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février 2022 / Montmartre

Pause argentique rue des Trois-Frères [Article complet]

par Dominique Boutel

Foto Automat rappelle que la photo d’identité peut être une œuvre d’art. Un nostalgique de la magnifique invention réinvente les joyeuses cabines.

Rue des Trois-Frères, à flanc de Butte, l’œil est attiré par l’enseigne « Photos » qui a tout l’air d’un photomaton, avec son rideau, son siège adaptable, la fente où l’on glisse les pièces (4 poses différentes pour 3 euros !), la vitre devant laquelle on cale son visage et la grille derrière laquelle on récupère la petite bande photographique avec son portrait tiré en quatre exemplaires. « Your pic here in 4 minutes. » Etrange dans un quartier calme, d’habitations, où il y a peu de passage.

Les photomatons, de nos jours, on les trouve généralement dans les gares, les commissariats de police, les supermarchés. Et ils font aussi parfois leur apparition, c’est vrai, dans quelques mariages branchés.

Autrement plus classe que les selfies

Mais rue des Trois-Frères, il s’agit d’un véritable photomaton argentique, le seul à Paris accessible dans la rue. Et derrière la cabine se cache un projet de sauvegarde, de restauration et de remise en service des derniers photomatons argentiques en noir et blanc, comme à la grande époque, dont la durée de vie des tirages se comptait en dizaines d’années. L’idée n’est pas d’y faire les quatre tirages réglementaires demandés par l’administration, mais de retrouver dans l’intimité de la cabine ce moment où toutes les grimaces sont permises, mais aussi les poses artistiques, les souvenirs à deux, etc. Le noir et blanc riche en nuances, c’est autrement plus classe que les selfies !

Eddy Bourgeois, l’un des fondateurs de Foto Automat et actuel « direktor » comme il se nomme, a fait les Arts-Déco, où il s’est intéressé au film expérimental, à la technologie argentique, à la restauration de pellicules. Lors d’un voyage à Berlin, il rencontre les créateurs de Photoautomat Berlin, un groupe de passionnés qui installent des photomatons argentiques (dont il ne reste plus qu’une cinquantaine de cabines en activité dans le monde) dans la ville : « Berlin , c’est très grand, il y a moins de pression immobilière, c’était facile », explique-t-il.

En 2007, Eddy décide de monter la même chose en France. Aidé par les Berlinois, qui lui fournissent ses premières cabines, il récupère, dans son atelier situé à Chartres, les appareils abandonnés, restaure la boîte, au design souvent sophistiqué, répare le moteur, l’électricité afin de faire renaître ce qu’il considère comme un patrimoine photographique et de design.

« Des machines cool dans des endroits cool »

La première cabine, avec ce petit côté vintage qui séduit aujourd’hui, trouve sa place au Palais de Tokyo en 2007 : Eddy installe la cabine et c’est Foto Automat qui l’exploite. Il faut quotidiennement assurer la maintenance des vieilles mécaniques. Ce premier succès l’incite à poursuivre, et ce sont maintenant dix cabines qui sont installées dans des lieux culturels (le Centquatre, la Philharmonie de Paris, le Lieu unique à Nantes) ou des lieux publics (le parc des Buttes Chaumont). « Des machines cool dans des endroits cool », résume Eddy que l’on sent passionné. Il lui reste vingt-cinq machines en stock qui n’attendent que de reprendre vie. Mais Foto Automat propose aussi de vous tirer le portrait (130 €) dans son studio, situé derrière le photomaton, à l’occasion d’une « collodion session » : suivant une méthode inventée en 1851, une plaque de verre traitée au collodion est ensuite placée dans l’appareil photographique (un modèle lui aussi assez vintage) puis plongée dans le révélateur et séchée. L’effet obtenu ressemble à un négatif, ou une solarisation, c’est plus un portrait original qu’une photo augmentée. La prochaine session aura lieu à partir du 15 mars et ce sera l’occasion pour Eddy de tester la toute dernière chambre photographique sur laquelle il a mis la main. « Elle date de 1850, la plaque est beaucoup plus grande, ça va être génial de voir ce que cela donne », exulte-t-il. •

Photo : Dominique Dugay

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n° 305

juin 2022