La folie immobilière montmartroise peut tuer l’art : de nouveaux propriétaires, ayant pourtant fait le choix d’habiter un quartier bohème, ne supportent pas l’existence des formes artistiques qu’invente la galerie Hus, ni l’animation qu’elles génèrent parfois.
Ouverte il y a vingt ans, elle est pourtant un des endroits emblématiques de la créativité qui règne encore à Montmartre, mêlant arts visuels, musique, édition. Le catalogue des artistes est impressionnant : Bacon, Mitchell, Dali, Dubuffet, John Cage, Bram van Velde, Pablo Schatzman, etc... Quant aux compositeurs qui y sont mis à l’honneur, lors des concerts régulièrement organisés, on retrouve aussi bien du Brahms que du Bério, du Kurtag, ou encore quelque géniale improvisatrice, comme la contrebassiste Joëlle Léandre, habituée des lieux. Il n’est pas rare que la poésie ou la prose vienne s’ajouter.
Un nid pour la création
Le propriétaire de la galerie, Tristan Cormier, offre un concept artistique original, un lieu performatif où peuvent se croiser, s’entremêler plusieurs expressions, où peuvent naître et se développer toutes sortes de projets. Lui-même est un galériste hors norme, visionnaire, qui a également ouvert tout à côté, rue Véron, « la chambre d’embarquement » qui s’articule autour d’un lit-écritoire permettant aux artistes de s’installer pour une résidence, un jour, une nuit.
De nombreux artistes, musiciens, plasticiens, ont compris que la galerie Hus leur offrait la possibilité de projets, de réflexions atypiques, d’expressions multiples. Ainsi, on y a vu naître « L’épicerie libre », qui inscrivait le geste d’agriculteurs dans une dimension artistique, « L’Odyssée américaine » où se superpose le trajet d’Ulysse à un contour de New-York pour « botaniser » l’Odyssée, un travail autour du cabaret qui va peut-être donner lieu à l’édition d’une revue, un projet du pianiste Marino Formenti autour du compositeur baroque Froberger…
Au rez-de-chaussée, la galerie Hus est une salle en longueur, aux murs de pierres apparentes. Elle contient, au fond, sur une estrade, un petit piano à queue.
L’objet de la discorde
C’est ce piano, entre autres, qui est l’ennemi des voisins, propriétaires du triplex au-dessus depuis plus d’un an. La musique en général, et notamment celle d’aujourd’hui, les dérange, et cela fait l’objet d’un conflit de voisinage. Un peu comme lorsque des citadins arrivent à la campagne et demandent d’occire le coq qui les réveille ou de décrocher les cloches de l’église ! Ces voisins s’emploient donc à faire taire et fermer la galerie, ce lieu unique à Montmartre où la musique peut être vivante, improvisée, libre. Il n’y en a pas tant que cela dans le quartier et on peut espérer que les deux parties parviennent à une conciliation, au-delà des conflits administratifs en cours et de la violence physique dont a fait usage un des voisins de la galerie. Contactés, ces derniers n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

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