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novembre 2020 / Alimentation : les invendus cassent les prix

Un spécialiste du déstockage à La Chapelle

par Stéphane Bardinet

Un nouveau commerce propose à petit prix des produits en voie de péremption mais encore consommables. De quoi aider les consommateurs à maîtriser leur budget alimentaire.

Si les innovations numériques ont le vent en poupe pour réduire le gaspillage alimentaire, la pratique n’en est pas moins beaucoup plus ancienne de presque quarante ans. En effet, ainsi que l’explique Abdelilah Bhi « le déstockage alimentaire existe depuis les années 1980 avec l’apparition de la date limite de consommation (DLC) pour les produits frais et de la date limite d’utilisation optimale (DLUO) pour les produits secs ». L’instauration de ces indications a donné naissance à une filière de grossistes spécialisés dans la vente de ces produits qui, pour différentes raisons, sont cédés par les industriels à des prix cassés.

Monsieur Bhi sait de quoi il parle : depuis juillet il a ouvert, à l’angle de la rue Jean Robert et de la rue Ordener, le magasin Ab. Distribution qui ne désemplit pas. « J’ai grandi dans ce petit milieu qui demande beaucoup d’expérience et de connaissances en logistique, j’ai déjà une boutique à Argenteuil et ce n’est pas par hasard que j’avais repéré cet endroit dans le 18e, je me suis dit qu’il y avait une opportunité », explique-t-il.

Le magasin propose essentiellement des produits secs comme des gâteaux, des friandises, des biscuits apéritifs salés, des produits d’entretien ou de la farine. On trouve également quelques laitages, du fromage (des pâtes pressées comme des artisanaux) ainsi que des fruits et légumes frais. Dans un décor sans fioritures et des prix défiant toute concurrence.

Le principe est simple, les produits frais sont à quelques jours de leur date d’expiration, les produits secs sont soumis à une date de durabilité minimale (DDM). La DDM a remplacé la date limite d’utilisation optimale et n’est qu’indicative, puisqu’elle concerne des produits qui peuvent se conserver très longtemps sans risque aucun. Le magasin s’approvisionne auprès de grossistes européens et on trouve des produits espagnols, turcs ou italiens peu connus en France. Les marques connues chez nous sont aussi présentes. « Il y a plusieurs raisons pour que les fabricants s’en séparent : nouveaux produits qui ne marchent pas, produits dont l’emballage a été renouvelé et qui ne cadrent plus avec la politique marketing de la marque, produits n’atteignant pas les critères qualité comme ce chocolat aux noisettes avec la mention “taux de noisettes non conforme” mais parfaitement consommable », énumère ainsi monsieur Bhi.

Une affluence qui ne se dément pas

De tels prix attirent les familles et les personnes qui sont obligées de maîtriser leur budget alimentation. « J’ai perdu mon emploi avec la Covid et depuis je fais très attention à ce que j’achète », explique ainsi Kahina, rencontrée à la sortie du magasin. « J’aime beaucoup la pâtisserie et je viens chercher ici du chocolat ou de la farine ; l’autre jour j’ai pris des noix décortiquées – même si j’avais des doutes – et elles étaient excellentes. » Mais Kahina vient ici aussi par prise de conscience du problème du gaspillage et ajoute : « Avant, je jetais souvent des produits juste après le dépassement de la date de péremption, aujourd’hui je fais plus attention, je donne et je ne jette presque plus. »

La boutique semble promise à un bel avenir dans les produits secs. Car le déstockage de produits frais soumis à DLC existe aussi, comme “La petite affaire” au marché d’Aligre dans le 11e, pour l’instant absente du 18e. En effet, comme le rappelle Monsieur Bhi « le frais et le sec sont deux métiers différents et le frais est encore plus exigeant en termes de logistique ».
Ab. Distribution, 9 rue Ordener,
métro Marx Dormoy, 07 71 12 36 84

Photo : Jean-Claude N’Diaye

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