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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>TATI : Petits prix, grande histoire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quand Jules Ouaki ouvre une boutique de 50 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; &#224; Barb&#232;s, il souhaite lui donner le nom de Tita, le surnom de sa m&#232;re. Mais la marque a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e par une commer&#231;ante du quartier qui menace de lui faire un proc&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Alors, comme les lettres g&#233;antes du magasin sont pr&#234;tes, il intervertit les deux syllabes. Ce sera Tati. Un nom qui va r&#233;sonner dans le monde entier pendant un demi-si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
A&#238;n&#233; d'une famille juive de huit enfants, install&#233;e &#224; la Goulette, quartier populaire de Tunis, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH101/_tn81946nb-7f31f.jpg?1787828866' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand Jules Ouaki ouvre une boutique de 50 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; &#224; Barb&#232;s, il souhaite lui donner le nom de Tita, le surnom de sa m&#232;re. Mais la marque a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e par une commer&#231;ante du quartier qui menace de lui faire un proc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors, comme les lettres g&#233;antes du magasin sont pr&#234;tes, il intervertit les deux syllabes. Ce sera Tati. Un nom qui va r&#233;sonner dans le monde entier pendant un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#238;n&#233; d'une famille juive de huit enfants, install&#233;e &#224; la Goulette, quartier populaire de Tunis, le futur Jules Ouaki na&#238;t en 1915. En 1930, il acquiert la nationalit&#233; fran&#231;aise. Devenu sellier, il est bri&#232;vement mobilis&#233; en 1940, mais, en raison des lois antijuives de l'&#201;tat fran&#231;ais, il rejoint les Forces navales fran&#231;aises libres &#224; Beyrouth, en mai 1943. &#192; la Lib&#233;ration, il se lance dans l'import-export d'huile au Liban puis arrive &#224; Paris o&#249; il abandonne son ancien pr&#233;nom, Ichia, pour Jules. En 1947, il cr&#233;e un premier commerce de tissus, Tapitext. Puis il a une id&#233;e de g&#233;nie : vendre en vrac du linge de maison &#224; prix cass&#233;s. Il ouvre d'abord un magasin rue Belhomme avant de s'installer 22 boulevard de Rochechouart, dans un espace plus grand, face au m&#233;tro a&#233;rien. Le succ&#232;s est imm&#233;diat : il ach&#232;te des lots sold&#233;s qu'il paye cash, fait tourner ses stocks &#224; toute allure, et propose &#224; sa client&#232;le des marchandises &#224; tout petit prix. Ensuite, il choisit une pr&#233;sentation des articles fa&#231;on &#171; bazar &#187; d&#233;bordant sur le trottoir dans des bacs &#224; fouilles, ce qui change le rapport des clients au lieu de vente. De la boutique ferm&#233;e on passe &#224; un espace ouvert. Enfin, le slogan &#171; Tati, les plus bas prix &#187; &#8211; associ&#233; &#224; un logo bleu sur fond vichy rose et blanc, visible depuis le m&#233;tro a&#233;rien &#8211; attire la client&#232;le populaire du quartier. Les immigr&#233;s du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sont les premiers &#224; faire sa fortune.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trente-cinq millions de visiteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1970, le magasin accueille jusqu'&#224; 40 000 clients par jour. Durant la d&#233;cennie suivante, c'est le lieu le plus visit&#233; de France. La tour Eiffel, le Louvre, l'Arc de triomphe sont d&#233;pass&#233;s. Tati, c'est un monument, &#171; &lt;i&gt;une institution qui fait se d&#233;placer trente-cinq millions de visiteurs&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Le Figaro en 1987. &#171; &lt;i&gt;Barb&#232;s, sans les magasins Tati, ne serait plus Barb&#232;s&lt;/i&gt; &#187;, titre aussi L'Express en 1980. Des photos de l'&#233;poque montrent les queues sur le boulevard. On s'arrache la bonne affaire du jour &#224; prix brad&#233;. D'anciens employ&#233;s se rappellent : &#171; &lt;i&gt;Il y avait tant de monde&#8230; Certaines clientes se battaient devant les bacs, l'une ayant trouv&#233; une chaussure gauche, l'autre la droite. C'&#233;tait parfois la s&#233;curit&#233; qui les s&#233;parait !&lt;/i&gt; &#187; C'est &#171; l'&#226;ge d'or &#187; de Tati, qui se d&#233;veloppe &#224; grands pas. En 1978, Tati s'agrandit jusqu'&#224; disposer de 2 800 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; gr&#226;ce au rachat des commerces adjacents. On raconte que le propri&#233;taire aurait rachet&#233; tous les h&#244;tels de passe du coin pour en faire des magasins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, l'entreprise s'implante dans d'autres quartiers parisiens, &#224; R&#233;publique et rive gauche, rue de Rennes (au rez-de-chauss&#233;e de l'immeuble F&#233;lix Potin) &#8211; selon la l&#233;gende, Simone Veil y aurait fait ses courses de No&#235;l, et Madonna achet&#233; la petite culotte lanc&#233;e au public ! Puis des magasins s'ouvrent un peu partout en France, 170 au total. Ce succ&#232;s commercial s'accompagne d'une gestion sociale paternaliste qui comprend l'ouverture d'une colonie de vacances pour les enfants des salari&#233;s et l'organisation de f&#234;tes. Monsieur Ouaki est un patron rigoureux mais appr&#233;ci&#233;. &#192; sa mort, en 1982, le choc est immense. Sa veuve, &#201;l&#233;onore, assure un certain temps la rel&#232;ve, avant que son fils a&#238;n&#233;, Gregory, qui avait &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; par le patriarche pour lui succ&#233;der, ne reprenne les r&#234;nes de l'entreprise. Mais celui-ci meurt &#224; son tour accidentellement apr&#232;s un an de direction. La famille se d&#233;chire. La soci&#233;t&#233; est durement secou&#233;e par l'attentat terroriste du 17 septembre 1986, juste devant la devanture du magasin de la rue de Rennes, faisant sept morts et cinquante-cinq bless&#233;s. Pendant plusieurs mois les clients &#233;vitent Tati bien que la marque ne semblait pas vis&#233;e par les assaillants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fabien, le fils qui n'a pas le profil d'un business man&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'incertitudes, le cinqui&#232;me des fils de Jules Ouaki, Fabien, prend les commandes de Tati. Il s'est tenu jusqu'alors &#224; distance des affaires de son p&#232;re et n'a pas le profil d'un &#171; business man &#187;. Ses centres d'int&#233;r&#234;t sont plut&#244;t l'animation dans les radios libres, le rock et le bouddhisme, mais il a le go&#251;t du pouvoir. Avec l'appui de sa m&#232;re, il rach&#232;te les parts de ses fr&#232;res et devient actionnaire majoritaire, puis pr&#233;sident directeur g&#233;n&#233;ral. Le mod&#232;le &#233;conomique qu'il veut d&#233;velopper est aux antipodes de celui de son p&#232;re. Il diversifie la marque (Tati bonbons, optique, bijouterie, voyages) et exporte l'enseigne &#224; l'&#233;tranger, avec le but, selon sa formule, de passer du &#171; &lt;i&gt;cheap au chic&lt;/i&gt; &#187;, mais du &#171; &lt;i&gt;chic popu&lt;/i&gt; &#187;. Il s'entoure de jeunes cr&#233;ateurs, dont Azzedine Ala&#239;a pour la collection Capsule, premi&#232;re rencontre entre le luxe et la mode populaire. Il choisit la rue de la Paix pour vendre ses bijoux, s'offre les plus grands mus&#233;es parisiens pour les 50 ans de la marque. Il ouvre une boutique de robes de mariage sur la 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; avenue &#224; New York. Les robes ne se vendent pas et Tati ferme le rideau un an plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;p&#244;t de bilan est in&#233;vitable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barb&#232;s, les articles sont trop chers pour les habitu&#233;s de la marque. Les ventes sont en chute libre. Les anciens cadres historiques ne sont plus d'accord avec cette nouvelle strat&#233;gie et plusieurs d'entre eux s'en vont. Si Enrico Macias r&#233;ussit encore, &#224; l'occasion de f&#234;tes de la marque, &#224; d&#233;clencher des tonnerres d'applaudissements, le c&#339;ur n'y est plus. Fibre sociale, ou ent&#234;tement, Fabien Ouaki refuse tout plan social. Apr&#232;s avoir envisag&#233; de passer la main, suite &#224; un assaut de son domicile par des hommes en armes, il tente de revenir aux m&#233;thodes de son p&#232;re, avec cependant le projet d'ouvrir le capital et de trouver un partenaire. Mais le contexte a chang&#233;, la concurrence est rude avec l'arriv&#233;e sur le march&#233; de Zara, Celio, H&amp;M, qui font fabriquer en Asie des dizaines de milliers de pi&#232;ces de confection qu'ils revendent &#224; des prix de plus en plus bas. Les vieilles recettes ne fonctionnent plus. La dette est &#233;norme. Petit &#224; petit, il brade le patrimoine familial, vend le cin&#233;ma Louxor &#224; la Mairie de Paris et se d&#233;barrasse m&#234;me de son &#233;curie de chevaux. Le d&#233;p&#244;t de bilan est in&#233;vitable. Le 26 juillet 2004, Fabien Ouaki annonce la vente de la marque, provoquant la col&#232;re des salari&#233;s. Il ne peut plus se rendre &#224; son bureau sans une protection renforc&#233;e. L'enseigne est finalement rachet&#233;e par Vetura, filiale &#224; 50 % du groupe Eram, pour 10 millions d'euros, auxquels s'ajoutent un maximum de 4,5 millions d'euros pour les stocks des magasins, dans le cadre d'un plan de cession, afin de relancer son d&#233;veloppement. La soci&#233;t&#233; prend le nouveau nom de Tati D&#233;veloppement. Fabien devient invisible. Une longue agonie commence. Des magasins sont ferm&#233;s. Un tiers des salari&#233;s sont licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un patrimoine social majeur de Paris dispara&#238;t&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2017, la rumeur court &#224; Barb&#232;s que Tati va fermer ses portes. En r&#233;alit&#233;, l'enseigne est de nouveau &#224; vendre. Le groupe Eram a mandat&#233; une banque afin de trouver un acqu&#233;reur pour sa filiale Agora Distribution, qui compte 156 magasins dont 83 % &#224; enseigne Tati. Le tribunal de commerce doit d&#233;signer un repreneur. Dans un contexte de tension intense, il donne son accord &#224; la reprise par GIFI et c'est une explosion de joie dans le vieux magasin. Philippe Ginestet, le PDG, s'engage &#224; pr&#233;server le magasin de Barb&#232;s. Un nouveau slogan commence &#224; circuler : &#171; Tati, j'aime ses prix &#187;. Mais deux &#233;v&#233;nements vont pr&#233;cipiter la fin. Le premier, &#224; caract&#232;re social, intervient &#224; l'&#233;t&#233; 2019, au lendemain des annonces de Philippe Ginestet : la CGT appelle l'ensemble des salari&#233;s &#224; se mettre en gr&#232;ve et &#224; manifester pour exprimer leurs revendications lors de la premi&#232;re r&#233;union de n&#233;gociation organis&#233;e par la direction. Elle rappelle que &#171; le repreneur avait promis de tout mettre en &#339;uvre pour d&#233;velopper au maximum l'enseigne et de ne pas faire de PSE (plan de sauvegarde de l'emploi). Or deux ans apr&#232;s la reprise, en 2017, il annonce la fermeture de 13 magasins, la cession d'au moins 26, la transformation des Tati en Gifi, la fermeture de l'entrep&#244;t. &#187; Le second est li&#233; &#224; la crise sanitaire du coronavirus. Le directeur g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; en ajoutera un troisi&#232;me : &#171; &lt;i&gt;Tati n'a jamais vu le retour de ses clients vers son centre historique de Barb&#232;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2020, la direction annonce la fermeture de l'embl&#233;matique magasin du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, le dernier &#224; porter la marque Tati en France. Ses 34 employ&#233;s sont licenci&#233;s. Le magasin ferme d&#233;finitivement ses portes en septembre 2021. Pour une employ&#233;e, &#171; &lt;i&gt;c'est une partie de notre patrimoine fran&#231;ais qui s'en va&lt;/i&gt;. &#187; Un client de plus de 40 ans fait part de sa tristesse : &#171; &lt;i&gt;La fin de Tati, c'est la fin d'une vie, la fin d'une vie pour moi, pour tous les Maghr&#233;bins, tous les Africains et bien d'autres&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, quel avenir pour l'&#238;lot qui abritait autrefois les magasins Tati ? Le mythique b&#226;timent haussmannien, embl&#232;me du magasin, qui accueillit autrefois la non moins fameuse brasserie Dupont fond&#233;e en 1887, est aujourd'hui en travaux. Un dossier de la mairie du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du 6 juin 2023 indique que l'&#238;lot &#171; Tati &#187; est &#171; &lt;i&gt;un patrimoine social majeur de Paris et un ensemble architectural singulier &lt;/i&gt; &#187;. Le d&#233;part de l'enseigne en 2021 et la mise en vente de l'&#238;lot ont donn&#233; naissance au projet de La Passerelle, port&#233; par le groupe Immobel France, s&#233;lectionn&#233; par la Mairie de Paris dans le cadre du programme &#171; inventer Paris &#187; et pr&#233;sent&#233; dans notre num&#233;ro 313 de 2023. Sont pr&#233;vus, la r&#233;alisation de 22 appartements en accession et de 8 logements sociaux ; de 2 700 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; de bureaux ; de 1 350 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; de commerces ; une r&#233;sidence h&#244;teli&#232;re de 800 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; ; un &#233;quipement culturel de 700 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;. Seule l'enseigne est encore visible depuis le m&#233;tro a&#233;rien. &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Thierry Nectoux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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