Journal d’informations locales

Le 18e du mois

Abonnement

FacebookTwitter

octobre 2021 / Actu

Déplacement des crackers : c’est ça la solution ?

par Sandra Mignot

Riquet évacué, riverains soulagés, mais Paris pas libéré.
Une nouvelle fois, les usagers de drogues sont déplacés, sans qu’une solution d’accueil soit réellement mise en place.

L’évacuation des consommateurs de crack de la rue Riquet signe-t-elle la fin du bras de fer entre l’Etat et la Ville de Paris ? Rien n’est moins sûr. Le 24 septembre au matin, la préfecture a finalement décidé de déplacer, une fois de plus, les toxicomanes sur un autre site du nord-est parisien, le square de La Villette, place Auguste Baron. Une solution que la mairie de Paris avait rejetée fin juin au moment où elle leur fermait la porte des Jardins d’Eole. Depuis, Anne Hidalgo a proposé l’ouverture de structures de prise en charge dans le 20e et le 10e, et l’élargissement des missions des CAARUD existant dans le 18e. Un plan globalement validé par le Premier ministre.

Mais le 21 septembre, l’édile parisienne, devenue depuis candidate à l’élection présidentielle, s’est déplacée rue Riquet, là où chaque semaine des riverains manifestent pour demander le départ et la prise en charge des usagers de drogue. Anne Hidalgo y a frontalement dénoncé l’incurie de l’Etat, responsable de la sécurité et de la lutte contre le trafic de drogue. La préfecture de police a réagi par voie de communiqué renvoyant la balle à la maire de Paris, désignée comme responsable du point de fixation sur la rue Riquet depuis l’interdiction d’accéder aux jardins ; elle soulignait aussi ses propres résultats en matière de lutte contre le trafic : « 8 “cuisines” de crack démantelées dans le secteur depuis le début de l’année, 88 personnes interpellées dont 79 présentées à la justice ».

Au mépris des élus locaux

Toujours est-il que si les riverains d’Eole sont – pour l’instant – soulagés, c’est au tour des habitants de Pantin et d’Aubervilliers de s’inquiéter. La place Auguste Baron est en effet à l’entrée de ces deux villes. Le maire de Pantin a signalé que « l’endroit choisi est à proximité directe du quartier des Quatre-Chemins de Pantin et d’Aubervilliers, l’un des quartiers les plus pauvres de France ». Dans un communiqué de presse il ajoute : « Par cette décision, le ministre de l’Intérieur piétine les élus locaux et s’essuie les pieds sur la Seine-Saint-Denis. Il a opté pour la plus mauvaise solution : celle d’ajouter de la misère à la misère ».

Quant au dispositif annoncé fin août, pour l’instant aucune proposition n’a été faite aux associations en mesure de développer la prise en charge des usagers de drogues. L’association Aurore possède l’un des huit CAARUD (Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques) qui équipent le 18e arrondissement et dont la Ville de Paris a annoncé que les modes d’accueil et les missions seraient élargis. « Nous avons déposé des projets, explique Léon Gomberoff, directeur d’un centre de soins et d’un Caarud pour Aurore. Mais nous ne savons pas s’ils seront retenus ». Parmi eux, le site de Pelleport dans le 20e était présenté comme pouvant se transformer en lieu d’accueil. Devant la mobilisation des riverains et les réserves du Premier ministre Jean Castex, le site a finalement été abandonné. Aurore possède également un accueil de jour porte de La Chapelle, isolé des habitations, qui pourrait être transformé en salle de consommation.

« Mais les salles règlent le problème des scènes ouvertes, pas celui de l’addiction, insiste Léon Gomberoff. Sortir de l’addiction est un long parcours, composé d’étapes qu’il faut respecter. Nous proposons donc aussi la création d’un réseau de professionnels et de structures spécialisés permettant de suivre les consommateurs à chaque étape ». Le site de Pelleport, un centre de soins et non une salle de consommation, où Aurore envisageait de proposer des actions et traitements expérimentaux aurait pu être un maillon de ce réseau. « Mais le fait d’avoir maintenu une scène ouverte dans Paris a créé une mauvaise image de notre action et aussi placé les consommateurs dans une position de confrontation qu’ils ne souhaitent pas forcément », regrette Léon Gomberoff. Alors que déjà des manifestations sont annoncées du côté de Pantin/Aubervilliers, la mise en œuvre de nouvelles structures et actions s’annonce délicate. •

Dans le même numéro (octobre 2021)

  • Le dossier du mois

    Sauvons nos quartiers

    Sandra Mignot, Sylvie Chatelin
    Une ville plus aérée, plus accessible, plus verte favorisant la qualité de vie des habitants tout en luttant contre le réchauffement climatique... il y a loin du discours officiel aux actes ! Des jardins remplacés par des immeubles ou interdits au public par la présence de toxicomanes, un centre de distribution de colis dans un quartier déjà congestionné : seule la mobilisation des riverains et militants peut faire barrage à ces projets.
  • Actu

    Projet gare du Nord, retour à la case départ

    Dominique Gaucher
    En raison d’un coût exorbitant, le projet de rénovation est abandonné et doit être remplacé par un autre, au budget plus étroit, élaboré en concertation avec les acteurs publics.
  • La vie du 18e

    Une “Casa” pour des mineurs en errance

    Noémie Courcoux Pégorier
    Grâce à l’initiative – notamment – d’un habitant du 18e, une trentaine de jeunes sont actuellement mis à l’abri. L’association qu’il a co-fondée s’intéresse à ceux que l’Aide sociale à l’enfance ne peut prendre en charge.
  • La vie du 18e

    Basiliade : une escale pour reprendre sa route

    Stéphane Bardinet
    L’association Basiliade met en service des appartements en colocation dans le 18e. Le projet, monté avec l’aide de la Mairie de Paris, donne un toit à des jeunes migrants marginalisés dans leur pays d’origine et qui sont passés par une période de grande précarité sur notre territoire.
  • La vie du 18e

    Jardin contre béton, une lutte inégale

    Sylvie Chatelin
    Un petit ilôt de verdure menacé de destruction au mépris de la qualité de vie des riverains.
  • La vie du 18e

    Géologie : sous nos pieds, 40 millions d’années [Article complet]

    Sylvie Chatelin
    La géologie du sous-sol de notre arrondissement se retrouve, en partie, dans ses monuments, ses trottoirs, ses fontaines et dans son architecture.
  • Grandes Carrières

    Vent debout contre un futur centre de distribution

    Sandra Mignot
    Un centre de distribution de colis projetait de s’installer rue Désiré Ruggieri. Les riverains se sont mobilisés contre le projet. La demande de permis de construire a finalement été rejetée.
  • Grandes Carrières

    Coop cité : vivre le monde autrement

    Aline Grouès, Sandra Mignot
    La Villa des créateurs est une coopérative d’entrepreneurs qui s’est donné pour mission de favoriser le faire-ensemble, d’associer intérêt particulier et collectif, afin de créer une cohésion autour du territoire environnant la place de Clichy.
  • Évangile-Charles Hermite

    La Maison Bakhita, un nouveau centre pour les migrants

    Dominique Boutel
    A l’initiative du diocèse de Paris, les locaux de l’école du Sacré-Cœur sont devenus, sur trois étages, un centre de ressources consacré à l’accueil des migrants.
  • Goutte d’or

    Clarisse Hahn et les « princes » de Barbès

    Monique Loubeski
    Lors des récentes rencontres photographiques d’Arles le travail de Clarisse Hahn, « Princes de la rue », a été très remarqué. Ses modèles : des vendeurs de cigarettes à la sauvette campés sous le métro aérien.
  • Histoire

    Soldats américains, les dessous de la libération

    Annick Amar
    Quelques mois après l’accueil enthousiaste réservé par les Parisiens aux libérateurs venus d’outre-Atlantique, les relations avec les habitants se dégradent, faisant place à la défiance et à la colère. En cause, certains graves écarts de conduite des G.I.’s. Dans le 18e, les anciens Grands Magasins Dufayel ont servi de camp d’hébergement aux soldats américains.
  • Les Gens

    L’instinct casanier et l’esprit voyageur [Article complet]

    Magali Grosperrin, Sophie Roux
    Reconnu comme expert de l’affiche, Alain Weill a multiplié les activités et les expériences, redoublant toujours de curiosité et d’érudition. Il vient de publier un ouvrage remarquable sur l’art africain.

n° 305

juin 2022