Le projet s’inscrit au sein de La Station Gare des mines, un tiers-lieu culturel dédié à la production et à la diffusion artistiques, notamment musicales, géré par le collectif MU. Dès 2018, des initiatives individuelles s’y sont associées afin de créer un espace de répit destiné à des jeunes en situation d’exil. Cette collaboration se concrétise officiellement en 2019 avec la création de l’association Coucou Crew, qui propose un espace d’accueil aux jeunes récemment arrivés sur le territoire, souvent confrontés à l’isolement, à l’attente administrative et à la précarité.
Depuis sa création, l’association assure un accueil permanent, dans un contexte marqué par l’urgence et la vulnérabilité. Le projet repose sur trois grands principes : un accueil libre, gratuit et sans conditions. Les espaces intérieurs, extérieurs, les équipements techniques ainsi que les ressources culturelles de La Station sont mis à disposition, ce qui permet aux jeunes de s’approprier le lieu et de développer leurs propres projets.
En 2021, dans le cadre d’un chantier participatif, des jeunes ont créé La Case, un lieu ressource ouvert du mardi au vendredi, de 14 h à 18 h. Encadré par une équipe pluridisciplinaire, ce dispositif à visée thérapeutique propose une approche différente des lieux de soins classiques, en favorisant l’expression, la créativité et le bien-être. Parmi les actions menées, la publication d’une gazette, initiée par l’une des salariées et coécrite avec les jeunes, leur permet de témoigner de leur quotidien ou de raconter des anecdotes vécues au sein de l’association.
Un avenir incertain
Chaque jour, les professionnels proposent différents médias comme supports à la relation : céramique, ateliers photo, jeux. Les jeunes peuvent s’installer librement au sein de La Case pour échanger avec les professionnels et les autres jeunes présents. Ces moments informels de discussion et de partage sont au cœur du projet de l’association. « Pour certains jeunes, il s’agit de se voir, de se saluer et d’être présents ensemble dans un même espace partagé, précise Juliette, directrice de l’association. Cela crée des amitiés, et certains jeunes deviennent une ressource pour accueillir les nouveaux arrivants. »
Dans le cadre du projet Paris métropole aménagement, l’accueil de jour à La Station fermera temporairement à partir d’octobre 2026. Une réinstallation dans l’une des tours construites à proximité est envisagée à l’horizon 2030. À ce jour, aucun relogement concret n’est encore prévu dans l’attente de cette échéance.
« Ce qui compte, c’est être (tous) ensemble »
Cette période de transition soulève des questions sur l’organisation future de l’accueil et sur le maintien d’un repère stable pour les jeunes qui fréquentent régulièrement le lieu, avec un risque concernant leur bien-être psychique. Bien que d’autres dispositifs comme la Halte Diderot proposent des accueils de jour aux MNA (mineurs non accompagnés) en région parisienne, la Case du Coucou Crew est unique. Façonnée par la main des anciens, des habitués et des nouveaux, elle est le fruit d’un désir collectif et d’une volonté de transmission entre les jeunes, leur apportant un appui solide dans une période où leur quotidien est à (re)construire pour la majorité d’entre eux.
Angèle, salariée de l’association, ajoute cependant que les jeunes ont plutôt bien réagi en apprenant cette nouvelle incertitude concernant l’avenir de La Case : « Ce qui compte, ce n’est pas le lieu, mais c’est qu’on soit tous ensemble ! » a répondu l’un d’eux.
Toutefois, ce projet d’aménagement de l’un des derniers espaces « vides » aux portes de Paris pose de véritables questions aux habitants du 18e : est-il encore possible de conserver quelques parcelles de liberté, où naissent des projets collectifs et citoyens et où la nature s’exprime ailleurs qu’entre deux dalles de béton ?
Pourrons-nous encore apercevoir un bout de ciel, à l’ombre des façades de bureaux qui demeureront peut-être aussi vides que ceux de la BNP à proximité ? Seul l’avenir, ou une éventuelle mobilisation citoyenne, pourra y répondre.

Quatre candidats face au 18e du mois
Danièle Obono
Samir Belaïd
Éric Lejoindre
Thierry Guerrier
Des chiffonniers de la rue Marcadet aux biffins de la porte Montmartre
La légende de Mulan adaptée au théâtre
Zelia, une couturière céleste
