Indépendante, originale et fidèle à ses rêves d’ado, Zélia virevolte dans sa boutique de la rue d’Orsel, ouverte il y a quarante ans. Très grande, haut perchée sur des talons, elle reçoit un client qui vient acheter un tablier, sort des tissus, fait des propositions, écoute la demande du client avec la plus grande attention. Tout en vivant et parlant à toute allure, la « Queen du tablier » comme elle se désigne – elle en
aurait fait 20 000 ici, dans son atelier – montre dans la partie accueil, entre canapé, fauteuil et portants, les fameuses robes de mariée qui sont sa marque de fabrique. « Je fais tout au feeling, me fiant à mon seul œil. » Robes exotiques, robes précieuses, champêtres, balnéaires, frileuses et douillettes pour les mariages d’hiver ou largement décolletées pour les épousailles de plein été, chaque modèle est unique et discuté avec la cliente. L’expérience parle pour celle qui est tout mouvement. « Mon logo – Sur la terre comme au ciel –, je l’ai inventé à 11 ans. Je suis une pure autodidacte, sans formation, sans passage par une école. » Originaire d’un petit village de Picardie, entre vaches et betterave à sucre, Zélia revient sur son enfance : « Pour moi ça commence un peu mal, j’arrive dix-sept ans après mes autres frères et sœurs, je suis la sixième. C’était Zola, pas de chauffage ni d’eau chaude, autant dire le Moyen Âge. » Pas de quoi décourager cette battante, amoureuse de sa liberté qui, dès son plus jeune âge, alors qu’elle ne sait pas encore ce qu’elle va faire, rêve d’un autre monde. Elle croit aux fées, aux princesses ! Alors, très vite, Zélia va se démarquer. Elle se fixe l’objectif d’être la première de la classe, motivée par des profs auxquels elle rend hommage et se met à fréquenter aussi les vieilles dames du coin qui lui apprennent le tricot. Et toujours, sortir de chez elle, lire « beaucoup parce que c’est gratuit » et cultiver un monde imaginaire.
Révélation sur révélation
Naissent alors des « gilets très techniques, très colorés » qu’elle montre fièrement sur une photo d’époque, sortie d’une valise blanche en carton, celle-là même qu’elle trimbalait à l’école et qu’elle sort de dessous un petit meuble rempli de tissus. Ado, elle récupère des bouts de laine et, avant la mode de l’upcycling (ou surcyclage), découpe, adapte, s’invente des personnages. Il lui arrive aussi, dès le collège, de se changer deux fois par jour, ce qui inquiète un peu ses proches. Ses professeurs pensent qu’elle veut devenir artiste et finalement, une fois le bac en poche, elle se rend en stop au festival d’Avignon. Là, révélation, elle voit le marché artisanal et découvre qu’on peut gagner sa vie en faisant quelque chose avec ses mains. Après un passage éclair à la fac Paris 8 Saint-Denis, elle décide de se rendre utile dans les backstages.
Nouveau coup de baguette magique, nouvelle révélation, elle rencontre Dan de Ticaret, celui qui a lancé le hip-hop et se rapproche de l’importation des fringues américaines. La voilà propulsée dans un monde où elle côtoie Higelin, Axel Bauer, Nilda Fernandez, Didier Lockwood et autres célébrités, un monde dans lequel elle va s’épanouir, ce Paris des années 80 dont elle dit que « c’est un beau Paris ». Elle habite alors square Carpeaux et s’installe dans le 18e pour toujours !
De la « fringue » à la robe
Elle coud ses robes dans sa chambre de bonne et propose en 1984 un défilé au Palace, l’incontournable lieu de fête de l’époque. Christian Lacroix est là, il la remarque et l’encourage. Elle travaille alors dans le spectacle, habillant les artistes du Palace, créant les costumes de Un monde sans pitié, le film d’Eric Rochant, ceux d’un opéra-rock tiré des Précieuses ridicules. Elle saisit toutes les chances qui se présentent à elle.
Quand vient la mode des dépôts-ventes où ses robes ont un grand succès, la propriétaire de la boutique lui fait un cadeau : un prêt pour qu’elle puisse acheter les murs - dans lesquels elle est toujours. « Ce que je n’avais pas dans ma vie amoureuse (sa relation avec l’acteur et réalisateur Laurent Ledoyen, le père de ses enfants, étant pour le moins chaotique), je me mets à l’avoir dans mon activité professionnelle. » C’est alors qu’elle enchaîne les plateaux télé et qu’on la considère comme une artiste. « Une artisane », rectifie celle qui aime les artistes qui usent de leurs mains.
Elle comprend aussi qu’elle va s’épanouir dans une activité qu’elle a choisi d’exercer dans la joie. On la voit virevolter entre l’entrée de la boutique et l’atelier du fond, une table avec deux machines à coudre et l’indispensable planche à repasser. C’est de « la belle couture », des œuvres originales et faites localement, robes de princesse pour bergère réalisées avec fantaisie par une « Cendrillon derrière le fer à repasser », sourit-elle. Maintenant que sa carrière est bien avancée, elle a entrepris de ressortir tous les trésors glanés au cours des années et s’est donné comme défi de tous les utiliser : tissus, boutons, dentelles, tout doit disparaître. Au plafond, trois anges (gardiens !) s’envolent. Pour Zélia, la liberté n’est pas un vain mot !

Quatre candidats face au 18e du mois
Danièle Obono
Samir Belaïd
Éric Lejoindre
Thierry Guerrier
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