Journal d’informations locales

Le 18e du mois

Abonnement

FacebookTwitter

avril 2022 / La vie du 18e

Terrasses : bagarre pour l’espace public

par Erwan Jourand

Ça se corse. S’il suffisait d’une simple formalité en pleine période de pandémie pour obtenir une terrasse éphémère, se voir attribuer le même espace à compter du 1er avril est une autre paire de manches.

A l’approche du printemps, les cafés et restaurants parisiens doivent se voir fournir par la Mairie de Paris une autorisation de terrasse estivale ou pérenne. Or à la mi-mars, selon Stéphane Cachelin, vice-président de l’Association des commerçants de Lepic-Abbesses (ACLA) et des rues adjacentes, 12 000 demandes de terrasses émanant de restaurateurs, cafetiers, mais aussi d’étalages de primeurs et de fleuristes n’avaient pas été traitées par les services de la Ville sur l’ensemble de Paris.

L’an passé, en raison de la pandémie de Covid-19, des « terrasses éphémères » avaient vu le jour. « C’était alors une simple formalité, explique un restaurateur de Montmartre. On envoyait un e-mail avec engagement de suivre une charte des bonnes pratiques en matière de respect des heures de fermeture, de propreté, de respect des stationnements handicapés et, le lendemain, on recevait un numéro d’autorisation. C’était du simple déclaratif. »

Des riverains anti-terrasses

Cette année, indique Stéphane Cachelin, la Mairie de Paris va attribuer des autorisations de « terrasses estivales », qui feront suite à un arrêté municipal et répondront à des critères précis : être éloigné d’un passage piétons, d’un stationnement vélos ou motos, etc. Le vice-président de l’ACLA indique que, selon les remontées de ses quelque 400 adhérents, « il y a beaucoup de refus. Les services de la voirie, basés dans le 13e arrondissement, sont tatillons, ils appliquent les règlements à la lettre sans tenir compte des réalités de terrain et sont sous la pression des associations de riverains anti-terrasses ». Selon Jean-Philippe Daviaud, élu (PS) à la mairie du 18e chargé du commerce : « A la mi-mars, dans l’arrondissement, sur 500 demandes de terrasses estivales, il y avait plus de 50 % de refus. Ce sont essentiellement des commerçants verbalisés l’été dernier pour non-respect des heures de fermeture. » On se rappelle en effet que de nombreux habitants se sont plaints de nuisances, notamment sonores, liées aux terrasses éphémères l’été dernier. « Mais il faut aussi noter que la présence de terrasses a un impact positif sur les incivilités et la propreté », tient à préciser Marie-Claude Nédan, de l’Association des commerçants du quartier Ordener (ACQO). « D’autres se sont vu administrer un refus pour des raisons d’esthétique, poursuit Jean-Philippe Daviaud. S’ils présentent un nouveau projet, ils peuvent encore être acceptés avant le 1er avril. »

Une situation très tendue

La commission chargée de l’attribution des terrasses estivales, en liaison avec la direction de l’urbanisme, la police municipale et la Police nationale, décide de ces attributions au fil de l’eau. « Nous avons eu plusieurs réunions, observe Jean-Philippe Daviaud. Nous en aurons une fin mars. Nous étudions tous les paramètres et tâchons de satisfaire au mieux les quelque 8 000 à 10 000 cafetiers et restaurateurs parisiens. »

La situation est assez tendue pour les commerçants – qui attendent de savoir s’ils auront ou non une terrasse – puisque l’évolution de leur chiffre d’affaires en dépend. « Il y a un sujet économique important d’un côté, avec des emplois à la clé, et de l’autre des intérêts individuels tout à fait légitimes », note Marie-Claude Nédan, de l’ACQO. Les cafetiers-restaurateurs doivent par ailleurs pré-commander des terrasses en bois, « alors qu’il y a une grande pénurie de ce matériau au niveau international », souligne Stéphane Cachelin.

Une délégation de l’ACLA a été reçue en mairie. Les deux représentants des commerçants de la Butte ont demandé à être associés aux travaux de la commission d’attribution des terrasses. « « Nous connaissons bien notre quartier. Lepic-Abbesses est le deuxième secteur le plus commerçant de Paris après celui de la rue du Commerce (dans le 15e). » Leur demande a été rejetée.•

Photo : Dominique Dugay

Dans le même numéro (avril 2022)

  • La vie du 18e

    Au collège : gastronomie sans frontières

    Danielle Fournier
    Des élèves portugais de l’Agrupamento de escolas Marquesa de Alorna sont venus de Lisbonne à la rencontre des élèves d’une classe de 3e du collège Gérard Philipe. Le fil de leurs rencontres : la gastronomie et le développement durable.
  • La vie du 18e

    Dark stores, une certaine opacité

    Erwan Jourand
    Vous n’en avez jamais vu ? Normal, ces lieux de stockage se font très discrets et n’ont pas de vitrine. Ils sont pourtant dans le collimateur, car certains sont dans l’illégalité.
  • La vie du 18e

    Une balade aux origines du rap français

    Dominique Boutel
    En deux heures d’un parcours commenté, Hip-hop Tour XVIII dévoile la face moins connue de la culture de l'arrondissement.
  • Le dossier du mois

    Réfugiés ukrainiens : accueil, témoignages, initiatives

    Dominique Boutel
    Durant une dizaine de jours, l’accueil des réfugiés ukrainiens arrivant à Paris, était assuré porte de La Chapelle.
  • La Chapelle

    Du théâtre de quartier, de Paname à New York

    Dominique Boutel
    Porté par Espoir 18 dans le quartier Chapelle-Goutte d’Or, le spectacle Bad Mamas créé par des habitants va franchir l’Atlantique.
  • Charles-Hermite-Evangile

    La tour des Poissonniers se refait une jeunesse

    Stéphane Bardinet
    Finies les familles, jeunes retraités ou quadras actifs, la tour des Poissonniers va désormais loger des étudiants. C’est le choix qu’ont fait Paris Habitat et la Ville de Paris, bailleur et propriétaire de cette tour sexagénaire.
  • Charles-Hermite-Evangile

    La Bonne Tambouille est orpheline [Article complet]

    Sylvie Chatelin
    Après Mme Sanchez, vestale de la rue Pajol, c’est maintenant Claude Field-Feldschuch, une autre figure de La Chapelle qui nous a quittés le 24 février.
  • La Goutte d’or

    Rédacteurs en herbe à la Goutte d’Or

    Lucien Déraillot
    Le thème de la bienvenue a inspiré les enfants qui ont laissé libre cours à leur créativité pour écrire des textes originaux et poétiques.
  • Culture

    Photo européenne : circulez, il y a beaucoup à voir !

    Dominique Boutel
    Le Festival de la jeune photographie européenne, dont c’est la 12e édition, est l’occasion de découvrir quels regards portent sur le monde les artistes d’aujourd’hui.
  • Les gens

    Toute une vie pour devenir soi

    Sandra Mignot
    Giovanna Rincon est la directrice de l’association Acceptess-T, qui lutte pour les droits des personnes transgenres. Elle s’est construite dans le refus des assignations et de la fatalité.

n° 306

Juillet-août 2022