Mardi 17 juin, 19 h, sur la terrasse très ensoleillée de l’auberge de jeunesse de la Halle Pajol, une dizaine de joueurs et joueuses sont éparpillés sur plusieurs tables. Ils boivent le pot traditionnel d’introduction avant de commencer une partie de Top Ten, un jeu d’ambiance et de communication, ou de Pour la Reine, un jeu de cartes et de rôle coopératif basé sur la narration.
Ils font partie de l’association La Boîte à Chimère, créée en 2009 par deux amis, éducateurs spécialisés et fans de jeux de plateau et de jeux de rôle. Elle est présidée depuis avril 2025 par Quentin Poirier, amateur depuis tout petit de fantasy et de culture geek. « Dans la mythologie grecque, la Chimère est une créature fantastique avec une tête de lion, un ventre de chèvre et une queue de serpent, explique ce journaliste de 30 ans. Et dans l’association, nous sommes également un assemblage de plusieurs joueurs provenant d’univers très hétéroclites : étudiants, artisans, enseignants, travailleurs médico-sociaux, informaticiens, fonctionnaires ou intermittents du spectacle. » La preuve, s’il en fallait une, que les jeux de société touchent tout le monde.
L’important, c’est de participer
Le but de La Boîte à Chimère est de réunir une communauté, la plus large possible, de ludistes débutants et confirmés. Cependant, « les plateauistes et les rôlistes sont surtout des hommes », reconnaît Quentin. Il y a actuellement 90 membres, âgés de 18 à 60 ans avec, en effet, 65 % d’hommes et 35 % de femmes. Tous les mardis, de 19 h à minuit, La Boîte à Chimère propose à l’auberge de jeunesse deux types d’activités ludiques : les jeux de plateau tels que Heat et les jeux de rôle comme Donjons et Dragons (voir notre encadré). « Les jeux de plateau s’intéressent à la mécanique de jeu, et pour le joueur, le plaisir est de comprendre les règles pour mieux les utiliser que les autres joueurs, résume Quentin. Les jeux de rôle relèvent, eux, de l’expérience, c’est un mélange de jeux de société et de théâtre d’improvisation. L’important est la narration, l’histoire scénarisée par le maître du jeu et ce que l’on va co-construire avec les autres joueurs. »
Les candidats aux jeux de plateau apportent leurs propres jeux ou en empruntent parmi les 180 de la ludothèque privée de l’association, située dans la bagagerie de l’auberge de jeunesse. Pour les amateurs de jeux de rôle, ils doivent s’inscrire préalablement sur le forum de l’association afin que le maître du jeu - qui anime la partie autour d’une table – puisse préparer l’histoire. Toutefois, il doit toujours prévoir une place si un joueur imprévu veut faire une séance d’essai. Après deux soirées test, une personne peut adhérer à l’association pour 30 euros, mais il existe un tarif solidaire de 15 euros pour les personnes en difficulté.
Un espace de sociabilité immersif
Les amateurs de jeux de plateau reconnaissent qu’ils viennent pour gagner mais toujours dans un esprit bon enfant. Dans cette association très visible sur Internet, une majorité d’adhérents vit dans le 18e mais aussi dans tout Paris et en proche banlieue.
Comme Eva, 24 ans, doctorante en archéologie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne qui vit à Villejuif mais est originaire de Clermont-Ferrand. « J’adore les jeux de rôle qu’il s’agisse de parties courtes, les one-shot, ou les campagnes, les parties de plusieurs semaines ou mois. Je trimballe un personnage depuis quatre ans qui s’appelle Rey. Si dans un scénario, il lui arrive quelque chose de négatif, je me sens très mal tellement je suis rentrée dans le personnage », avoue-t-elle, passionnée.
Marianne, 40 ans, de Montreuil, intermittente du spectacle, a elle aussi un faible pour les jeux de rôle, notamment pour leur côté pluridisciplinaire et leur dimension immersive : « C’est un espace de sociabilité, de convivialité et d’apprentissage historico-culturel, explique celle qui est membre de l’association depuis 2011. On est proactif car on peut interagir et mettre en mouvement notre imagination. J’aime aussi l’aspect interprétatif et le fait d’investir des univers différents, médiévaux ou futuristes, comme une actrice, surtout dans les jeux de rôle grandeur nature avec des décors, des costumes et des accessoires. » L’association a deux autres rendez-vous réguliers : un vendredi sur deux, une soirée-jeux au Natema, un café associatif du 20e, et chaque troisième vendredi du mois, à la ludothèque Cartier-Bresson à Pantin.
À partir de la rentrée, La Boîte à Chimère va proposer un nouveau créneau, un dimanche après-midi par mois, à l’auberge de jeunesse. Elle espère accueillir plein de petits nouveaux et petites nouvelles.
Mais attention, prévient Quentin : « Nous acceptons les compétiteurs et même les petits pinailleurs qui vont chercher jusqu’au moindre point pour gagner, mais pas les mauvais joueurs. Quant aux tricheurs, ils sont priés de rester chez eux ! »

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