Quel bilan dressez-vous de la dernière mandature ?
Pour une association comme la nôtre, la capacité d’agir dépend très directement des financements publics, en particulier ceux fléchés vers les quartiers classés en politique de la ville (QPV). Ce sont dans ces quartiers, comme la Goutte d’Or, que se concentrent les situations de précarité, notamment pour les personnes engagées dans un parcours de migration et d’insertion. Depuis environ deux ans, la dégradation des finances de l’État a eu des conséquences très concrètes : la réduction importante du nombre d’emplois aidés. Or ces postes sont essentiels pour assurer l’accueil, l’accompagnement administratif et la continuité du suivi des personnes. Sans eux, le fonctionnement même des associations est fragilisé. La Ville continue de soutenir notre action, ce qui nous permet de maintenir l’essentiel de nos activités. Mais nous restons très inquiets quant à l’avenir. Un changement de majorité municipale pourrait avoir un impact direct sur les services rendus aux habitants.
Quelles seraient les conséquences concrètes ?
Au niveau du fonctionnement, avec de nouvelles coupes budgétaires, nous craignons de devoir sacrifier une partie de nos activités comme c’est le cas pour les structures où l’accueil reposait principalement sur le travail des salariés. L’implication de nos nombreux bénévoles a pour l’instant limité l’impact sur notre association. En 2025, nous avons cependant dû mettre une jauge, devant l’augmentation des demandes.
Sur les démarches administratives, nous sentons aussi une vive inquiétude : les demandes de naturalisation ont été très nombreuses cette année. De nombreux immigrés comprennent que les conditions se dégradent.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?
A l’exception de la partie domiciliation, la plupart des personnes reçues ne sont plus des “primo-arrivants”. Elles sont en France depuis plusieurs années, travaillent et ont un logement plus ou moins stable. Leur situation reste néanmoins fragile et nécessite des échanges très réguliers avec les administrations pour accéder à leurs droits et favoriser une insertion pleine et entière.
En quelques années, la fracture numérique est devenue la principale difficulté. La dématérialisation des démarches et l’utilisation des algorithmes peuvent être un progrès énorme pour les personnes qui maîtrisent l’outil informatique, mais pour les personnes qui sollicitent notre aide, c’est un obstacle supplémentaire et un risque de plus de rupture d’accès aux droits.
Quels sont les sujets les plus problématiques ?
Les questions relatives aux droits des étrangers sont clairement les plus délicates. Nous faisons de notre mieux mais nous ne sommes pas des professionnels. Sur d’autres thématiques comme celle du logement, la tension est réelle : les délais d’obtention très longs, les relations avec les bailleurs sociaux souvent difficiles. Cela représente 20% des demandes et nous n’avons pas la capacité d’action/de pression d’une assistante sociale professionnelle. Plus largement, cette réalité pose des questions de fond : la politique du logement, le développement des services publics de proximité et le maintien d’un accueil physique et humain doivent être des enjeux centraux. Aujourd’hui, les associations comme la nôtre compensent en partie le recul des services publics. Leur affaiblissement aurait des conséquences directes sur la cohésion sociale et la dignité des habitants du quartier.

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