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octobre 2013 / Expositions

Halle Saint-Pierre – Raw Vision – 25 ans d’art brut

par Annie Katz

Halle Saint-Pierre – Raw Vision – 25 ans d’art brut
Jusqu’au 22 août 2014
2 rue Ronsard
lundi au vendredi 11h - 18h – samedi 11h - 19h- dimanche 12h -18h

Pour le 25e anniversaire de la revue anglo-saxonne Raw Vision, la Halle Saint Pierre consacre une exposition foisonnante à cette création populaire hors normes

« Fils de paysan, paysan, je veux vivre et mourir pour prouver que dans ma catégorie, il y a aussi des hommes de génie et d’énergie  ». Cette citation du Facteur Cheval par Martine Lusardy, directrice de la Halle Saint Pierre, vaut toutes les tentatives de définition de l’art brut, parfois nommé aussi « art outsider ».
Fondée à Londres en 1989 par John Maizels, co-commissaire de l’exposition avec Martine Lusardy, Raw Vision a d’abord été le trait d’union entre art brut européen et américain puis s’est ouverte à l’art outsider international et a découvert ou soutenu de nombreux artistes d’Europe, d’Amérique, d’Afrique, d’Inde et du Japon.

Une énergie créatrice sans entrave
Ainsi, à la fin des années 1980, grâce à la constitution de collections privées et la tenue d’expositions pionnières, l’art brut était sorti de la confidentialité qui entourait les premières prospections de Dubuffet.
Avec plus de 80 artistes et plus de 400 œuvres, l’exposition donne à voir les grands classiques qui ont marqué l’histoire de l’art populaire contemporain et permet de rencontrer des figures majeures exposées pour la première fois en Europe. Tom Duncan et ses manèges de Coney Island, véritable fête foraine animée façon train électrique, Dalton Ghetti, sculpteur minutieux de mines de crayons pour créer un alphabet ou une girafe ! Ou encore les tableaux bordés de ciel bleu peuplé d’oiseaux de Pavel Leonov, évoquant les douces années de sa vie de villageois.
Mais cet art visionnaire est souvent plus violent, comme chez Alex Grey dont le réalisme psychédélique s’exprime notamment dans son Adam et Eve « écorché » et lumineux. Le Finlandais Viljo Gustafsson peint la noirceur effrayante du mystère de la vie et de la mort, Marc Beyer des scenarios de dépression, d’angoisse mais son dessin ludique et son humour noir ont aussi conduit à la création de posters et de tee-shirts ! Citons encore : Michel Nedjar et ses poupées vaudoues, Ted Gordon et ses autoportraits intenses et puissants ou les accents apocalyptiques de Vonn Ströpp dont certaines œuvres peuvent évoquer la Renaissance.

Les bâtisseurs de l’imaginaire
L’exposition fait aussi une large place, notamment à travers un superbe diaporama, à ces « bricoleurs » de matériaux bruts, créateurs de mondes imaginaires. M. Imagination (Greg Warmack) utilise les capsules de bière pour fabriquer des miroirs, des sceptres et même… un trône ! André Robillard récupère les boîtes de conserve, les ampoules, les plastiques pour inventer des armes complexes et des engins spatiaux.
Mais surtout, la Halle Saint Pierre présente des figurines de Rock garden, à Chandigarh en Inde, créé par Nek Chand. Considéré comme le plus vaste environnement d’art populaire au monde, il rassemble, sur douze hectares, 1400 figures sculptées à partir de déchets industriels, ménagers et d’objets usagés.
Sans aller si loin, on peut visiter en France le Palais idéal du facteur Cheval, dans la Drôme, la maison Picassiette à Chartres, grand assemblage de mosaïques de faïence et de verre, coulées dans le ciment ou encore la « maison de celle qui peint », Danièle Jacqui, près de Marseille.

Dans le même numéro (octobre 2013)

n° 282

mai 2020