Amoureuse de la Butte, où elle vit depuis presque vingt ans, Julia Palombe est née pourtant loin de Montmartre. L’artiste de 46 ans a grandi entre Marseille et Grenoble, « dans la garrigue » comme elle se plaît à le souligner. Fille aînée d’un restaurateur d’origine arménienne et d’une sage-femme d’origine italo-corse, Julia étudie la musique, la danse et l’écriture poétique dès son plus jeune âge. Ce n’est qu’après le décès brusque de son père qu’elle quitte la maison familiale pour apprendre la danse au conservatoire d’Avignon, puis à celui d’Aix-en-Provence. Un moment important dans son parcours puisque c’est là qu’elle entame ses profondes interrogations sur le corps et le désir. « Je me demandais comment notre corps pouvait faire passer des émotions si on ne les vivait pas », se remémore-t-elle. Fraîchement diplômée du conservatoire, elle s’envole en Suisse pour intégrer le théâtre de Bâle, où elle restera plusieurs années et où elle ne cessera d’écrire : ses voyages, ses amours, ses réflexions sur la danse et le monde de l’art. « Durant cette période, j’ai fait des rencontres extraordinaires qui ont développé mon imaginaire et mes fantasmes, explique-t-elle. Ce n’est qu’après bien des tournées internationales avec les ballets que j’ai eu envie de créer mon propre univers, de développer différents outils, toujours pour mieux pouvoir exprimer mon imaginaire ».
Libérée et décomplexée
À 24 ans, Julia Palombe débarque à Paris. Le monde de la danse étant très exigeant et concurrentiel, cette hyperactive se met immédiatement au chant, au flamenco et à la comédie. Elle danse notamment sur des poèmes de Pablo Neruda au Caveau des artistes, boulevard de Rochechouart, pour rechercher de nouvelles formes d’exploration de ce corps désirant.
À partir de 2007, elle s’installe définitivement dans le 18e, rue Paul Albert. Et c’est dans l’émulation de ce quartier qu’elle croise de nombreux artistes en tout genre, chanteurs, musiciens, metteurs en scène… De Pierre Cardin à Gérard Chambre en passant par Nicolas Ullmann. Si elle cite également, non sans émotion, le sculpteur Jacques Tenenhaus de l’atelier Véron et la Galerie W rue Lepic (où elle a eu son premier contrat de directrice artistique), c’est surtout là qu’elle rencontrera le futur père de ses enfants, Serge Leonardi, compositeur et guitariste mais également, selon les dires de la Palombe, « le meilleur chef pasta de la capitale ». Le couple donnera notamment naissance au morceau « À la Putanesca », en référence à leur plat préféré.
C’est donc dans le 18e que Julia Palombe a commencé à développer son propre univers, sous forme de livres, de chansons et de spectacles vivants. En 2011, elle a même sorti son premier album, La Palombe chante les gorilles, puis Nue en 2014. Un second projet musical qui renforce sa réputation d’artiste décomplexée.
Un féminisme épicurien
Souvent haute en couleur sur ses talons aiguilles, des bas résille ou un corset quelque peu provocant et du rouge à lèvres toujours pétant, Julia Palombe multiplie les projets et développe toujours plus ses spectacles, dans lesquels l’artiste mêle chansons rock, lectures de textes érotiques, mises à nu personnelles, défilés de lingerie, performances SM, expos photos et ventes de sex-toys. « L’idée, c’est d’explorer toutes les facettes du désir dans un théâtre des sens, de montrer, dans une démarche artistique, que le sexe est un immense terrain de jeu », raconte celle qui est une égérie du vintage chic et des friperies montmartroises.
Et oui, Julia ne porte plus de vêtements neufs depuis plus de dix ans « autant pour des raisons esthétiques que pour des raisons éthiques ». Elle incarne et symbolise une forme de féminisme épicurien écolo. En 2016 son premier livre, Au lit citoyens !, était d’ailleurs un manifeste contre la société de la malbaise. « C’étaient les 10 commandements du plaisir nourri et partagé, une main tendue à la jeune génération à laquelle j’ai envie de dire d’arrêter de vouloir paraître, confie-t-elle. Au contraire, il faut creuser à l’intérieur et faire l’amour localement au lieu d’aller sur les réseaux sociaux ». Dans la même veine, son premier roman, publié en 2021 et intitulé Toutes les femmes sont des sirènes, elles pensent avec leur queue, est lui un délicieux récit érotique et initiatique, autant qu’un voyage au cœur du corps et de l’art.
« Le Montmartre des artistes n’est pas mort »
Vous l’aurez compris, Julia Palombe, performeuse multicarte, intellectuelle et sauvage, « décomplexée du cul », est une vraie queen de la Butte. Car, si elle n’y est pas née, elle se « considère aujourd’hui vraiment comme une fille des Abbesses ». Une héritière même, comme si elle y était née à nouveau, depuis les hauteurs de l’angle formé par la rue Lepic et la rue Ravignan, là où elle se plaît souvent à savourer cette vue unique de Paris. « Même si c’est un endroit très visité par les touristes ou les badauds, j’aime beaucoup ce mélange de genres, de langues et de gens venus des quatre coins du monde, explique celle qui joue en ce moment son spectacle Fantasy, qu’elle avait présenté au théâtre Galabru fin 2023. La proximité avec le Pigalle rock et sexy en fait aussi un endroit unique. C’est le seul quartier de Paris où tu peux croiser au café, le matin, un travesti, un poète et un retraité en train de discuter, c’est vraiment ça que je trouve magique. » Adepte des vignes de Montmartre, qui lui rappellent son sud natal, Madame Palombe vient de renouveler ses vœux de mariage à la Commanderie du Clos Montmartre. Là voilà donc encore plus liée à son quartier d’adoption, qu’elle apprécie tant. « Quand tu y vis, tu vois que les habitants réels sortent du bois à la nuit tombée. Et à nouveau tout se croise : les nouveaux poètes, les musiciens et leurs notes de musique, les acteurs et metteurs en scène discutant de leur dernière pièce… Le Montmartre des artistes n’est pas mort ».
À travers ses multiples talents, Julia Palombe en est sans aucun doute un bon exemple.

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