montmartre en 1922 pour la rue Fontaine, puis pour la rue Vignon.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coco Chanel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Auparavant il avait fait la connaissance de Coco Chanel gr&#226;ce &#224; Misia Sert, grande figure parisienne de son temps, &#233;g&#233;rie de Mallarm&#233; vingt ans auparavant. Apr&#232;s la mort d'Arthur Capel avec lequel elle avait eu une relation passionn&#233;e, elle red&#233;couvre l'amour avec Reverdy. Il lui fait aussi d&#233;couvrir le plaisir de la lecture : Rilke, Lautr&#233;amont, Verlaine, Mallarm&#233;. Elle dit de lui : &#171; &lt;i&gt;Le grand po&#232;te, c'est Reverdy.&lt;/i&gt; &#187; Il lui &#233;crit cette d&#233;licate d&#233;dicace sur La Peau de l'homme : &#171; &lt;i&gt;Vous ne savez pas ch&#232;re Coco que l'ombre est le plus bel &#233;crin de la lumi&#232;re. Et c'est l&#224; que je n'ai jamais cess&#233; de nourrir pour vous la plus tendre amiti&#233;.&lt;/i&gt; &#187; En 1925, il rompt avec les surr&#233;alistes dont il n'appr&#233;cie pas les compromissions. Et apr&#232;s avoir collabor&#233; au &#171; Roseau d'or &#187;, collection fond&#233;e par Jacques Maritain, dans laquelle il voisine avec Paul Claudel, Pierre Reverdy &#171; &lt;i&gt;choisit librement Dieu&lt;/i&gt; &#187;. Il se retire le 30 mai 1926 dans une maison isol&#233;e &#224; Solesmes, pr&#232;s de la c&#233;l&#232;bre abbaye b&#233;n&#233;dictine. &#171; &lt;i&gt;Besoin d'absolu&lt;/i&gt;, &#233;crit-il. &lt;i&gt;Je quitte Paris pour Solesmes : &#234;tre ou n&#233;ant.&lt;/i&gt; &#187; Il ne s'absentera plus de sa retraite que pour quelques rares voyages. Il y vivra avec Henriette qui &#233;tait devenue son &#233;pouse en 1914 &#224; Montmartre. Elle &#233;tait couturi&#232;re et participa &#224; la confection de ses premiers livres. Ils finiront tous deux leur vie &#224; Solesmes, lui en 1960, elle en 1996.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lyc&#233;e Jacques Decour : dans les pas d'un ancien &#233;l&#232;ve</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Apr&#232;s l'histoire de ce grand lyc&#233;e parisien (lire notre n&#176; 311), partons pour une balade intimiste et litt&#233;raire &#224; travers le regard et les souvenirs d'un ancien &#233;l&#232;ve, revenu sur les pas de son adolescence. &lt;br class='autobr' /&gt; Septembre 1959. Un jeune gar&#231;on, accompagn&#233; de son p&#232;re, se pr&#233;sente, t&#244;t le matin, rue Bochart de Saron pour faire son entr&#233;e en sixi&#232;me au lyc&#233;e Jacques Decour. Ces deux noms ne lui sont pas familiers. Il n'a jamais entendu parler de ce premier pr&#233;sident du Parlement de Paris, sous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH110/arton1397-08db7.jpg?1692061769' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s l'histoire de ce grand lyc&#233;e parisien (lire notre n&#176; 311), partons pour une balade intimiste et litt&#233;raire &#224; travers le regard et les souvenirs d'un ancien &#233;l&#232;ve, revenu sur les pas de son adolescence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Septembre 1959. Un jeune gar&#231;on, accompagn&#233; de son p&#232;re, se pr&#233;sente, t&#244;t le matin, rue Bochart de Saron pour faire son entr&#233;e en sixi&#232;me au lyc&#233;e Jacques Decour. Ces deux noms ne lui sont pas familiers. Il n'a jamais entendu parler de ce premier pr&#233;sident du Parlement de Paris, sous l'Ancien r&#233;gime, jug&#233; et condamn&#233; &#224; la guillotine par le tribunal r&#233;volutionnaire le 20 avril 1794 ; et pas d'avantage de ce grand r&#233;sistant, professeur d'allemand dans ce lyc&#233;e, tomb&#233; sous les balles nazies pendant la Seconde Guerre mondiale. Sauf, dans la bouche venimeuse de sa tr&#232;s r&#233;actionnaire professeure de piano, &#224; la sortie de l'&#233;cole primaire : &#171; &lt;i&gt;Chaptal oui, Jacques Decour, surtout pas ; un lyc&#233;e rouge, tous les professeurs sont communistes ! &lt;/i&gt; &#187; Il n'a gu&#232;re plus de lumi&#232;res sur cette aust&#232;re et imposante b&#226;tisse o&#249; il va passer huit ann&#233;es de sa jeune existence. Huit ans, autant dire une &#233;ternit&#233;. Mais pourquoi huit ans et non pas sept, la dur&#233;e d'une scolarit&#233; normale ? En fait, la r&#233;bellion et l'insolence en classe de sixi&#232;me du petit provincial lui vaudront un redoublement suivi d'une &#171; r&#233;demption &#187; gr&#226;ce &#224; un professeur de fran&#231;ais auquel il vouera une reconnaissance &#233;ternelle, Monsieur Morel (on le voit, en 1959, sur la photo de classe d'une cinqui&#232;me, figurant sur Internet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur bat la chamade lorsque le gar&#231;on monte les marches pour acc&#233;der &#224; l'immense cour &#171; des petits &#187;. Sur cet espace nu, s'ouvre une salle de classe haute de plafond et aux murs pisseux. Certains enseignants portent encore la blouse blanche, ajoutant une note terne &#224; la tristesse ambiante. &#192; ce moment-l&#224;, le seul r&#233;confort apr&#232;s une journ&#233;e de cours se trouve dans l'achat, avec quelques pi&#233;cettes, de roudoudous, r&#233;glisses et sucettes chez le marchand de bonbons, dont l'&#233;tal est install&#233; sur le trottoir &#224; l'ext&#233;rieur. Une scolarit&#233; commence dans une sensation d'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toutes ces ann&#233;es, le gar&#231;on va d&#233;couvrir tous les coins et recoins du lyc&#233;e, la grande et les petites histoires, faire des rencontres qui marqueront sa vie. Ces souvenirs, actualis&#233;s par ce qu'il a vu et entendu depuis ces temps lointains, le guident dans sa visite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monumentale porte en bois du 12 avenue Trudaine, qui a fait l'objet de regrettables actes de vandalisme en 2016 et 2018, a retrouv&#233; sa belle patine. C'est par elle qu'il entre et acc&#232;de aux premi&#232;res pi&#232;ces que sont les parloirs. Le petit parloir, o&#249; avaient lieu autrefois les rencontres tant redout&#233;es entre les parents et les professeurs, est devenu principalement un espace de r&#233;union pour les f&#233;d&#233;rations de parents d'&#233;l&#232;ves. Le grand parloir est un lieu de m&#233;moire. Une grande fresque repr&#233;sente le sacrifice de Jacques Decour, fusill&#233; au Mont-Val&#233;rien en 1942. Elle est l'&#339;uvre du peintre Alfred Lop-Montel. N&#233; en 1898 &#224; Saint-Cyr-sur-Mer dans le Var, il fait les Beaux-Arts &#224; Marseille et s'&#233;tablit en 1920 &#224; Montparnasse dans l'entourage de son fr&#232;re, l'excentrique Ferdinand Lop, candidat perp&#233;tuel aux &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives, idole des &#233;tudiants du Quartier latin qui constituaient sa &#171; garde de fer &#187;. Pour s'en diff&#233;rencier, Alfred ajouta &#171; Montel &#187; &#224; son nom et devint relativement connu dans le milieu artistique parisien. Influenc&#233; par le cubisme c&#233;zannien et par ses rencontres &#224; Montparnasse, celle de Kisling notamment, il fut paysagiste, portraitiste, auteur de natures mortes et de sc&#232;nes de genre tant parisiennes que m&#233;diterran&#233;ennes. Il enseigna aussi &#224; Decour et le gar&#231;on, peu dou&#233; dans cet art, participa &#224; des chahuts carabin&#233;s dont il se repent encore aujourd'hui. Sous la fresque, une plaque de marbre rappelle la citation &#224; l'ordre de la Nation de Daniel Decourdemanche, dit Jacques Decour.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Recueillement et murmures d'extr&#234;me-droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie des parloirs s'ouvre la cour d'honneur, un petit bijou de la Troisi&#232;me R&#233;publique. Un espace rectangulaire de 800 m&#232;tres carr&#233;s encadr&#233; par deux galeries. Dans les ann&#233;es 1960, il n'y avait pas d'arbres mais un parterre fleuri. Il para&#238;t que le proviseur de l'&#233;poque, Ren&#233; Alexandre, y faisait de la m&#233;ditation. Aujourd'hui, les arbres donnent un charme et une &#233;l&#233;gance indiscutables au lieu. La galerie de gauche, en entrant, tenait lieu de piste d'athl&#233;tisme. Les soixante m&#232;tres &#233;taient parcourus par les meilleurs en sept secondes et&#8230; Le saut en hauteur se pratiquait dans une petite cour adjacente. Difficile apprentissage du saut en roul&#233; ventral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'axe de la cour, on aper&#231;oit la statue en bronze repr&#233;sentant, assis et en majest&#233;, Charles Rollin, ancien recteur de l'universit&#233; de Paris mais qui, parce qu'il &#233;tait jans&#233;niste, n'entrera jamais &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise. La statue est due au sculpteur Didier Debut et au fondeur Thi&#233;baut. Une anecdote &#224; ce sujet : le 11 octobre 1941, le Journal officiel annonce que le mar&#233;chal P&#233;tain fait proc&#233;der &#224; l'enl&#232;vement des statues en alliages cuivreux situ&#233;es dans les lieux publics &#171; &lt;i&gt;afin de remettre les m&#233;taux dans le circuit de la production industrielle et agricole&lt;/i&gt; &#187;. La grande statue en bronze de l'historien de l'Antiquit&#233; est convoit&#233;e. Mais au courrier du recteur vichyssois exigeant son poids de m&#233;tal lourd, le proviseur r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;N&#233;ant&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les murs des galeries, dont le sol est orn&#233; de superbes mosa&#239;ques, sont appos&#233;es des plaques comm&#233;moratives rendant hommage aux anciens &#233;l&#232;ves, professeurs et fonctionnaires morts durant les diff&#233;rents conflits 1914-1918, 1939-1945, Maroc. Simone Veil a inaugur&#233; en 2009 une plaque qui porte les noms de 27 lyc&#233;ens juifs morts pendant la guerre (26 finirent leur vie en d&#233;portation et le dernier fut fusill&#233; en juin 1944 &#224; Lyon, pour faits de r&#233;sistance). Elle d&#233;clara &#224; cette occasion : &#171; &lt;i&gt;Cette plaque est appos&#233;e afin que nul ne puisse ignorer ce qui s'est pass&#233;. Car nous entendons encore aujourd'hui dire que cela ne s'est jamais pass&#233;. (&#8230;) Apr&#232;s l'arriv&#233;e du convoi &#224; Auschwitz dans lequel nous nous trouvions, nous n'avons plus revu les enfants d&#233;port&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Lors de cette c&#233;r&#233;monie, elle &#233;voqua la m&#233;moire de son p&#232;re, &#233;l&#232;ve du lyc&#233;e Jacques Decour (alors coll&#232;ge Rollin), Grand Prix de Rome d'architecture, qui fut d&#233;port&#233; et dont la trace s'est perdue dans la lointaine Lituanie, &#224; Kaunas le 10 avril 1944.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Derni&#232;re lettre d'un condamn&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est au fond de la cour d'honneur que, chaque ann&#233;e, un &#233;l&#232;ve lisait la derni&#232;re lettre &#233;crite par Daniel Decourdemanche &#224; ses parents, avant d'&#234;tre fusill&#233; : &#171; &lt;i&gt;Vous savez que je m'attendais depuis deux mois &#224; ce qui m'arrive ce matin, aussi ai-je eu le temps de m'y pr&#233;parer, mais comme je n'ai pas de religion, je n'ai pas sombr&#233; dans la m&#233;ditation de la mort ; je me consid&#232;re un peu comme une feuille qui tombe de l'arbre pour faire du terreau. La qualit&#233; du terreau d&#233;pendra de celle des feuilles. Je veux parler de la jeunesse fran&#231;aise, en qui je mets tout mon espoir.&lt;/i&gt; &#187; [...] &#171; &lt;i&gt;Si vous en avez l'occasion, faites dire &#224; mes &#233;l&#232;ves de premi&#232;re, par mon rempla&#231;ant, que j'ai bien pens&#233; &#224; la derni&#232;re sc&#232;ne d'Egmont (de Goethe) : - Pour sauver ce que vous avez de plus cher, je tombe avec joie -, ainsi que je vous en donne l'exemple&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambiance recueillie &#233;tait parfois troubl&#233;e par les murmures de jeunes d'extr&#234;me droite. Il faut dire qu'au d&#233;but des ann&#233;es soixante, alors que la guerre d'Alg&#233;rie provoquait des affrontements meurtriers, les partisans de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise faisaient r&#233;guli&#232;rement le coup de poing avec ceux qui militaient pour son ind&#233;pendance. De nombreuses et violentes bagarres avaient lieu &#224; l'ext&#233;rieur du lyc&#233;e. Ces diff&#233;rends s'exacerb&#232;rent en avril 1961 &#224; l'occasion du putsch des g&#233;n&#233;raux rebelles &#224; Alger. C'est &#224; ce moment-l&#224; que l'on vit passer, boulevard Rochechouart, comme dans une sc&#232;ne de film, des colonnes de blind&#233;s venant d'Allemagne pour occuper des lieux strat&#233;giques. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, conjointement avec les lyc&#233;ens de Condorcet, le premier comit&#233; antifasciste, au premier &#233;tage d'une brasserie &#224; l'angle du boulevard de La Chapelle et du boulevard Barb&#232;s (La Famille nouvelle, au 124 boulevard de La Chapelle, selon Sylvain Braunstein, dans Empreintes - Saison 2, les Editions du Panth&#233;on).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La chapelle, ses vitraux et son orgue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une cour annexe se trouve la chapelle du lyc&#233;e. Son plan est longitudinal, termin&#233; par un chevet &#224; abside. Elle a une vo&#251;te en berceau bris&#233;. Elle est utilis&#233;e aujourd'hui comme salle de r&#233;union (ou d'examen). Pr&#232;s de l'autel/&#233;cran, une plaque en marbre noir o&#249; l'on peut lire &#171; &#192; la m&#233;moire des &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge Sainte Barbe-Rollin morts pour la patrie en 1870-1871 &#187;. Les vitraux d'origine sont l'&#339;uvre du ma&#238;tre verrier L&#233;on Lef&#232;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1974, une &#233;quipe de passionn&#233;s de facture d'orgue, anim&#233;e par Bernard Mauguin, professeur de musique au lyc&#233;e, con&#231;ut le projet ambitieux de r&#233;alisation d'un orgue neuf pour remplacer celui de 1893 qui avait subi des d&#233;g&#226;ts consid&#233;rables et &#233;tait rest&#233; muet pendant trente ans. L'instrument, harmonis&#233; par Jean-Pierre Swiberski, fut inaugur&#233; en 1982 par Michel Chapuis. Des r&#233;citals d'orgue mais aussi des concerts, qui ne sont pas seulement d&#233;di&#233;s &#224; l'orgue, sont r&#233;guli&#232;rement programm&#233;s par l'Association pour le rayonnement de l'orgue. Dans le cadre du 250&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de la mort de Jean-S&#233;bastien Bach, c'est l'int&#233;grale de son &#339;uvre pour orgue qui a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e dans la chapelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plein centre du lyc&#233;e se tenait le gymnase, qui a &#233;t&#233; transform&#233; en salle de cours dot&#233;e d'une magnifique charpente. Le gar&#231;on a gard&#233; un mauvais souvenir de ce lieu &#224; cause de ses agr&#232;s, poutre, cheval d'ar&#231;on ou encore barres parall&#232;les, qui n&#233;cessitaient force et sens de l'&#233;quilibre et dont l'usage maladroit par certains lyc&#233;ens suscitait les railleries des plus dou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre du lyc&#233;e accueille aujourd'hui des &#233;v&#233;nements culturels. C'est sous la direction d'un jeune professeur amoureux de la sc&#232;ne que fut cr&#233;&#233; un atelier th&#233;&#226;tre, en 1966, rassemblant un petit groupe d'&#233;l&#232;ves de terminale. Tout avait commenc&#233;, cette ann&#233;e-l&#224;, par des rencontres po&#233;tiques. Les participants se retrouvaient dans la grande salle de distribution des prix pour des s&#233;ances d'improvisation, s'inspirant de l'&#233;criture automatique h&#233;rit&#233;e des surr&#233;alistes. Ces exercices, pas toujours r&#233;ussis, donn&#232;rent cependant aux &#171; po&#232;tes en herbe &#187; une confiance grandissante au point qu'ils purent faire &#233;diter un mince recueil qui se nomma Square d'Anvers. Il faut dire que le square, bien diff&#233;rent de ce qu'il est aujourd'hui, &#233;tait &#8211; avec les caf&#233;s proches du m&#233;tro Anvers &#8211; un lieu de rendez-vous privil&#233;gi&#233;&#8230; Les jeunes auteurs re&#231;urent les encouragements de Pierre Seghers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, de l'&#233;criture, on passa au plateau avec une ambition qui, avec le recul, donne le vertige : monter Hamlet. Impossible r&#233;alisation sans une participation f&#233;minine. Or les lyc&#233;es n'&#233;taient pas mixtes. Il fallut convaincre les deux proviseurs de Jacques Decour et Jules Ferry de laisser venir, pour les r&#233;p&#233;titions, les jeunes filles de l'&#233;tablissement de la place de Clichy. Tout cela se passa tr&#232;s bien et &#224; la fin du mois de juin 1966, le groupe th&#233;&#226;tre pr&#233;sentait devant parents et amis le chef d'&#339;uvre de Shakespeare.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La nostalgie d'Edgar Morin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait encore beaucoup &#224; dire sur Jacques Decour, son ouverture &#224; l'art par exemple puisqu'il est devenu un lieu d'exposition r&#233;gulier pour les peintres. Le mieux sans doute est de laisser la parole &#224; un homme d'exception, &#233;minent sociologue centenaire, Edgar Morin, qui arpenta dans sa jeunesse les couloirs du lyc&#233;e : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'arriv&#233;e des troupes allemandes sur Paris, les examens &#233;tant suspendus, je me r&#233;fugiai &#224; Toulouse o&#249; je v&#233;cus une nouvelle vie, tr&#232;s intense : c'est alors que me vint de plus en plus intimement la nostalgie de mon vieux Rollin. Il &#233;tait dans un autre monde, de l'autre c&#244;t&#233; d'une ligne de d&#233;marcation infranchissable jusqu'en 1943. Plus les ann&#233;es ont pass&#233;, plus mon souvenir est devenu amour de mon Rollin et revenu &#224; Paris j'ai fait partie de l'amicale des anciens &#233;l&#232;ves, je n'ai cess&#233; de renouveler mon adh&#233;sion et depuis longtemps il n'y a plus aucun camarade de ma classe qui en fasse partie. Mais le souvenir d'amis me poursuit.&lt;/i&gt; &#187; &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De la Belle &#201;poque aux Ann&#233;es Folles</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Une prochaine fin de semaine peut &#234;tre l'occasion de s'exercer &#224; la fl&#226;nerie en partant &#224; la rencontre dans le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de t&#233;moignages int&#233;ressants d'un pass&#233; pas si lointain, ceux de l'Art nouveau et de l'Art d&#233;co. Mais encore faut-il savoir distinguer ces diff&#233;rents mouvements artistiques. &lt;br class='autobr' /&gt; Attention, le &#171; fl&#226;neur &#187; n'est pas un promeneur oisif, un badaud d&#233;s&#339;uvr&#233;, mais un observateur aiguis&#233; qui, dans son trajet, examine dans leurs d&#233;tails les diff&#233;rentes strates de l'espace urbain, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://18dumois.info/-histoire-1280-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH102/arton1301-ffdb8.png?1693900267' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une prochaine fin de semaine peut &#234;tre l'occasion de s'exercer &#224; la fl&#226;nerie en partant &#224; la rencontre dans le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de t&#233;moignages int&#233;ressants d'un pass&#233; pas si lointain, ceux de l'Art nouveau et de l'Art d&#233;co. Mais encore faut-il savoir distinguer ces diff&#233;rents mouvements artistiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Attention, le &#171; fl&#226;neur &#187; n'est pas un promeneur oisif, un badaud d&#233;s&#339;uvr&#233;, mais un observateur aiguis&#233; qui, dans son trajet, examine dans leurs d&#233;tails les diff&#233;rentes strates de l'espace urbain, les gens, les objets, les lieux et les &#233;v&#232;nements qui l'ont fa&#231;onn&#233; au cours du temps. Charles Baudelaire et Walter Benjamin en ont fait une figure paradoxale de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Art nouveau est un courant artistique europ&#233;en n&#233;, &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, du mouvement Arts &amp; Crafts, dont le britannique William Morris (1834-1896) fut le plus &#233;minent repr&#233;sentant. Il trouve aussi ses sources dans le symbolisme et le style japonisant qui lui est parfois associ&#233;. C'est l'art de la Belle &#201;poque, la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de la Grande Guerre, une p&#233;riode de bouleversements techniques et industriels. Son nom fran&#231;ais vient de la Maison de l'Art nouveau, galerie ouverte par le marchand d'art Siegfried Bing (1838-1905) &#224; Paris en 1895. Il entend r&#233;introduire la nature dans un monde industriel. Aux traits abrupts des machines en m&#233;tal, aux lignes droites, &#224; la monochromie, les artistes pr&#233;f&#232;rent les courbes, les arabesques, la polychromie, l'asym&#233;trie. Leurs motifs pr&#233;f&#233;r&#233;s sont les animaux, les oiseaux ou des insectes, des figures mythologiques, des plantes, des feuilles, des motifs orientaux, comme les feuilles de palmier ou le papyrus. Ils utilisent le verre, la pierre, mais aussi des mat&#233;riaux modernes, comme le chrome ou l'acier inoxydable. Les couleurs pr&#233;dominantes sont les pastels. Contre l'acad&#233;misme, l'Art nouveau veut habiter tous les objets. Il d&#233;fend l'artisanat contre la production industrielle, et remet au go&#251;t du jour la tapisserie. Sa diffusion dans toute l'Europe et m&#234;me dans le monde conna&#238;t son acm&#233; lors de l'Exposition universelle de 1900 &#224; Paris. Celle-ci r&#233;unit un nombre in&#233;gal&#233; d'artistes de tous les pays et pr&#233;sente des &#339;uvres remarquables qui suscitent enthousiasme ou m&#233;fiance, voire le rejet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bow-windows et toitures-terrasses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans notre arrondissement de magnifiques exemples de ce style. L'immeuble du 7bis rue Damr&#233;mont pr&#233;sente une porte de cette p&#233;riode. Le 17 bis de la m&#234;me art&#232;re h&#233;berge un immeuble aux courbes caract&#233;ristiques de ce courant artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Direction rue de Tr&#233;taigne. Au num&#233;ro 7 se trouve un immeuble de logements ouvriers, anc&#234;tres des HLM, b&#226;ti en 1903 par Henri Sauvage (architecte de la Samaritaine et du 13 rue des Amiraux, entre autres) et Charles Sarazin pour la Soci&#233;t&#233; anonyme des logements hygi&#233;niques &#224; bon march&#233;. La structure en b&#233;ton arm&#233; apparent, la fa&#231;ade &#224; bow-windows, le jardin suspendu sur letoit-terrasse, les &#233;quipements collectifs int&#233;gr&#233;s (biblioth&#232;que, salle de conf&#233;rences, magasin coop&#233;ratif, restaurant et bains douches) donnent &#224; cet immeuble &#8211; pr&#233;curseur de l'Art d&#233;co &#8211;un caract&#232;re novateur, prototype des logements sociaux r&#233;alis&#233;s &#224; Paris, au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, selon les principes esth&#233;tiques et hygi&#233;nistes du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 185 de la rue Belliard est &#224; dix minutes &#224; pied. Cet immeuble de rapport de quatre &#233;tages a &#233;t&#233; construit par Henri Deneux pour son propre usage sur un terrain triangulaire de 82 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;, &#224; l'angle de la rue Belliard et de la rue des Tennis. Il est divis&#233; en appartements avec un toit-terrasse &#233;tanche qui pouvait accueillir des plantations. Deneux a repris le ciment arm&#233; et les briques enfil&#233;es utilis&#233;es pour la construction de l'&#233;glise Saint-Jean-de-Montmartre. La fa&#231;ade est rev&#234;tue de carreaux de gr&#232;s flamm&#233;s color&#233;s produits par les c&#233;ramistes Gentil et Bourdet. Des bow-windows permettent l'entr&#233;e de la lumi&#232;re et de l'air dans les appartements. Le tympan de la porte d'entr&#233;e est d&#233;cor&#233; d'un panneau de c&#233;ramique repr&#233;sentant l'architecte &#224; sa table de travail. Henri Deneux habitait l'&#233;tage sup&#233;rieur de l'immeuble et louait les autres appartements. Le projet a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; &#224; partir de mars 1910 ; la construction a dur&#233; d'octobre 1911 &#224; la fin de 1913. Le b&#233;ton partiellement cach&#233; derri&#232;re les c&#233;ramiques reste cependant visible.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une d&#233;molition &#233;vit&#233;e de justesse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le bus 85 nous conduit ensuite au pied de la Butte d'o&#249; vous rejoindrez la place des Abbesses pour revoir ce que vous avez d&#233;j&#224; vu, sans vraiment vous y attarder, une des seules &#233;glises parisiennes Art nouveau : Saint-Jean-de-Montmartre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oeuvre de l'architecte Anatole de Baudot, elle a &#233;t&#233; &#233;difi&#233;e entre 1894 et 1904 en utilisant la technique nouvelle du ciment arm&#233;. Elle &#233;chappe aux fantaisies habituelles de l'Art nouveau et t&#233;moigne d'une certaine architecture conventionnelle qui respecte avant tout les sym&#233;tries. Seuls le porche central agr&#233;ment&#233; de sculptures et la fa&#231;ade orn&#233;e de perles de gr&#232;s de diff&#233;rentes couleurs contrastent avec le caract&#232;re traditionnel du b&#226;timent et rappellent le go&#251;t de l'Art nouveau pour l'originalit&#233;. L'int&#233;rieur que l'on visite rarement est d&#233;cor&#233; de huit belles peintures murales, sign&#233;es des deux artistes Thierry et Plauzeau et poss&#232;de une verri&#232;re magnifique. Aux quatre grands vitraux (notamment La Crucifixion, La Multiplication des pains et La Femme adult&#232;re) s'ajoutent les repr&#233;sentations de deux des quatre cavaliers de l'Apocalypse de Saint Jean et quarante-huit vitraux triangulaires repr&#233;sentant les litanies de la Vierge. D&#233;tail cocasse, l'&#233;glise fut construite sans autorisation, par la seule volont&#233; de son abb&#233; qui r&#233;ussit &#224; recueillir les fonds. Les travaux furent arr&#234;t&#233;s par l'administration hostile &#224; l'utilisation du ciment arm&#233; pour la construction d'une &#233;glise. Mais la d&#233;molition fut &#233;vit&#233;e de justesse gr&#226;ce &#224; l'entregent de l'abb&#233; de la paroisse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour &#224; la raison, &#224; la g&#233;om&#233;trie et &#224; la sym&#233;trie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Car bient&#244;t les &#171; exc&#232;s &#187; de l'Art nouveau furent rejet&#233;s par nombre d'architectes, et un autre style s'imposa : l'Art d&#233;co. Ce mouvement a acquis ses titres de noblesse lors de l'Exposition internationale des arts d&#233;coratifs et industriels modernes organis&#233;e &#224; Paris d'avril &#224; octobre 1925. Contrairement &#224; l'Art nouveau, il c&#233;l&#232;bre le progr&#232;s et accepte l'&#226;ge moderne et l'industrialisation. Il pr&#244;ne un retour &#224; la raison, &#224; la g&#233;om&#233;trie et &#224; la sym&#233;trie. Les b&#226;timents Art d&#233;co sont souvent en b&#233;ton arm&#233; et en brique. Ils poss&#232;dent de nombreuses fen&#234;tres, parfois aussi des bow-windows. La puret&#233; des lignes, la simplification des formes, la blancheur des fa&#231;ades se substituent &#224; l'exub&#233;rance des motifs et &#224; la prodigalit&#233; des courbes. Certains architectes, tel Adolphe Loos, refusent m&#234;me toute id&#233;e d'ornementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style Art d&#233;co se d&#233;finit par quelques principes simples. Les ouvertures sont en hauteur, les combles pentus et dot&#233;s de lucarnes, les toits recouverts de tuiles, de zinc ou d'ardoises, les fa&#231;ades rythm&#233;es par des bow-windows et des balcons. La structure de la majorit&#233; des b&#226;timents est en b&#233;ton arm&#233;, parfois en brique o&#249; deux couleurs dominent : le jaune paille et le rouge satur&#233;. Les briques jaunes sont employ&#233;es dans les &#233;difices les plus modestes. Les rouges servent pour les &#233;quipements publics (&#233;coles, piscines, instituts de recherche, etc.) et les habitations &#224; bon march&#233;. Les motifs v&#233;g&#233;taux subsistent sous forme de bas-reliefs g&#233;om&#233;tris&#233;s. On trouve aussi des sculptures de femmes stylis&#233;es et des d&#233;cors abstraits. Le fer est pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; la fonte ; le verre est utilis&#233; pour les cages d'escalier, les cours couvertes, les marquises, exceptionnellement pour la fa&#231;ade enti&#232;re d'un immeuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En route vers la rue du Square Carpeaux. On y d&#233;couvre un ensemble impressionnant de huit immeubles Art d&#233;co de belle facture destin&#233;s &#224; h&#233;berger une client&#232;le ais&#233;e ou des artistes. Tous les mat&#233;riaux sont utilis&#233;s, la brique en particulier. Plusieurs &#233;l&#233;ments attirent l'attention : au num&#233;ro 8, la frise en bas-reliefs floraux de l'entr&#233;e ; au num&#233;ro 11, les larges ouvertures indiquant la pr&#233;sence d'ateliers d'artistes soucieux de lumi&#232;re naturelle, les trois charmants balcons du num&#233;ro 12, le m&#233;lange harmonieux de la brique rouge et du b&#233;ton ; au num&#233;ro 13, la brique claire ; au num&#233;ro 16, les jolies portes ; et les spirales de l'immeuble du 18.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La cit&#233; Montmartre-aux-artistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons la promenade vers la rue Marcadet. Du 212 au 244, levons les yeux : structures en saillie pour &#233;viter les angles droits, bow-windows, balcons&#8230; Au 247, des immeubles HBM des ann&#233;es 1910-1920, avec leurs assemblages de pierre et brique et leurs couleurs m&#233;rite la visite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons sur nos pas et arr&#234;tons-nous devant la cit&#233; Montmartre-aux-artistes situ&#233;e au 187 de la rue Ordener. Un sculpteur, Louis-Aim&#233; Lejeune (1884-1969), Grand Prix de Rome, est &#224; l'origine du projet. D&#233;j&#224; &#233;clips&#233;e par le quartier Montparnasse au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la butte Montmartre et ses versants restent cependant tr&#232;s attractifs pour les peintres, sculpteurs, &#233;crivains, musiciens, com&#233;diens, photographes, architectes. En 1924, la Ville de Paris fait don du terrain n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation du projet, puis accorde sa garantie financi&#232;re &#224; une soci&#233;t&#233; immobili&#232;re constitu&#233;e par des artistes. La cit&#233; accueille ses premiers occupants en 1933. En 1936, elle est rachet&#233;e par la Ville de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'architecte Adolphe Thiers a con&#231;u trois b&#226;timents abritant 187 habitations et lieux de travail. Chaque atelier est d'une superficie de 32 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;. Le b&#226;timent A, sur rue, est en brique. Il comporte un hall d'entr&#233;e encadr&#233; par deux atriums. De grandes surfaces vitr&#233;es &#233;clairent les ateliers expos&#233;s au nord. Des coursives au sud desservent les ateliers. Les b&#226;timents B et C, sur cour, recouverts d'enduit blancs sont plus simples. Le plan g&#233;n&#233;ral de la cit&#233; reprend un certain nombre de principes hygi&#233;nistes. Des espaces de transition entre les immeubles favorisent la circulation de l'air. Un syst&#232;me de coursives ouvertes dessert chaque niveau et des cages d'escaliers largement ouvertes permettent l'entr&#233;e de la lumi&#232;re naturelle. Cette architecture emprunte beaucoup au Mouvement moderne qui va prolonger l'Art d&#233;co en le simplifiant encore davantage : en particulier, les toits-terrasses qui couronnent chacun des immeubles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marquise, ossature m&#233;tallique et verri&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Retour sur la Butte en remontant l'avenue Junot. Au 36, se trouve un magnifique immeuble d'ateliers d'artistes. Le travail entrepris pour combler et foudroyer les anciennes carri&#232;res de gypse de Montmartre &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a facilit&#233; le lotissement de terrains encore attach&#233;s au souvenir de la Commune de 1871. Adolphe Thiers, homonyme de l'homme politique tristement c&#233;l&#232;bre pour avoir sauvagement r&#233;prim&#233; les communards, devient propri&#233;taire de plusieurs parcelles d'un &#238;lot d&#233;limit&#233; par une partie de l'avenue Junot et la rue Simon-Dereure. Par le biais de sa propre compagnie, la Soci&#233;t&#233; nationale de construction, il est &#224; la fois promoteur et architecte d'une partie des b&#226;timents &#233;rig&#233;s sur ce terrain. Il r&#233;alise en 1928, dans le style Art d&#233;co, un immeuble d'une grande &#233;l&#233;gance pr&#233;sentant un ensemble d'habitations, r&#233;parties autour de trois cours, et destin&#233;es, gr&#226;ce &#224; un loyer raisonnable, &#224; des artistes. L'ascenseur est rest&#233; intact. Il est class&#233; &#224; l'inventaire suppl&#233;mentaire des Monuments historiques en 2019 (comme l'ensemble de la cit&#233; ainsi que la fontaine). Le vestibule a conserv&#233; ses mosa&#239;ques et ses ferronneries. De nos jours, les ateliers ont &#233;t&#233; transform&#233;s en appartements luxueux. L'immeuble n'abrite quasiment plus d'artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette promenade serait incompl&#232;te si, redescendant vers les Abbesses, nous n'accordions un instant d'attention &#224; la station de m&#233;tro, revenant ainsi aux t&#233;moignages de l'Art nouveau. L'architecte Hector Guimard est appel&#233;, en 1889, &#224; r&#233;aliser les entr&#233;es des stations du m&#233;tropolitain. Il rompt frontalement avec la tradition, utilise le fer et l'acier pour la structure des constructions et trouve son inspiration dans la nature. L'&#233;dicule Abbesses a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1900 pour la station H&#244;tel-de-Ville, dans le cadre de l'Exposition universelle. Il appartient &#224; un ensemble de 166 entr&#233;es cr&#233;&#233;es entre 1900 et 1922, dont 88 subsistent (on en trouve &#233;galement aux stations Clichy, Pigalle, Blanche, Anvers). On peut s'&#233;merveiller encore devant la magnifique marquise surmont&#233;e d'une ossature m&#233;tallique et verri&#232;re d'origine et prolonger notre plaisir par un tour de man&#232;ge&#8230;&#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Thierry Nectoux x 6&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Depuis 1914, une presse locale foisonnante</title>
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		<dc:date>2021-09-04T09:25:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Fournier, Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;De 1914 &#224; nos jours, la presse continue de s'illustrer dans le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, un des rares arrondissements parisiens &#224; d&#233;velopper une telle activit&#233; journalistique locale. &lt;br class='autobr' /&gt; La Grande Guerre bouleverse les conditions d'exploitation de la presse. Les difficult&#233;s d'approvisionnement en papier (le papier ne cessera d'&#234;tre rationn&#233; qu'en 1921), la mobilisation des journalistes provoquent la disparition de nombreux journaux. L'&#233;tablissement de l'&#233;tat de si&#232;ge sur tout le territoire offre la possibilit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://18dumois.info/-histoire-1205-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH98/arton1193-8f974.jpg?1691892969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De 1914 &#224; nos jours, la presse continue de s'illustrer dans le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, un des rares arrondissements parisiens &#224; d&#233;velopper une telle activit&#233; journalistique locale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Grande Guerre bouleverse les conditions d'exploitation de la presse. Les difficult&#233;s d'approvisionnement en papier (le papier ne cessera d'&#234;tre rationn&#233; qu'en 1921), la mobilisation des journalistes provoquent la disparition de nombreux journaux. L'&#233;tablissement de l'&#233;tat de si&#232;ge sur tout le territoire offre la possibilit&#233; aux autorit&#233;s militaires de suspendre ou d'interdire toute publication p&#233;riodique. L'installation de la censure pr&#233;alable donne peu &#224; peu naissance &#224; une censure politique (il est interdit de parler des strat&#233;gies militaires, de donner le nombre de morts et de bless&#233;s, etc.) que la presse dans son ensemble accepte, il faut le dire, sans protester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Montmartre La Chapelle&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt; continuent de para&#238;tre mais les informations locales se font de plus en plus rares et la plupart des pages sont occup&#233;es par de la propagande. On glorifie les h&#233;ros de Verdun. Quand la victoire est sur le point d'&#234;tre acquise, un chroniqueur r&#232;gle ses comptes avec l'ennemi de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur : &#171; &lt;i&gt;Guerriers, saluez, c'est la France qui passe : la Race... Le Kayser se croyait le ma&#238;tre du monde et les Fran&#231;ais se voyaient d&#233;j&#224; envahis, &#224; cause des politiciens g&#233;latineux, socialos &#224; la manque, impr&#233;gn&#233;s du virus marxiste... Mais la brute sera vaincue !&lt;/i&gt; &#187;&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Montmartre en colonnes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es qui suivent la fin de la guerre, &lt;i&gt;Montmartre La Chapelle &lt;/i&gt; dispara&#238;t et en 1922 ne subsiste plus que &lt;i&gt;Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'&#233;dition pour l'arrondissement d'un journal publi&#233; dans tout Paris. La vie ch&#232;re, le prix du pain, de l'&#233;lectricit&#233;, le d&#233;veloppement des transports, la politique municipale, la dangerosit&#233; des &#171; &lt;i&gt;m&#233;t&#232;ques&lt;/i&gt; &#187; et leur impossible int&#233;gration (&#171; &lt;i&gt;La majorit&#233; de la racaille d'une grande ville est repr&#233;sent&#233;e par des &#233;trangers. Il faut leur faire payer une taxe de s&#233;jour de deux francs...&lt;/i&gt; &#187;) prennent toute la place. On trouve quelques rares r&#233;f&#233;rences au 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; : le succ&#232;s de la soupe populaire en d&#233;cembre 1922 et, &#224; partir de 1924, des informations r&#233;guli&#232;res sur les services publics de l'arrondissement (adresse et t&#233;l&#233;phone).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus tard, la situation n'a gu&#232;re &#233;volu&#233;. Cependant, au 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sont venus s'ajouter deux p&#233;riodiques : un hebdomadaire, &lt;i&gt;Montmartre Journal &lt;/i&gt; &#8211; qu'il n'a pas &#233;t&#233; possible de consulter &#8211;, et &lt;i&gt;Notre Montmartre&lt;/i&gt;, qui fut un mensuel tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;re. Voici ce qu'on pouvait lire dans le premier num&#233;ro : &#171; &lt;i&gt;La c&#233;l&#232;bre artiste Rahna en tenue de colonelle d&#233;core le comique Dandy, membre de la Commune libre de Montmartre, en tenue de pompier... La charmante muse de Montmartre, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Bonnet, qui pr&#233;side toutes les r&#233;unions de la Butte et qui est jolie, bonne et compatissante s'occupe sp&#233;cialement de la soupe populaire.&lt;/i&gt; &#187;. Le journal donne aussi des informations sur les films &#224; l'affiche (&lt;i&gt;C&#339;urs br&#251;l&#233;s&lt;/i&gt; [titre original : &lt;i&gt;Morocco&lt;/i&gt;] de Josef von Sternberg, avec Marl&#232;ne Dietrich et Gary Cooper, &lt;i&gt;La Trag&#233;die de la mine &lt;/i&gt; de Pabst) et sur les pi&#232;ces &#224; voir au th&#233;&#226;tre (&lt;i&gt;Les Tricheurs&lt;/i&gt; de Steve Passeur &#224; l'Atelier, &lt;i&gt;Au-del&#224; du baiser&lt;/i&gt; de Claude Dazil au th&#233;&#226;tre des Arts).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pages centrales sont occup&#233;es par de la publicit&#233; pour les articles des grands magasins de la Maison dor&#233;e situ&#233;s au 35 du boulevard Barb&#232;s. Les recettes de cuisine (le poulet de la M&#232;re Marie), les conseils du docteur et des historiettes pour les enfants compl&#232;tent le tableau. A ces deux p&#233;riodiques, il faut ajouter &lt;i&gt;Montmartre socialiste&lt;/i&gt;, organe de la 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; section de la SFIO (l'une des plus grosses f&#233;d&#233;rations de la Seine) paraissant le premier samedi de chaque mois. En janvier 1938, c'est le pacte de Maurice Thorez avec... le pape, pour le libre choix de l'&#233;cole, publique ou priv&#233;e, qui fait la une !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre, onde de choc pour la presse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec le deuxi&#232;me conflit mondial, apr&#232;s les slogans bellicistes habituels (&#171; &lt;i&gt;Des chars, des chars ! souscrivez aux bons d'armement ! &lt;/i&gt; &#187;), c'est une nouvelle onde de choc pour la presse, plus forte que la pr&#233;c&#233;dente. Tous les journaux d'avant-guerre disparaissent. Il faut attendre 1954 pour que r&#233;apparaisse un journal d'arrondissement : &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant de Montmartre&lt;/i&gt;. Ren&#233; Thomas, conseiller municipal en est le directeur politique, le r&#233;dacteur en chef et le r&#233;dacteur tout court. Pendant les quelques ann&#233;es de son existence, il part en campagne, par de violentes diatribes, contre le complot communiste. Exemples choisis : &#171; &lt;i&gt;Il faut &#233;liminer les communistes de la caisse des &#233;coles du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; (&#8230;), le parti le plus riche de France entre en campagne (&#8230;), les chefs communistes soutiennent les criminels en Alg&#233;rie et la p&#232;gre nord-africaine dans l'arrondissement (&#8230;), les villas des chefs communistes sur la C&#244;te d'Azur&#8230; &lt;/i&gt; &#187; Quand il reste de la place, le journal donne des informations plus locales : la coupe Ren&#233; Thomas des vieilles concierges, le jumelage de Montmartre avec son homonyme du Canada et avec Papeete, la cueillette symbolique du raisin de la rue des Saules et la f&#234;te des vendanges, la course de c&#244;te au ralenti de la rue Lepic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres publications seront plus &#233;ph&#233;m&#232;res, mais autrement plus int&#233;ressantes. &lt;i&gt;Montmartre Panorama,&lt;/i&gt; cr&#233;&#233;e en 1955, pour quatre num&#233;ros seulement, est l'une d'elles. Elle se veut la revue des amoureux de Montmartre, une revue qui refuse &#171; &lt;i&gt;l'&#233;picerie&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;respire &#224; l'air libre&lt;/i&gt; &#187;. Claude Charles en est le r&#233;dacteur en chef, Paul Yaki, le conseiller historique. Parmi ses collaborateurs figurent les noms de Roland Dorgel&#232;s, Raymond Souplex, Jean Rigaux, Jean Marsac. Pierre Mac Orlan et Fran&#231;is Carco font partie du comit&#233; d'honneur. Le Vieux Montmartre est le sujet de nombreux articles (Montmartre et son maquis, On cueille des fleurs &#224; Montmartre, etc.), mais sans aigreur, ni sensiblerie. Le Montmartre actuel n'est pas n&#233;glig&#233; pour autant : c'est la grande &#233;poque des chansonniers, &#171; &lt;i&gt;les derniers meuniers des moulins de Montmartre&lt;/i&gt; &#187;. Souplex, Rigaud, Marsac rivalisent d'humour et de fantaisie. Des rubriques sont d&#233;di&#233;es aux vieux m&#233;tiers de la Butte (la ferronni&#232;re de la rue Germain Pilon), aux th&#233;&#226;tres et cabarets, o&#249; r&#232;gne le French cancan. Montmartre Panorama, superbement illustr&#233;e, fait une petite place &#224; la publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des lancements avec et sans lendemains&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 2 mars 1977 para&#238;t &lt;i&gt;Le Petit Matin&lt;/i&gt;, un mensuel dont le fondateur est Bernard Ollivier. On est en pleine campagne municipale. Il y aura un maire &#224; Paris et c'est une nouveaut&#233;. Il est vendu (en partie &#224; la cri&#233;e) 2 francs. On trouve &#224; l'int&#233;rieur toutes les rubriques d'une feuille locale (politique, sport, faits divers, culture, petites annonces, encarts publicitaires des commer&#231;ants du coin&#8230;). D&#232;s le 22 novembre le prix de vente passe &#224; 2,50 F. C'est l'&#233;poque du lancement de l'&#233;dition du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; qui ne s'imposera jamais vraiment. Au bout de cinq num&#233;ros les deux &#233;ditions fusionnent, en mai 1978. En f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e est cr&#233;&#233;e l'association Les amis du Petit Matin. &#192; partir du n&#176; 26 Le Petit Matin devient bimensuel et couvre trois arrondissements (17-18-19) sur 32 pages. En septembre 1979 para&#238;t le dernier num&#233;ro (34) qui titre &#224; la une : &#171; &lt;i&gt;On ferme.&lt;/i&gt; &#187; Fin 1980 parait un almanach du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de 100 pages. Il devait &#234;tre le premier d'une s&#233;rie qui n'a jamais vu le jour. Et il y aura d'autres journaux, notamment quelques feuilles de partis politiques, le journal municipal&#8230; Il faudra attendre juin 1990 pour la parution de &lt;i&gt;Paris Montmartre&lt;/i&gt;, magazine trimestriel plus durable &#233;dit&#233; par l'association du m&#234;me nom cr&#233;&#233;e &#224; l'initiative du peintre Midani M'Barki. En janvier 2020, le magazine a f&#234;t&#233;, par un num&#233;ro hors-s&#233;rie, le centenaire de la R&#233;publique de Montmartre n&#233;e sous les auspices de Forain, Willette, Neumont et Poulbot pour &#171; &lt;i&gt;faire le bien dans la joie&lt;/i&gt; &#187;. Un num&#233;ro tr&#232;s riche avec de nombreux articles portant sur des sujets tels que l'histoire des cabarets et lieux mythiques de la Butte, celle des chansonniers, les combats de la soci&#233;t&#233; le Vieux Montmartre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois&lt;/i&gt;, quant &#224; lui, fait son apparition en novembre 1994. Depuis, sans faille, il publie 11 num&#233;ros par an et s'appr&#234;te &#224; f&#234;ter son 300&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; num&#233;ro. Fond&#233; par No&#235;l Monier et Jean-Yves Rognant (lire p. 11), il r&#233;unit une &#233;quipe diversifi&#233;e et ouverte, qui a r&#233;ussi &#224; se renouveler et &#224; renouveler ses sujets, avec toujours l'ambition d'une information ind&#233;pendante et citoyenne. C'est la r&#233;f&#233;rence pour qui veut conna&#238;tre le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ! Le journal s'est enrichi d'un site web, mais vous n'y trouverez pas tous les articles. Nous sommes encore r&#233;solument attach&#233;s &#224; la presse papier, &#224; la relation avec nos d&#233;positaires, &#224; la connaissance de nos lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1994 paraissait aussi &lt;i&gt;Le Petit Ney&lt;/i&gt;, &#224; l'initiative de l'association du m&#234;me nom install&#233;e d&#233;sormais avenue de la porte Montmartre. Engag&#233; pour l'action culturelle et citoyenne, et d&#233;sireux de valoriser son &#171; micro-quartier &#187;, enclav&#233; entre les Mar&#233;chaux et le p&#233;riph&#233;rique, il parut jusqu'en d&#233;cembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'information en ligne, gratuite, aurait pu porter un coup fatal &#224; l'information locale. Pourtant, en mai 2018, un autre titre faisait sa r&#233;apparition. &lt;i&gt;Le Chat Noir&lt;/i&gt;, quasi ressuscit&#233;, propose mensuellement en kiosque ses quatre pages grand format, &#224; l'instigation de Romain Nouat. Collectionneur de presse satirique, et surtout amoureux de Montmartre, il veut rester fid&#232;le &#224; l'esprit &#171; &lt;i&gt;impertinent, caustique et libertaire&lt;/i&gt; &#187; qui &#233;tait la marque de son illustre pr&#233;d&#233;cesseur publi&#233; entre 1882 et 1895. &lt;i&gt;Le Chat Noi&lt;/i&gt;r tirait &#224; l'&#233;poque &#224; 19 000 exemplaires, &#233;dit&#233; par le cabaret du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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