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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>Des chiffonniers de la rue Marcadet aux biffins de la porte Montmartre</title>
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		<dc:creator>Danielle Fournier</dc:creator>



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&lt;p&gt;En janvier 1884, plusieurs milliers de chiffonniers se rassemblent dans une de leurs cit&#233;s, rue Marcadet. Cause du conflit avec le pr&#233;fet Eug&#232;ne Poubelle : l'ordonnance obligeant les propri&#233;taires &#224; d&#233;poser leurs ordures dans des &#171; bo&#238;tes &#187; couvertes. A l'heure o&#249; la gestion des d&#233;chets et la propret&#233; des rues sont des enjeux &#233;lectoraux, nous avons choisi de relire un article de No&#235;l Monier paru en novembre 1995. &lt;br class='autobr' /&gt; Au bout de la rue Marcadet, pr&#232;s de l'avenue de Saint-Ouen, se trouvait au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH121/image_geniaux_paul_chiffonniers_p_ph148_404412-7776d.jpg?1787824236' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En janvier 1884, plusieurs milliers de chiffonniers se rassemblent dans une de leurs cit&#233;s, rue Marcadet. Cause du conflit avec le pr&#233;fet Eug&#232;ne Poubelle : l'ordonnance obligeant les propri&#233;taires &#224; d&#233;poser leurs ordures dans des &#171; bo&#238;tes &#187; couvertes. A l'heure o&#249; la gestion des d&#233;chets et la propret&#233; des rues sont des enjeux &#233;lectoraux, nous avons choisi de relire un article de No&#235;l Monier paru en novembre 1995.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au bout de la rue Marcadet, pr&#232;s de l'avenue de Saint-Ouen, se trouvait au d&#233;but des ann&#233;es 1880 une des plus importantes &#171; cit&#233;s de chiffonniers &#187; de Paris, appel&#233;e &#171; cit&#233; Maupy &#187;. Un chroniqueur de l'&#233;poque, A. Coffignon, la d&#233;crit : &#171; C'est un grand terrain vague avec, au fond, de bizarres constructions o&#249; g&#238;tent plus de six cents personnes, constructions h&#233;t&#233;roclites faites les unes de carreaux de pl&#226;tre, les autres de simples planches, d'autres encore des mat&#233;riaux les plus divers assembl&#233;s tant bien que mal et recouverts de terre battue. Des plaques de zinc forment la toiture, qu'un coup de vent suffirait &#224; enlever si de grosses pierres n'&#233;taient pos&#233;es dessus pour la retenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cit&#233;s de ce genre, il en existe &#224; cette &#233;poque un certain nombre dans les arrondissements p&#233;riph&#233;riques de Paris. Elles se sont constitu&#233;es autour des entrep&#244;ts de chiffonniers en gros : ces &#171; ma&#238;tres chiffonniers &#187; garantissent au petit monde des &#171; biffins &#187; de la cit&#233;, l'achat de leurs collecte journali&#232;re. Un autre chroniqueur, Jules Claretie, dans son recueil de 1883, La Vie &#224; Paris, nous apprend que le loueur des cabanes de la cit&#233; Maupy, un nomm&#233; Lapierre, &#171; aime mieux les chiffonniers que les ouvriers : ils payent mieux leur loyer, font vivre des fabriques, le verre, la fonte, les papeteries... &#187; Le terrain, lou&#233; deux francs le m&#232;tre, appartient en partie &#224; M. Bodet, en partie au duc de Castiglione. &#171; Mille petits d&#233;tails rendent la cit&#233; pittoresque : ici c'est un corbeau empaill&#233; qui a &#233;t&#233; plac&#233; au-dessus d'une porte dans une attitude grotesque ; l&#224; c'est une fen&#234;tre curieusement garnie de rocailles ; plus loin, un mur est couvert de petits fragments de miroirs qui &#233;tincellent&#8230; Des troupes d'enfants s'&#233;battent toute la journ&#233;e dans le grand terrain qui pr&#233;c&#232;de la cit&#233;, tandis que les chiffonniers, accroupis, s'appr&#234;tent &#224; trier le contenu de leurs hottes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le travail de plus de 70 000 personnes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien de tel de l'autre c&#244;t&#233; des fortifications, sur l'emplacement actuel du March&#233; aux Puces, o&#249; existaient d'autres cit&#233;s de chiffonniers, beaucoup plus mis&#233;rables. Jules Claretie d&#233;crit celle qu'on a surnomm&#233;e le &#171; Petit Mazas &#187; (Mazas &#233;tait une prison de Paris, d&#233;molie en 1898) : &#171; Les taudis abondent, les d&#233;tritus et les chiffons meublant seuls les baraques de planches ou de boue... L&#224;, des tani&#232;res, de vraies tani&#232;res. Au ras du sol, des maisonnettes trou&#233;es d'une porte. Beaucoup n'ont pas d'autre ouverture, les fen&#234;tres se paient plus cher. En face de ces bouges, des trous hideux pour faire s'&#233;couler l'eau qui entre dans les taudis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, au bout de la cit&#233;, soudain la venelle s'&#233;largit et l'on aper&#231;oit &#171; un convoi qui passe allant au cimeti&#232;re de Saint-Ouen, le panache de vapeur du chemin de fer de Ceinture, les fortifications, la butte Montmartre et, derri&#232;re, la vague fum&#233;e de Paris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre des chiffonniers parisiens a &#233;t&#233; multipli&#233; au moins par cinq entre 1871 et 1880, en raison du ch&#244;mage. M. de Luynes, rapporteur d'une enqu&#234;te d&#233;cid&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1880 par le Comit&#233; d'hygi&#232;ne publique du d&#233;partement de la Seine, estime leur nombre &#224; 41 000, ramassant 1 190 000 kilos (soit 1 190 tonnes) de marchandise par jour. Les grossistes en vieux chiffons et autres produits de r&#233;cup&#233;ration emploient, eux, environ 2 000 hommes et 20 000 femmes au tri et &#224; la revente. Il faut ajouter 10 000 &#171; chineurs &#187; ou brocanteurs. Plus de 70 000 personnes au total travaillent donc dans la r&#233;cup&#233;ration des d&#233;chets et vieilleries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de chiffonniers sont d'anciens ouvriers sans emploi qui un jour, pour gagner quelques sous, se sont mis &#224; fouiller les tas d'ordures. Ils sont d'abord &#171; coureurs &#187;, c'est-&#224;-dire travaillant o&#249; bon leur semble, quand il leur pla&#238;t ; mais les rues o&#249; le rendement est bon (les quartiers de l'Op&#233;ra et de la Chauss&#233;e-d'Antin sont les meilleurs) sont vigoureusement prot&#233;g&#233;es. Et la vente des &#171; mati&#232;res &#187; est difficile &#224; qui veut rester ind&#233;pendant. Les trois quarts des coureurs sont bient&#244;t sous la d&#233;pendance d'un ma&#238;tre-chiffonnier, qui parfois les loge (moyennant un loyer souvent &#233;lev&#233;). Ils peuvent alors devenir &#171; placiers &#187;, oblig&#233;s de travailler tous les jours sous peine de perdre leur place, mais ayant le monopole d'une rue ou d'une portion de rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien avant l'aube, ils enl&#232;vent les ordures d'une vingtaine de maisons et les portent sur le trottoir. Arm&#233;s de la hotte, de la lanterne et du crochet, leurs instruments de travail, ils trient ces d&#233;chets, qui leur appartiennent jusqu'&#224; ce que les tombereaux des boueux passent et les enl&#232;vent. Le rapport de M. de Luynes recense 15 000 placiers, 20 000 coureurs et 6 000 &#171; ramasseurs de nuit &#187;. Ces derniers ramassent en moyenne 15 kilos par jour, les coureurs, 25 kilos, les placiers, 40 kilos. Un ramasseur de nuit peut gagner 0,90 franc par jour, un coureur 1,50 franc, un placier 2,40 francs. Marchandises vendables : chiffons (qui se divisent en deux cat&#233;gories : les chiffons de choix, blanc, toile et coton, et le tout-venant, couleurs, vieilles laines, d&#233;chets de chanvre, cordes et ficelles, vieille ouate), vieux livres et papiers de toute nature, vieux m&#233;taux, verres cass&#233;s et fa&#239;ences, bo&#238;tes de fer-blanc, crins, cheveux, cornes, bouchons de li&#232;ge, caoutchouc, cro&#251;tes de pain, os et graisses, vieux cuirs, semelles, peaux de lapins, etc. Tout se r&#233;cup&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'offensive d&#233;cisive de l'administration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A plusieurs reprises, l'administration a voulu mettre ce march&#233; sous contr&#244;le, en accordant le monopole de la &#171; biffe &#187; &#224; des entreprises adjudicataires, comme c'est d&#233;j&#224; le cas pour les boueux. A chaque fois, les chiffonniers ont r&#233;sist&#233; avec succ&#232;s. Mais vient l'offensive d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 novembre 1883 et le 8 mars 1884, au nom de l'hygi&#232;ne, le pr&#233;fet de la Seine Eug&#232;ne Poubelle promulgue deux arr&#234;t&#233;s qui laisseront son nom c&#233;l&#232;bre : les ordures ne pourront plus &#234;tre sorties avant cinq heures du matin, elles devront &#234;tre plac&#233;es dans trois bo&#238;tes recouvertes d'un couvercle, une pour les mati&#232;res putrescibles, une pour les papiers et chiffons, une pour le verre, les fa&#239;ences et les coquilles d'hu&#238;tres. Les propri&#233;taires et les concierges s'insurgent : c'est &#171; une atteinte &#224; la libert&#233; individuelle &#187;. Mais ils finissent assez vite par adopter ces bo&#238;tes qu'on appellera par d&#233;rision des &#171; poubelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les chiffonniers en revanche, la r&#233;volte contre cette r&#233;glementation qui les ruine durera plusieurs ann&#233;es. D&#232;s le d&#233;but, la cit&#233; Maupy de la rue Marcadet en est le centre. C'est l&#224; qu'en janvier 1884 se tient le premier grand meeting, dont A. Coffignon fait le r&#233;cit : une table de salle &#224; manger recouverte d'un tapis vert a &#233;t&#233; plac&#233;e, pour le bureau de l'assembl&#233;e, devant le hangar d'un ma&#238;tre-chiffonnier. Plusieurs milliers de personnes sont rang&#233;es en fer &#224; cheval tout autour, tandis que sur les fen&#234;tres alentour se pressent des grappes humaines. Un &#171; camion &#187; (grosse voiture &#224; cheval pour le transport des marchandises) sert de tribune, o&#249; les orateurs se succ&#232;dent pour d&#233;noncer le pr&#233;fet Poubelle. &#171; J'ai cependant &#233;t&#233; frapp&#233;, note Coffignon, de la mod&#233;ration avec laquelle les chiffonniers exposent leurs griefs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres meetings se tiendront, au fil des mois, &#224; M&#233;nilmontant, &#224; Belleville, dans les arrondissements du sud de la capitale. De multiples d&#233;l&#233;gations seront envoy&#233;es &#224; la pr&#233;fecture. Les partis politiques s'int&#233;ressent &#224; l'affaire, d&#233;l&#232;guent des repr&#233;sentants aux meetings ; ceux des cercles ouvriers catholiques se font acclamer rue Marcadet, ceux des r&#233;volutionnaires socialistes emportent les applaudissements &#224; Belleville et &#224; M&#233;nilmontant. Les chiffonniers penseront &#224; un moment qu'ils vont gagner, qu'on va en revenir &#224; l'ancien syst&#232;me : au bout de quelques ann&#233;es en effet, les poubelles m&#233;talliques, caboss&#233;es et perc&#233;es sont hors d'usage et les propri&#233;taires ren&#226;clent &#224; les remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Poubelle, inflexible, les y contraint &#224; coups d'amendes. Les chiffonniers vont devoir transporter ailleurs leur activit&#233;, aller fouiller les d&#233;p&#244;ts d'ordures situ&#233;s de plus en plus loin en banlieue et dispara&#238;tre pour la plupart de Paris. Le pr&#233;fet Poubelle a gagn&#233; une bataille, celle des poubelles, mais les mis&#233;reux le sont rest&#233;s, plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233;s par la pr&#233;carit&#233;, les chiffonniers du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle sont de retour. De nos jours le terme biffin, qui d&#233;rive du mot biffe &#8211; un chiffon sans valeur &#224; l'origine &#8211;, tend &#224; remplacer celui de chiffonnier. Les biffins et biffines ramassent leurs marchandises dans les poubelles, sur les trottoirs et les revendent l&#224; o&#249; ils peuvent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un nouveau cadre pour les biffins&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2009, sous le p&#233;riph&#233;rique, &#224; la porte Montmartre, &#224; deux pas des Puces, les biffins sont autoris&#233;s &#224; vendre les objets r&#233;cup&#233;r&#233;s, dans le &#171; carr&#233; des biffins &#187;. Une centaine de places ont &#233;t&#233; pr&#233;vues dans le carr&#233;, obtenues apr&#232;s des ann&#233;es de lutte et de course poursuite avec les policiers qui saisissaient et jetaient dans des bennes &#224; ordures les marchandises. La mise en place du carr&#233; s'inscrit dans un cadre l&#233;gal : une carte, une place avec un num&#233;ro, un agenda &#8211; du samedi au lundi, de 8 h 30 &#224; 17 h30. L'association Aurore a &#233;t&#233; missionn&#233;e &#224; l'origine pour assurer s&#233;curit&#233;, logistique et accompagnement social des biffins et a &#233;t&#233; retenue en 2022 pour poursuivre son action d'encadrement du carr&#233;. L'association Amelior a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour regrouper l'ensemble des biffins d'&#238;le-de-France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le carr&#233; de la porte Montmartre, comme ceux cr&#233;&#233;s &#224; la suite, a vite &#233;t&#233; d&#233;bord&#233; par les vendeurs &#224; la sauvette dont le nombre explose &#224; mesure que la mis&#232;re et la pr&#233;carit&#233; s'&#233;tendent. On parle d'&#233;conomie informelle, de recyclage, reste que jour et nuit plusieurs milliers de biffins sillonnent Paris, poussant le caddie ou tirant la poussette dans l'indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Paul G&#233;niaux - Paris Mus&#233;es / Mus&#233;e Carnavalet &#8211; Histoire de Paris&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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