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octobre 2021 / La vie du 18e

Une “Casa” pour des mineurs en errance

par Noémie Courcoux Pégorier

Grâce à l’initiative – notamment – d’un habitant du 18e, une trentaine de jeunes sont actuellement mis à l’abri. L’association qu’il a co-fondée s’intéresse à ceux que l’Aide sociale à l’enfance ne peut prendre en charge.

La Casa est une association d’aide aux mineurs non-accompagnés et exilés, qui s’attache à trouver des solutions d’hébergement et s’engage à soutenir ces jeunes dans leur parcours administratif et juridique. Née en novembre 2019, elle est constituée d’une dizaine de bénévoles qui se sont alliés parce qu’ils en avaient « marre de se dire on ne peut rien faire ». « Voir des gamins de quinze ans qui sortent de sous les buissons où ils ont passé la nuit, en France, c’est assez incroyable » » s’indigne Bilal, l’un des fondateurs de La Casa. Alors des volontaires des collectifs Paris Belleville et la Gamelle de Jaurès ont décidé de créer l’association. À ces fondateurs s’ajoutent deux dizaines de bénévoles, permanents ou occasionnels, sans aucun budget de fonctionnement. Les fonds sont constitués de dons. Ils permettent de régler les frais opérationnels, et il y a fort à faire.

Un habitué de l’action humanitaire

« En vingt ans, le nombre des demandes d’hébergements a énormément augmenté » explique Bilal qui décrit l’abondance de besoin. C’est chez lui que se tiennent les assemblées, rue Lepic. Salarié informaticien, cet homme de 53 ans voyage en Afrique depuis 30 ans et est actif dans l’humanitaire depuis 20 ans. Il est aussi le fondateur de la Gamelle de Jaurès, consacrée à l’assistance alimentaire.

L’action de La Casa se focalise sur les jeunes ne bénéficiant pas du soutien de l’Aide sociale à l’enfance. Celui-ci (prise en charge du mineur sur tous les plans en tant que non-accompagné) est attribué après une évaluation menée par le département. Les verdicts sont sujets à appels, mais les bénévoles observent que ceux-ci « souvent menés à charge », sont défavorables aux jeunes. Bilal décrit des conditions calamiteuses et une grande subjectivité dans leurs conclusions, ainsi que des délais de recours atteignant jusqu’à un an. Les jeunes concernés viennent d’Afrique subsaharienne, Mali et autres pays d’Afrique francophone. C’est à proximité du lieu de l’évaluation que La Casa a rencontré beaucoup d’entre eux, sans protection juridique, médicale, ni foyer.

L’asso travaille alors à rechercher un hébergement et à accompagner ces jeunes délaissés. Les appartements sont loués à des propriétaires recherchés sur des réseaux solidaires, ou proposés par le Secours Catholique qui les loue à l’asso. Les financements sont à « aller gratter » : résultat, très peu de marge de manœuvre pour ces aidants, et des opportunités limitées pour les aidés. Avec trois appartements à ce jour, c’est plus d’une quinzaine de jeunes qui sont logés, nourris, scolarisés. Quinze autres vivent dans des squats calmes, où les bénévoles viennent faire médiation et offrir un soutien.

Plus que l’hébergement et l’école

La Casa est apolitique et propose un pacte de suivi et sortie de la démarche, que le jeune doit pouvoir quitter avec un cursus professionnel engagé, un logement et une protection sociale. Cet été grâce à des dons supplémentaires et à une cagnotte en ligne, l’asso a pu emmener les jeunes dix jours en vacances dans le Jura. « C’était intense, riche en émotions et en rencontres : parmi les jeunes qui sont venus, nous connaissions certains depuis longtemps, mais ce long moment passé ensemble nous a également permis de mieux connaître les nouveaux », explique Quentin Gautier, un bénévole de La Casa. Pour Bilal cela a permis aussi de mieux « se connaître entre bénévoles ».

La Casa espère et souhaite emmener les mineurs logés au ski cet hiver : « Dans l’idéal, on aimerait que ce soit un budget à part, qui n’empiète pas sur les autres postes de dépense, observe Quentin. Nous pensons que ce n’est pas superflu, car les jeunes ont, plus encore que nous, passé une année enfermés [...], et pour quelques-uns d’entre eux, ça fait deux ans qu’ils ne sont pas sortis de Paris. Le repos et les loisirs sont aussi un droit. »

Avec leur bonne énergie et leur temps libre, les bénévoles acteurs de cette association appellent aux dons (en argent ou en temps), voire à de nouvelles possibilités d’hébergement. La crise de l’asile est loin d’être résorbée, et les seuls actes de ces bénévoles ne suffiront à y répondre.

Photo : La Casa

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n° 306

Juillet-août 2022