Quel impact du tourisme sur l’évolution de Montmartre ?
La problématique du surtourisme a commencé avec le film Amélie Poulain et s’est accentuée avec la série Emily in Paris, puis les JO, le Tour de France et les posts qui se multiplient sur Instagram... Le problème n’est pas le tourisme en lui-même, qui est consubstantiel à Montmartre, mais bien le sur-tourisme et l’absence de tout encadrement de la part des autorités municipales. Montmartre tend à devenir une carte postale et à disparaître comme quartier. Voilà plusieurs années que nous alertons la Mairie sur la nécessité urgente d’agir ; à ce jour, il n’y a pas d’adjoint au tourisme dans l’équipe municipale du 18e. En pratique, ça donne quoi ?
Airbnb a provoqué, comme ailleurs, un assèchement du marché de l’immobilier et une réduction du parc locatif pour les habitants. Nous déplorons aussi la raréfaction des commerces de bouche et de proximité, qui ont totalement disparu en haut de la Butte. Et les petites places, ruelles, escaliers montmartrois n’arrivent plus à absorber les foules ni la multiplication des groupes de touristes qui ont beaucoup grossi et provoquent des nuisances sonores considérables : la plupart des guides se servent de micros, alors que l’amplification du son est interdite sur l’espace public. Et puis, il y a des choses qui paraissent dérisoires, mais qui compliquent le quotidien des riverains, comme le fait de devoir faire une queue interminable parce que la boulangerie attire les instagramers…
Certaines boulangeries ont même commencé à pratiquer le coupe-file pour les habitants. Autre conséquence plus grave, un exode rampant de la population, qui se traduit par la fermeture de classes, phénomène constaté dans tout Paris mais très sensible à Montmartre.
Quelles solutions possibles ?
Nous avons commandé un Livre blanc sur le sujet du surtourisme à un géographe spécialiste de la question, Rémy Knafou. Il doit sortir ce mois-ci et sera diffusé aux candidats aux élections municipales. On y trouvera un diagnostic très complet de la situation, ainsi que plusieurs pistes et solutions. Il faudrait appliquer les textes existants : pas d’amplification du son dans l’espace public ; respect des règles concernant les étalages et les terrasses, limitation de la taille des groupes, pourraient être rappelés par arrêté municipal.
Nécessaire également, l’encadrement de la circulation et du stationnement des cars de tourisme sur le boulevard ou le pont Caulaincourt, dont trop souvent les conducteurs laissent tourner le moteur pour maintenir la climatisation. Nous avons à l’esprit le modèle d’Amsterdam et Barcelone qui ont su réagir et prendre rapidement des mesures efficaces.
À l’ADDM, nous nous battons aussi contre la privatisation croissante de l’espace public à des fins lucratives. Nous luttons pour que Montmartre reste avant tout un quartier vivant, mélangé, métissé, où des familles plus modestes puissent en côtoyer de plus aisées, et trouvent les ressources nécessaires que Montmartre, devenu trop touristique, cesse progressivement de leur offrir.

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