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avril 2020 / La Chapelle

Un monde complexe vu d’en haut [Article complet]

par Lucie Créchet

Depuis la tour du 93 rue de La Chapelle, les habitants racontent leur quartier en mouvement.

Véritable point de repère du quartier, la tour 93 s’élance sur 27 étages au nord de la porte de La Chapelle. Dans l’intimité de leur appartement, avec leur fenêtre pour cadre, les habitants observent les mutations environnantes qu’apportent les imposants chantiers du projet Chapelle International. Les récits s’orientent assez vite sur « la bulle », centre temporaire d’accueil pour migrants. Lorsque la réalisatrice Meryem de Lagarde pose sa caméra en avril 2017, ce dôme de toile aux couleurs gaies, aux formes douces, est installé depuis quelques mois en bas de la tour.

Une habitante raconte les files d’attente, les stratégies des uns pour y entrer, les dortoirs improvisés à même le sol pour les autres, où chaque interstice offert par cet espace morcelé de routes, de voies ferrées, est un espace de repos pour qui a fait un long voyage. A mesure des récits, on réalise qu’habiter la tour, c’est hériter d’une position de guet, surplomber son quartier pour mieux en analyser l’organisation, l’aménagement et les flux.

Quartier solidaire

Mais c’est aussi faire face quotidiennement à la grande précarité qui s’installe juste en bas. Une habitante décrit de manière très juste l’ambivalence que cette situation génère. Lorsqu’ils ont annoncé l’arrivée du camp, elle s’est dit « pourquoi encore nous ? On éprouve un sentiment de faiblesse qui peut même aller jusqu’à la haine. Je n’en ai pas envie mais pourtant, je sens que je n’en suis pas loin et ça, ce n’est pas facile.  »

Les habitants y font face et agissent. Un trentenaire raconte : « Ce n’est pas un quartier violent, c’est un quartier avant tout solidaire. » Lui, a aidé une famille du camp rom tout proche à scolariser ses quatre enfants, après plusieurs refus de la Mairie et avec l’aide de la Ligue des droits de l’homme.

Depuis la tour 93, le film se tourne vers l’extérieur, comme ses habitants qui parlent avant tout des autres et non d’eux-mêmes. Le documentaire alterne interviews et séquences filmées en direct, comme cette scène de vifs échanges entre habitants autour du projet d’urbanisme. Grâce à la richesse d’une multitude de points de vue, les auteures parviennent à rendre compte de la géographie complexe du quartier et de son âme, ballottée entre violence sociale, mixité et solidarités. •

La Tour-Village de Meryem de Lagarde et Laurence Launey, production Les Films d’ici, courrier@lesfilmsdici.fr, coproducteurs : Jean-Michel Métayer -Vivre au 93 Chapelle, partenaires : Mairies de Paris et du 18e, ICF Habitat la Sablière, CAF de Paris.

Le film sera projeté le 2 mai à 16 h au Théâtre de Verre (20e), dans le cadre du festival Toi Moi & Co, organisé par l’Association pour la communication, l’espace et la réinsertion des malades addictifs (ACERMA).

Photo : D.R.

Dans le même numéro (avril 2020)

n° 285

septembre 2020