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septembre 2021 / La vie du 18e

Les ailes au dos, la poésie au coeur [Article complet]

par Noémie Courcoux Pégorier

Un ange – non déchu – a fait son apparition entre la Butte et les jardins d’Eole. Rencontre avec un artiste de chaque instant.

Depuis quelque temps on croise dans les rues du 18e – et ailleurs – un personnage qui a attisé notre curiosité. Equipé d’une paire d’ailes, d’une fleur artificielle et d’un lecteur stéréo, il pousse devant lui une grosse boule bleue. Présent lors des P’tits Déj’s solidaires et danseur occasionnel lors de ces évènements, Julian (38 ans), comédien de formation, vit dans un théâtre du 9e. Les conditions sont spartiates, dans ce théâtre « anarchiste de droite » résume-t-il. Mais il revendique « un droit fondamental inaliénable à avoir un toit sur la tête ».

Il déambule et appelle tout un chacun à prendre le ballon au pied, ou la poésie à bras-le-cœur.

Ayant grandi en Afrique (Sénégal, Niger, Kenya, Burundi) jusqu’à l’âge de 14 ans, il est arrivé en Franche-Comté à la fin des années 1990. Julian a occupé divers petits jobs (vendeur de calendriers astrologiques, modèle pour dessin, cliqueur d’affluence…). Son arrivée à Paris lui a ouvert de nouvelles perspectives. Depuis cinq ans il a en effet créé une compagnie de production, Prométhée Déchaîné, qui aspire à bousculer les stéréotypes et archétypes en place grâce à un premier film qui sera disponible sur Internet (Facebook : Cupidon, le film).

Musique, optimisme et audace

En attendant, on le croise à l’improviste. Son tournesol en peluche « toujours orienté vers le soleil » symbolise sa façon d’aborder le quotidien, jamais morne. Pourquoi les ailes ? Un Cupidon l’a trouvé et « les ailes ont poussé dans la nuit  » explique-t-il. Sa stéréo à effets lumineux ? Elle joue une « bande-son de la vie dans la rue » : un répertoire large de Vivaldi à des chants populaires en passant par des bruitages. Il se reconnaît influencé par l’optimisme humain et écologique des mangas. Et né sous de bons augures : son nom signifie en swahili « Dieu est avec toi ».

Lors des petits déjeuners, il apprécie le lien social et la grande liberté des interactions. Il observe l’évolution des comportements liés à la distanciation sociale, assume de marcher à contre-courant, citant Robert Coudray : « J’ose donc je suis ». Julian dit aspirer à une « humanité libre et ensemble ».

Admirateur de la Commune, il déplore la disparition des velléités révolutionnaires de Paris et regrette la recherche de confort dont la ville fait état, a contrario, à ce jour. Par sa présence, c’est un charivari de vie qui se propage, et dont il souhaite à toutes et tous de bénéficier avec amusement et sympathie. •

Photo : Jean-Claude N’Diaye

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n° 296

septembre 2021