Journal d’informations locales

Le 18e du mois

Abonnement

FacebookTwitter

mars 2023 / La Goutte d’Or

TATI : le projet se précise

par Dominique Boutel

Studio Belem, l’agence d’architecture associée au promoteur immobilier Immobel, propriétaire du foncier, a remporté le contrat chapeauté par la Ville, concernant la transformation des anciens établissements Tati. Ces jeunes architectes présentent leur projet pour ce lieu emblématique de l’histoire du 18e arrondissement.

Studio Belem, l’agence d’architecture associée au promoteur immobilier Immobel, propriétaire du foncier, a remporté le contrat chapeauté par la Ville, concernant la transformation des anciens établissements Tati. Ces jeunes architectes présentent leur projet pour ce lieu emblématique de l’histoire du 18e arrondissement.

Côté boulevard Rochechouart, la façade des six bâtiments concernés ne sera quasiment pas modifiée...

L’équipe du Studio Belem, fondée par Edouard Bettencourt et Malik Lemseffer, est en prise avec son époque et consciente des enjeux sociaux urbains et environnementaux que doivent intégrer à présent les cabinets d’architecture. Ils sont aussi sensibles à la valeur patrimoniale des bâtiments, un ensemble hétéroclite qui a regroupé, au fil de l’histoire : un immeuble haussmannien, des bâtiments techniques à l’arrière du magasin et des petits immeubles faubouriens aux fenêtres à la française et au sol de différentes hauteurs, un sujet auquel les a sensibilisés le groupe d’études Grahal* qui a longuement enquêté sur l’histoire des lieux. « Il fallait trouver une bonne balance entre les souhaits de la ville et du quartier et, vu le prix élevé du mètre carré, une rentabilité », expliquent Edouard Bettencourt et Julie Pierret, porte-paroles de l’équipe.

Un toit végétalisé et un centre culturel

Le projet mêle donc à la fois rénovation et innovation, conservant à l’extérieur certaines façades et bâtiments d’origine dont la petite maison d’angle au coin de la rue Belhomme, ainsi que les toitures, « pour conserver la skyline (ligne d’horizon) existante sur le boulevard ». Ne seront détruits et reconstruits que les édicules techniques qui donnaient sur la rue Bervic et la passerelle, reconstruction élaborée en lien avec la société spécialisée en ingénierie développement durable, G-ON.

Le toit sera entièrement végétalisé, les matériaux de construction et de restauration, principalement du bois, répondant aux chartes éco-responsables. A l’intérieur sont prévus 30 logements, dont dix sociaux et des appartements en accession à la propriété, cinq étages de bureaux, des petits commerces le long de la ligne de métro mais surtout un centre culturel sur trois étages, à l’angle du boulevard Barbès, et ouvrant sur la rue, avec un socle en béton « qui va réinterpréter le style de l’époque haussmannienne, avec les arches, dans l’esprit de l’immeuble ». C’est l’un des points forts et originaux du projet retenu : il couvre une surface de 600 m2 avec le rez-de-chaussé d’accès depuis la rue et une conque sur deux étages en sous-sol avec une belle hauteur de plafond « qui permet d’insérer une salle de spectacle. C’est réfléchi pour qu’un vrai programme culturel puisse s’y développer », explique Julie Pierret. « C’est un peu la figure de proue de notre projet. »

Pour les petits commerces, le choix est aussi de redonner vie au quartier en privilégiant des espaces qui favorisent les petits commerces de proximité, commerces de bouche, artisans, plutôt que les grandes surfaces, avec des espaces traversant qui revitaliseraient la rue Bervic.

Bémol : le bruit du métro

L’un des autres points forts du projet est également l’accessibilité mutualisée de tous les logements et bureaux, que ce soit au niveau des entrées, du partage de l’immense local à vélos, du local à ordures ménagères ou encore de la terrasse et de sa vue sur le Sacré-Cœur : « Tous les flux sont mutualisés entre les logements et les bureaux, de la porte d’entrée au toit », insiste Edouard Bettencourt.

Seul petit point noir, dont la résolution demanderait la coopération de la RATP, le métro aérien dans son superbe style 1900 ne couvre pas le bruit des rames. Mais c’est aussi un dégagement qui permet la lumière…

Les travaux commencent dans quelques mois et devraient s’achever en 2025, si la tenue des Jeux olympiques ne vient pas mettre son nez dans le bon déroulement des opérations. Cerise sur le gâteau, Studio Belem conserve dans le projet la grande enseigne TATI qui trône sur le toit. Un repère symbolique du quartier auquel les Parisiens sont attachés.•

Photo : Studio Belem

Dans le même numéro (mars 2023)

  • Le dossier du mois

    Imaginer, raconter, partager - osez les ateliers d’écriture

    Gaëlle Faure, Sylvie Chatelin
    Les ateliers d’écriture ont le vent en poupe. Nous nous y sommes essayés, au Poulpe et au Petit Ney. Dans le premier on écrit le 18e, tandis que dans le second le thème est nouveau chaque semaine. Deux approches différentes pour entrer dans le monde de l’écriture mais une même production de textes drôles, émouvants, imaginatifs et partagés pour le plus grand plaisir de tous.
  • La vie du 18e

    On ferme. Après les lycées, les écoles

    Patrick Mallet
    A la rentrée 2023, une vingtaine d’écoles du 18e perdront une classe. Parents et enseignants s’insurgent contre cette annonce jugée inacceptable.
  • La vie du 18e

    Le réveil de la coccinelle

    Jacky Libaud
    Mars est le mois de réapparition des insectes au jardin, tels les papillons citron ou les abeilles osmies rousses, pollinisateurs vitaux pour les floraisons précoces.
  • La Chapelle

    Fromage : « C’est moi qui l’ai fait »

    Sylvie Chatelin
    A la laiterie de La Chapelle, on fait son fromage soi-même avec les 800 litres collectés deux ou trois fois par semaine à la ferme de Launay dans le Vexin français, à environ 35 km de Paris. Paul, créateur et expert fromager, nous a initiés à la transformation du lait en tomme.
  • Montmartre

    « souvenirs, souvenirs » Jean-Louis Rancurel, photographe des sixties

    Monique Loubeski
    Jean-Louis plonge très tôt dans l’univers du rock et utilise son Semflex pour immortaliser ses contemporains se produisant sur scène. Soixante ans plus tard, à la tête de la photothèque Rancurel, il est chaque jour sollicité pour ses précieux clichés.
  • Histoire

    Lycée Jacques Decour : dans les pas d’un ancien élève

    Dominique Delpirou
    Après l’histoire de ce grand lycée parisien (lire notre n° 311), partons pour une balade intimiste et littéraire à travers le regard et les souvenirs d’un ancien élève, revenu sur les pas de son adolescence.
  • Les Gens

    Kamel Bourahla fait vivre le chaâbi algérien dans la Goutte d’Or

    Marion Bernard
    Poète prolifique, joueur de mandole – un cousin plus rude de la mandoline spécialement inventé pour le chaâbi, Kamel Bourahla, « Cheikh », sillonne le 18e pour semer ses poèmes d’exil et soigner les âmes.

n° 323

février 2024