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octobre 2019 / Chronique

Une gare est une gare

par Daniel Conrod

Telle qu’elle est engagée, la transformation de la gare du Nord raconte l’effacement volontaire de la puissance publique au profit du marché.

Indissociable des Jeux Olympiques de 2024, comme l’a été jusqu’à ces derniers mois le CDG Express, le projet gigantesque de transformation de la gare du Nord (600 millions d’euros) vient à son tour d’entrer dans l’atmosphère. Ou mieux, dans le réel. Piloté par SNCF Gares/Connexions et CEETRUS (filiale immobilière du groupe Auchan), ce projet ambitionne de faire passer cette bonne vieille machinerie ferroviaire percluse de douleurs mais toujours vaillante (700 000 usagers par jour quand même !) de l’ancien monde au nouveau. Triplement de la surface (de 36 000 à 110 000 m2), dissociation des arrivées et des départs selon le modèle aéroportuaire, sur-développement de l’activité marchande et de services (de 10 000 à 50 000 m2), circulation des usagers pensée en fonction de cette activité marchande, surexploitation communicationnelle de tous les mantras et autres ponts aux ânes du moment (co-working, recyclerie, végétalisation, pistes de course à pied…).

Car il était temps, lectrices et lecteurs inconscients, que vous le sachiez : une gare est aujourd’hui bien davantage qu’un truc à la noix imaginé par les hommes des temps préhistoriques pour prendre le train. D’abord, c’est quoi un train ? Une gare, figu­rez-vous, est désormais un lieu de vie ! On y vient, on y passe, on y trainasse, on y baguenaude, on s’y repose, on y court, on y crée des start-ups, on y remplit son caddie, on y répare son vélo, on y fait du sport, on y va même au spectacle… Et à l’occasion, on y prend le train, Londres, Amsterdam, Bruxelles, ce qui n’est pas complètement rien, vu le prix des billets et l’attraction touristique. Quant aux quelque 500 000 usagers quotidiens venus, eux, de leurs banlieues proches ou lointaines et passant par là juste pour taffer sur Paname ou y chercher pitance ou fortune…

Dans le même numéro (octobre 2019)

  • Le dossier du mois

    Logement : insalubrité à tous les étages

    Claire Rosemberg, Danielle Fournier
    Même si le nombre de logements insalubres décroît, la lutte contre l’habitat indigne semble sans fin. Le dernier constat établi par l’APUR montre que le 18e arrondissement détient le triste record du nombre de bâtiments actuellement surveillés.
  • Culture

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    Noël Bouttier
    Une artiste propose une exposition de photos en plein air représentant des lieux de Barbès, d’ordinaire très masculins, investis par des femmes.
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    Sophie Roux
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  • La vie du 18e

    Nature - De la vigne au vin, une liane voyageuse [Article complet]

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  • Montmartre

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    Claire Rosemberg
    Le nouveau plan des bus mis en place en avril dernier mécontente les usagers du Montmartrobus.
  • Goutte d’Or

    Cuisine, culture et solidarité au Quartier libre

    Marie-Odile Fargier
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  • Histoire

    La Société Philanthropique, une vieille dame de l’action sociale

    Patrick Mallet
    Plus de deux cents ans après sa création, la Société, souvent méconnue du grand public, poursuit son action en particulier dans le 18e où l’on peut toujours croiser ses institutions : maison de la mère et de l’enfant, foyer Marjolin… Le premier épisode de cet article a été publié dans notre numéro 272 (juin 2019).
  • Les Gens

    Joëlle léandre, performeuse poétique

    Dominique Boutel
    Contrebassiste, vocaliste, compositrice, peintre à ses heures, elle arpente la planète flanquée de l’instrument qui l’a inspirée toute sa vie. (...)

n° 284

juillet-août 2020