Journal d’informations locales

Le 18e du mois

Abonnement

FacebookTwitter

février 2021 / La vie du 18e

La place du village se réinvente en ligne [Article complet]

par Florianne Finet

Le confinement a donné un nouvel élan au groupe d’entraide entre voisins du 18e sur Facebook, qui compte désormais près de 12 000 membres.

« Où trouver des roulés à la cannelle autour de Château Rouge ? » « Qui est intéressé par cette imprimante à récupérer ? » « Avez-vous un plombier efficace et pas trop cher à me conseiller ? » Difficile de faire plus hétéroclite que le groupe d’habitants du 18e, baptisé Collectif Paris 18, constitué voilà cinq ans sur le réseau social Facebook. Il faut dire qu’il accueille pas moins de 12 000 membres, ravis de pouvoir échanger bons plans et conseils en tout genre avec leurs voisins de quartier. Un chiffre en constante augmentation, portée par les confinements liés à la Covid-19.

Les règles sont simples : toutes les publications doivent concerner le 18e arrondissement et ses 195 000 habitants ou les alentours proches, tandis que les promotions de produits ou services ne sont pas autorisées, à quelques exceptions près. Seuls les dons sont acceptés, les ventes d’objets étant renvoyées vers un autre groupe, Le Vide-grenier du collectif Paris 18. Les principaux sujets ? Les dons de vêtements, la recherche d’un bon professionnel ou encore les meilleures adresses de restaurants ou boulangeries. Récemment, la publication d’une habitante, qui cherchait des voisins motivés pour faire du sport deux fois par semaine, a été commentée 150 fois. « Le site est en quelque sorte le nouveau Google du 18e ! Les réponses sont souvent bien plus précises et pertinentes », résume Lucie Bernheim, l’une des deux administratrices bénévoles du groupe, née dans le 18e il y a vingt-huit ans.

Solidarités

Outre le renforcement des liens entre habitants, rendu encore plus précieux pendant le confinement, le groupe s’est trouvé, depuis la crise sanitaire, une nouvelle vocation à travers le soutien – réel et non virtuel – aux commerçants locaux. « Nous avons lancé en décembre un marché éphémère avec uniquement des artisans implantés dans le 18e arrondissement », détaille Lucie Bernheim, qui est elle-même ébéniste. Les créateurs qui proposent des bijoux, des objets en bois ou encore des vêtements customisés ou en laine, ont été recrutés grâce au groupe Facebook. Ce marché devrait – si tout va bien – se poursuivre tous les week-ends jusqu’à la fin du mois. Pour aider les nombreux restaurants, une liste de ceux qui sont restés ouverts et qui proposent des plats à emporter a aussi été créée.

Autre initiative solidaire, l’organisation d’une journée du don en septembre, dans les locaux du restaurant Urban Greener, rue Muller, qui a ouvert il y a à peine un an. « On a invité les membres du groupe à déposer la veille tous les livres, vêtements, objets dont ils n’avaient plus besoin. Ça a très bien marché, donc on s’est retrouvés avec une quarantaine de gros sacs poubelles à offrir. La moitié a trouvé preneurs et l’équipe de la ressourcerie de la Goutte d’Or, le Poulpe, est passée en fin de journée avec son camion pour récupérer ce qui restait », souligne, enthousiaste, Lucie Bernheim. Devant le succès de cette opération solidaire, elle aimerait renouveler l’expérience dès la fin du confinement.

Échanges modérés

En attendant des jours meilleurs, la modération des échanges sur le collectif l’occupe déjà largement. Avec son amie co-administratrice, Juliette Berthiaux, elles passent chacune une à deux heures par jour à faire ce travail ingrat mais indispensable. Le temps de vérifier que les membres respectent bien les règles de fonctionnement, tant dans les publications que dans les 600 commentaires publiés chaque mois et qu’il ne s’agit pas de...robots. « En général, les échanges sont vraiment bienveillants, excepté peut-être les sujets sur l’immobilier, qui sont plus sensibles. Nous devons bloquer deux ou trois personnes par mois, en raison de leurs propos agressifs, pas plus », avance Lucie Bernheim. Comme quoi, les réseaux sociaux ne correspondent pas forcément à la jungle qu’on dépeint parfois… •

Photo : Jean-Claude N’Diaye

Dans le même numéro (février 2021)

  • Le dossier du mois

    Sorties de crise incertaines

    Annie Katz, Danielle Fournier, Mehdi Bouttier
    C'est peu dire que la crise sanitaire n'a pas placé ce début d'année sous les meilleurs auspices ! Souffrance des étudiants précarisés et isolés, difficultés de la vaccination malgré l'engagement de tous les acteurs de santé. Pourtant un peu d'humour, grâce au regard acéré d'un artiste en herbe, à propos des gestes-barrières.
  • La vie du 18e

    Des écoliers à la rencontre de l’art contemporain

    Dominique Boutel
    Dans le cadre du programme Une œuvre à l’école, le Fonds d’art contemporain-Paris Collection prête des œuvres aux établissements scolaires. Cette cohabitation n’est-elle pas la meilleure façon de sensibiliser les jeunes esprits à la création ?
  • La vie du 18e

    Lycée Rabelais : saison 4, le retour

    Danielle Fournier
    Le « rapatriement » d’une partie des élèves dans le 18e programmé pour le 1er mars aura-t-il lieu ? Cela dépendra de l’issue du bras de fer entre la Ville de Paris et la Région Ile-de-France.
  • Sorties de crise incertaines

    Etudiants, l’année de tous les risques

    Mehdi Bouttier
    Entre fermeture des universités, cours à distance, isolement, augmentation de la précarité, troubles psychologiques, les étudiants souffrent des mesures prises pour contrer la pandémie. Dans le 18e arrondissement, l’atmosphère est particulièrement tendue.
  • Sorties de crise incertaines

    Vaccins : ni les flacons, ni l’ivresse

    Annie Katz
    Tous les acteurs de santé et leurs partenaires sont mobilisés pour accueillir les personnes souhaitant se faire vacciner contre le coronavirus. Il ne manque plus que les doses adéquates.
  • Sorties de crise incertaines

    Obtenir un rendez-vous : le parcours du combattant

    Marie-Odile Fargier
    Centres d’appel surchargés, liens Internet activés tardivement et surtout manque de doses : il faut être aussi chanceux qu’obstiné pour décrocher un rendez-vous à Paris.
  • Grandes carrières

    Une entreprise bien culottée

    Dominique Boutel
    « Osez être culottée », « Il est temps de changer les règles », telle est la communication d’une petite entreprise bien implantée depuis deux ans dans l’arrondissement et qui a le souci de préserver la santé aussi bien que la nature.
  • Montmartre

    Le vidéo-club de la Butte : un vrai cinéma de quartier

    Monique Loubeski
    Un vidéo-club est-il un commerce essentiel ? Les riverains de la rue Caulaincourt ont répondu un grand OUI à cette question. En créant et alimentant une cagnotte en ligne, ils ont permis à ce petit bout de Paris malmené par la crise de ne pas sombrer.
  • Simplon

    Feu vert pâle du Conseil de Paris à un projet controversé

    Dominique Gaucher
    Le réaménagement du centre de remisage et de maintenance des bus de la RATP, certes nécessaire pour accueillir dès 2025 des véhicules propres, est aussi l’occasion de bâtir au-dessus d’une dalle de recouvrement jusqu’à neuf étages de logements sociaux, résidence en coliving, commerces, etc.
  • Histoire

    Les demoiselles du téléphone du central Marcadet

    Annick Amar
    Avant l’automatisation définitive du réseau français, des centraux téléphoniques hébergeaient de nombreux employés. Ce personnel qualifié était essentiellement constitué des « demoiselles du téléphone », jeunes filles célibataires corvéables à merci.
  • Les Gens

    « On est là pour le frisson »

    Dominique Boutel
    Implantés dans le quartier de la Goutte d’Or depuis plus de trente ans, Patrick et Louise Marty donnent le goût de la musique et du spectacle vivant en mettant le plaisir en première ligne.

n° 295

juillet-août 2021