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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>Chez Moune : histoire d'un cabaret lesbien</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delpirou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le cabaret a toujours &#233;t&#233; une histoire d'hommes pour les hommes. Pour que les femmes y jouent un autre r&#244;le que d&#233;v&#234;tues et objets de plaisir, il a fallu attendre Lulu de Montparnasse dans les ann&#233;es 20 et, au milieu des ann&#233;es 30 &#224; Pigalle, Madame Moune. Des cabarets ouvertement lesbiens. &lt;br class='autobr' /&gt; A partir de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, &#224; l'initiative de quelques personnalit&#233;s, comme Rodolphe Salis, fondateur du Chat noir, on voit &#233;clore &#224; Paris, en particulier &#224; Montmartre, des cabarets litt&#233;raires qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH100/entree-f2365.jpg?1787825601' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le cabaret a toujours &#233;t&#233; une histoire d'hommes pour les hommes. Pour que les femmes y jouent un autre r&#244;le que d&#233;v&#234;tues et objets de plaisir, il a fallu attendre Lulu de Montparnasse dans les ann&#233;es 20 et, au milieu des ann&#233;es 30 &#224; Pigalle, Madame Moune. Des cabarets ouvertement lesbiens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A partir de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, &#224; l'initiative de quelques personnalit&#233;s, comme Rodolphe Salis, fondateur du Chat noir, on voit &#233;clore &#224; Paris, en particulier &#224; Montmartre, des cabarets litt&#233;raires qui pr&#233;sentent des performances artistiques, des expositions d'art et qui sont aussi des lieux de rencontre et de consommation. Contrairement aux caf&#233;s-concerts qui sont con&#231;us comme des salles de spectacle &#8211; l'&#201;lys&#233;e Montmartre, par exemple &#8211;, les cabarets offrent tout &#224; la fois &#224; leurs clients une meilleure intimit&#233; &#224; l'int&#233;rieur &#8211; le public faisant partie de la repr&#233;sentation &#8211; et une ouverture plus grande sur l'ext&#233;rieur. Les artistes s'en vont parfois rameuter des clients place Pigalle. Comme l'&#233;crit Louis Chevalier dans Montmartre du plaisir et du crime, publi&#233; en 1980 : &#171; Quinze ann&#233;es apr&#232;s la fin de la Commune de Paris et ce qu'elle engendre d'interdits, de contr&#244;les et de censure, les artistes entendent jouer de l'espace public comme d'une ar&#232;ne et utiliser les potentialit&#233;s d'affichage de la ville en expansion ainsi que de l'explosion de la presse &#224; des fins de subversion. &#187; Dans ces cabarets se retrouvent les membres d'une &#233;lite artistique et litt&#233;raire : des peintres (Lautrec, Picasso ou Van Gogh), des po&#232;tes de la boh&#232;me, des musiciens. Lieux de sociabilit&#233; et de culture d'avant-garde, ils peuvent aussi &#234;tre orient&#233;s vers le plaisir, comme le cabaret bien connu le Ciel et l'Enfer, situ&#233; au 53 boulevard de Clichy, o&#249; les d&#233;guisements &#233;taient de mise (voir notre num&#233;ro 329).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le lesbianisme est priv&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce plaisir expos&#233;, quasiment public, est r&#233;serv&#233; aux hommes. C'est ailleurs que l'on s'initie, selon les mots de Maurice Delsol, &#171; aux petits myst&#232;res de ces temples profanes, dont les &#8220;vestales&#8221; entretiennent le feu sacr&#233; de l'amour par des pratiques tenues si en honneur autrefois &#224; Cyth&#232;re et &#224; Lesbos &#187;. Le lesbianisme est priv&#233;. On s'&#233;change les bonnes adresses gr&#226;ce &#224; des bonnes feuilles qui circulent sous le manteau. Les commentaires ne sont pas exempts de machisme. Exemple : &#171; La propri&#233;taire est le type r&#234;v&#233; de la lesbienne vieillie &#224; la t&#226;che ; massive, haute de taille, les traits hommasses, les cheveux courts, une cigarette aux l&#232;vres, elle va et vient dans sa brasserie [&#8230;]. Cette brasserie est le rendez-vous de toutes les lesbiennes des environs, et elles sont nombreuses &#224; envahir la maison qui devient trop petite pour contenir toutes les amies de la patronne les jours de vadrouille &#8211; le r&#234;ve du po&#232;te, quoi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Montmartre, les places Pigalle et Clichy jusqu'aux rues autour de la gare Saint-Lazare sont un haut-lieu de la prostitution. L'&#233;crivain Jean Lorrain dessine une carte des lieux de plaisir qui inclut l'&#201;ros androgyne. Son confr&#232;re Raoul Ponchon chante en 1889 La Sublime Lesbos dans un p&#233;rim&#232;tre qui s'&#233;tend plus pr&#233;cis&#233;ment de Pigalle &#224; la butte Montmartre. C'est en effet dans ce quartier, &#224; la vie nocturne tr&#233;pidante et ouverte &#224; toutes les cat&#233;gories sociales, que s'esquisse puis se construit, &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, une v&#233;ritable sociabilit&#233; lesbienne. Mais c'est seulement dans les ann&#233;es 1920 que se cr&#233;eront des lieux plus particuli&#232;rement d&#233;di&#233;s aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Django Reinhardt et Suzy Solidor&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier de Montmartre, des brasseries et des music-halls re&#231;oivent une client&#232;le f&#233;minine. Cependant, ces &#171; bars &#224; femmes &#187; ne sont en r&#233;alit&#233; que des &#233;tablissements o&#249; l'on consomme et, le cas &#233;ch&#233;ant, fait des rencontres. Il faut attendre 1936, pour que Monique Carton, dite Monique Moune, n&#233;e &#224; Amiens au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, fonde un club rue Florentine qu'elle appelle Le F&#233;tiche. &#192; ce moment, Pigalle a d&#233;j&#224; connu une transformation importante. Les truands de Paris y trouvent un terrain favorable &#224; leurs entreprises, notamment dans des caf&#233;s comme La Nouvelle Ath&#232;nes ou Le Petit Maxim's. Les souteneurs sont &#224; la recherche de femmes pour en faire des prostitu&#233;es qui finiront dans des bordels. Les r&#232;glements de compte sont monnaie courante, souvent entre Corses et continentaux. Le F&#233;tiche proposait des soir&#233;es dansantes et des cabarets avec des strip-teaseuses le samedi soir et des &#171; th&#233;s dansants &#187; le dimanche apr&#232;s-midi (le tango &#233;tait alors une danse populaire). Parmi les artistes figuraient des magiciens, un orchestre de femmes, des danseurs/euses et des ventriloques. Deux chanteuses y occupaient une place particuli&#232;re : Suzy Solidor, au fa&#238;te de sa gloire, et la jeune &#201;dith Piaf qui sera l'interpr&#232;te inoubliable de Elle fr&#233;quentait la rue Pigalle. Ainsi qu'un musicien de jazz aux doigts magiques et au style inimitable, Django Reinhardt, qui venait de cr&#233;er avec St&#233;phane Grappelli le quintette du Hot Club de France et d'engager un accompagnateur du nom de Henri Salvador qui donnait des frissons &#224; de jeunes admiratrices. D'ailleurs, Django et sa seconde &#233;pouse, Sophie Ziegler, s'installeront &#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale au num&#233;ro 6 de l'avenue Frochot et de leur union na&#238;tra, le 8 juin 1944, un fils nomm&#233; Babik qui recevra en cadeau pour ses trois ans... une guitare !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des gar&#231;onnes portant tailleur cravate&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'occupation allemande ne mettra pas en veilleuse l'activit&#233; des cabarets. Au contraire. Les officiers allemands remplacent les habitu&#233;s. L'Abbaye de The&#769;le&#768;me, place Pigalle, cabaret de nus, est le repaire chic des auxiliaires fran&#231;ais de la Gestapo. Au 54 de la rue Pigalle, &#192; l'heure bleue, anc&#234;tre de chez Moune, la pe&#768;gre continue de faire la fe&#770;te et de r&#233;aliser des trafics en tout genre. &#192; la fin de la guerre, Pierre Loutrel, alias Pierrot le Fou, retrouve Jo Attia et fonde avec lui le fameux gang des tractions avant. Gr&#226;ce &#224; des Citro&#235;n 15-6, plus puissantes que les voitures de police, ils encha&#238;nent les braquages sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s. Quoique de temp&#233;rament et de convictions oppos&#233;s (Loutrel fut collaborateur et faillit tuer Martine Carol ; Attia fut anti nazi et &#233;vita la mort &#224; l'actrice), les deux hommes se respectent et sont r&#233;unis dans le crime organis&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment au 54 de la rue Pigalle que va s'&#233;tablir Monique Carton dans les ann&#233;es 50. Fa&#231;ade style Art d&#233;co et enseigne dor&#233;e tout en arabesques sont la marque du nouvel &#233;tablissement. La client&#232;le est exclusivement f&#233;minine, enfin presque. Quelques hommes tri&#233;s sur le volet sont bien utiles pour convaincre la police, lors de ses descentes, que le lieu n'est pas le temple du lesbianisme &#8211; r&#233;prim&#233; &#224; l'&#233;poque, comme l'homosexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Se c&#244;toient dans une petite salle au sous-sol, au bar ou sur la piste de danse, les gar&#231;onnes portant tailleur cravate, signe d'ind&#233;pendance et de modernit&#233;, et des femmes en robe de soir&#233;e. Christine Bard &#233;crit dans le Dictionnaire des culture gaies et lesbiennes que &#171; le travestissement, plus ou moins appuy&#233;, en homme est une mani&#232;re de se lib&#233;rer d'un d&#233;terminisme social et sexuel qui r&#233;duit encore les femmes &#224; des &#234;tres entretenus, doux, passifs et exclusivement tourn&#233;s vers la procr&#233;ation. L'&#233;poque construit sa modernit&#233; sur la d&#233;pouille des vieux r&#232;glements : le port des v&#234;tement masculins est interdit aux femmes par la pr&#233;fecture de police de Paris depuis 1800. D&#233;roger &#224; la r&#232;gle donne le frisson de la transgression. La sulfureuse gar&#231;onne flirte avec les tabous, elle se maquille et fume en public, comme les prostitu&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le retour du velours rouge&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Madame Moune est la ma&#238;tresse du lieu. Femme d'une forte personnalit&#233;, &#224; la r&#233;putation de rigueur et de rudesse, elle est n&#233;anmoins toujours attentionn&#233;e. Une rare photo la montre en costume trois pi&#232;ces, cravate et pochette. Elle a les cheveux courts, tir&#233;s en arri&#232;re, l&#233;g&#232;rement fris&#233;s. Elle fume, assise &#224; une table, devant une coupe de champagne, entour&#233;e de ses &#171; mounettes &#187; habill&#233;es dans la m&#234;me tenue. Sans jamais renoncer &#224; sa prestance, il lui arrive de danser avec certaines de ses clientes. Un t&#233;moin de ces ann&#233;es raconte qu'avec sa voix grave et une ample gestuelle, &#171; elle ressemblait parfois &#224; un avocat dans la nuit plaidant avec des effets de manche &#187;. Un musicien talentueux, Roger Doucet, a accompagn&#233;, entre 1956 et 1962, les soir&#233;es de Moune. Il jouait aussi bien de l'accord&#233;on que du bandon&#233;on et de la contrebasse. Il &#233;tait accompagn&#233; du batteur Michel Gaffier, du saxophoniste et violoniste Paul Baillon, dont la maigreur &#233;tait le sujet d'anecdotes pas toujours bienveillantes, et de l'organiste et joueur d'ondionile (l'anc&#234;tre du synth&#233;tiseur) le Grec Ren&#233; Lorthios. Des vedettes de la chanson, comme Nicoletta et Chantal Goya, s'y produisirent aussi. La v&#233;rit&#233; impose de dire que Chez Moune, comme le F&#233;tiche auparavant, ne fut pas seulement ouvert &#224; des femmes en qu&#234;te d'amiti&#233;s f&#233;minines. On y tol&#233;ra des relations tarif&#233;es, parfois avec des hommes dont la pr&#233;sence &#233;tait seulement admise pour &#233;viter des poursuites judiciaires, mais aussi pour satisfaire leur go&#251;t du voyeurisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monique Moune est morte, en 1986, &#224; 82 ans et, jusqu'&#224; sa disparition elle resta la gardienne du lieu et de ses traditions. &#192; la suite d'un d&#233;clin continu et m&#234;me d'une fermeture, le club a enfin rouvert ses portes en 2023, apr&#232;s quelques p&#233;rip&#233;ties dues aux mesures contraignantes cons&#233;cutives au Covid. C'est l'architecte Jessica Mille qui a r&#233;alis&#233; le d&#233;cor. Du velours rouge recouvre les murs. Et sous des n&#233;ons fripons, le bar propose des cocktails &#233;vocateurs, le &#171; Cara &#187; (pour Cara Delevingne) ou le &#171; Emmanuelle &#187; (pour Sylvia Kristel). &#192; chacune, chacun (puisque le lieu est d&#233;sormais mixte) d'exp&#233;rimenter, si tel est son d&#233;sir bien s&#251;r.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : D.R.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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